Bénin : bientôt un laboratoire national d’ADN pour révolutionner l’expertise médico-légale

Le Bénin s’apprête à franchir une nouvelle étape dans le développement de ses capacités scientifiques et judiciaires. Le projet PRIAM prévoit la mise en place d’un laboratoire national d’expertise ADN capable de réaliser jusqu’à 30 000 analyses par an, la formation de plus de 500 professionnels et la création d’une filière universitaire spécialisée. Une avancée qui pourrait réduire le recours aux laboratoires étrangers et renforcer l’autonomie du pays en matière de police scientifique.

Le Bénin veut désormais pouvoir analyser son propre ADN sur son territoire. C’est l’un des principaux enseignements des accords conclus à Paris, le lundi 5 octobre 2026, dans le cadre de la visite de travail du président béninois Romuald Wadagni en France. Parmi les engagements annoncés figure le projet de Plateforme de recherche, d’investigation et d’analyse médico-légale (PRIAM), destiné à doter le pays d’une infrastructure nationale dédiée notamment à l’expertise génétique.

Le projet doit être développé avec l’appui du Laboratoire d’hématologie médico-légale de Bordeaux. Selon les informations rendues publiques à l’issue de la visite, la future infrastructure aura une capacité annoncée de 30 000 analyses par an et visera, à terme, une accréditation internationale selon la norme ISO/IEC 17025, référence en matière de compétence des laboratoires d’essais et d’analyses.

De l’échantillon envoyé à l’étranger à l’expertise réalisée au Bénin

L’enjeu est considérable pour la justice et la police scientifique. Jusqu’ici, certaines analyses génétiques à valeur probante nécessitaient l’envoi d’échantillons vers des structures spécialisées à l’étranger. La mise en place d’une capacité nationale permettrait d’internaliser progressivement ces opérations et, potentiellement, de réduire les délais liés aux procédures judiciaires.

L’ADN constitue en effet un outil majeur dans les investigations médico-légales. Il peut notamment contribuer à l’identification de personnes, à l’établissement de filiations, à l’identification de victimes ou encore à l’exploitation d’éléments biologiques recueillis dans le cadre d’enquêtes.

Pour le système judiciaire béninois, disposer d’une telle capacité sur le territoire national représenterait donc un changement important dans la chaîne de traitement de la preuve scientifique.

Plus de 500 professionnels à former

PRIAM ne se limite toutefois pas à la construction ou à l’équipement d’un laboratoire. Le projet comporte un important volet consacré au transfert de compétences.

Plus de 500 professionnels issus notamment des secteurs concernés par la santé, la justice et l’expertise médico-légale doivent être formés. L’objectif est de créer progressivement un véritable écosystème national autour de la génétique médico-légale, plutôt que de dépendre durablement d’une expertise extérieure.

Autre innovation annoncée : la création d’une filière universitaire spécialisée. Cette orientation pourrait permettre au Bénin de former localement de nouvelles générations de spécialistes capables d’assurer le fonctionnement, le développement et la pérennisation de cette nouvelle infrastructure scientifique.

Le projet prend ainsi une dimension qui dépasse la seule justice : il touche également à l’enseignement supérieur, à la recherche scientifique, à la santé et au développement des compétences nationales.

Une ambition d’accréditation internationale

Le Bénin entend également inscrire cette future expertise dans un cadre répondant aux standards internationaux. Le projet prévoit une démarche visant l’accréditation ISO/IEC 17025, norme qui encadre notamment la compétence des laboratoires réalisant des essais et des analyses.

Une telle démarche implique des exigences élevées en matière de compétences techniques, de procédures, de traçabilité, de qualité des équipements et de fiabilité des résultats. L’objectif affiché est donc de faire émerger au Bénin une expertise médico-légale capable de répondre aux standards internationaux.

Il convient toutefois de préciser un point important : la lettre de mandat signée avec Bpifrance ouvre la voie à la négociation du financement du projet PRIAM ; elle ne constitue pas, à elle seule, un décaissement définitif de 3,54 milliards de FCFA. Le financement annoncé est adossé à la garantie de Bpifrance Assurance Export.

65,5 milliards de FCFA mobilisés à Paris

Le projet PRIAM s’inscrit dans un ensemble beaucoup plus large d’engagements financiers conclus à Paris. Au total, les différents accords et engagements annoncés atteignent 65,5 milliards de FCFA, soit près de 100 millions d’euros. Deux conventions représentent 61,9 milliards de FCFA avec l’Agence française de développement (AFD), auxquelles s’ajoute une lettre de mandat de 3,54 milliards de FCFA avec Bpifrance.

Le plus important volet concerne l’électricité. Une enveloppe de 52,1 milliards de FCFA est destinée à l’extension et à la densification du réseau de distribution de la Société béninoise d’énergie électrique (SBEE), dans le cadre du projet PEDER+. Celui-ci prévoit plus de 120 000 nouveaux branchements dans 750 localités réparties sur 15 communes du Mono, du Couffo et du Borgou. Le financement comprend notamment un prêt de l’AFD et un don de l’Union européenne.

Le secteur agricole bénéficie, pour sa part, d’une enveloppe de 9,8 milliards de FCFA, destinée notamment au développement de la pisciculture et à plusieurs filières agricoles, parmi lesquelles l’aviculture, la cuniculture ainsi que les productions protéagineuses et oléagineuses.

Trois priorités, un même objectif : renforcer les capacités nationales

À travers ces différents engagements, trois axes apparaissent clairement : améliorer l’accès à l’électricité, soutenir la transformation des filières agricoles et renforcer les capacités scientifiques et médico-légales du pays.

Le projet PRIAM occupe, dans cet ensemble, une place particulière. Là où les investissements énergétiques visent à renforcer les infrastructures et où les financements agricoles cherchent à stimuler la production, le laboratoire ADN ambitionne de construire une capacité scientifique stratégique, directement mobilisable par la justice et les services d’enquête.

La réussite du projet dépendra désormais de plusieurs étapes : finalisation du financement, définition du cadre institutionnel, mise en place des infrastructures et des équipements, formation des personnels, création de la filière universitaire et, à terme, obtention de l’accréditation internationale visée.

Si ces différentes étapes sont menées à leur terme, le Bénin pourrait ainsi disposer d’un nouvel outil majeur de police scientifique et d’expertise judiciaire, tout en faisant émerger une compétence universitaire et scientifique spécialisée dans la génétique médico-légale. De la preuve biologique à la preuve judiciaire, le Bénin veut désormais rapprocher la science du terrain.

La rédaction

Partager
Suivre :
Administrateur Général Adjoint de Cloche media monde