Sénégal : rupture au sommet de l’État, Bassirou Diomaye Faye limoge Ousmane Sonko

Le climat politique se tend au Sénégal. Le président Bassirou Diomaye Faye a officiellement mis fin, ce vendredi, aux fonctions de son Premier ministre Ousmane Sonko, selon un communiqué diffusé par la chaîne publique RTS. Une décision retentissante qui marque un tournant majeur dans les relations entre les deux hommes, longtemps considérés comme des alliés indissociables de l’opposition sénégalaise.

Ce limogeage intervient après plusieurs mois de tensions grandissantes au sein du pouvoir, alimentant les spéculations sur une fracture politique entre les deux figures du parti au pouvoir, le PASTEF. L’éviction d’Ousmane Sonko apparaît désormais comme l’aboutissement d’un bras de fer discret mais de plus en plus visible au sommet de l’État.

Une alliance politique fragilisée

Compagnons de lutte contre l’ancien régime, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko avaient incarné ensemble l’espoir d’une nouvelle gouvernance au Sénégal. Empêché de se présenter à l’élection présidentielle de mars 2024 en raison d’une condamnation pour diffamation ayant entraîné la perte de ses droits civiques, Ousmane Sonko avait alors porté son choix sur Bassirou Diomaye Faye pour défendre les couleurs du camp souverainiste.

La victoire de Diomaye Faye à la présidentielle avait été perçue comme celle du tandem politique qu’il formait avec Sonko. Une fois au pouvoir, ce dernier avait été nommé Premier ministre, consolidant l’image d’un exécutif bicéphale fondé sur la confiance et la continuité politique.

Mais au fil des mois, des divergences stratégiques et des rivalités internes ont commencé à émerger, notamment autour de la question de la présidentielle de 2029.

La loi de tous les débats

La crise s’est intensifiée après la promulgation, à la mi-mai, d’une réforme du code électoral ouvrant la voie à une éventuelle candidature d’Ousmane Sonko lors de la présidentielle de 2029. Ce texte, fortement débattu dans le pays, avait provoqué de profondes divisions jusque dans les rangs du pouvoir.

Certains cadres du camp présidentiel accusaient alors Bassirou Diomaye Faye de vouloir bloquer ou retarder cette réforme, alimentant les soupçons de compétition politique entre les deux dirigeants. La promulgation de la loi par le président n’a finalement pas suffi à calmer les tensions.

Dans les coulisses du pouvoir, les désaccords se seraient multipliés sur la conduite des affaires de l’État, les ambitions futures et le contrôle de l’appareil politique du PASTEF.

Un séisme politique avant 2029

Le départ d’Ousmane Sonko du poste de Premier ministre ouvre désormais une nouvelle séquence politique au Sénégal. Cette rupture entre les deux hommes les plus populaires du camp au pouvoir pourrait profondément rebattre les cartes en vue de la présidentielle de 2029.

Pour de nombreux observateurs, cette décision risque également de provoquer des remous au sein du PASTEF, dont l’unité reposait largement sur la complémentarité entre Diomaye Faye et Sonko. Reste désormais à savoir si cette séparation marquera une simple recomposition politique ou le début d’une véritable guerre de succession au sommet de l’État sénégalais.

RCMM

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Administrateur Général Adjoint de Cloche media monde