Australie : un prédicateur musulman appelle à prendre les armes contre les juifs et les chrétiens

(Des propos tenus lors d’un sermon à Melbourne relancent le débat sur la radicalisation, les discours de haine et la surveillance des réseaux extrémistes)

Un nouveau débat sur l’extrémisme religieux et la prévention de la violence s’installe en Australie après la diffusion d’extraits d’un sermon attribué à un prédicateur musulman connu sous le nom d’Abu Ahmad. Associé au centre islamique Al Bayyinah, situé à Springvale, dans la banlieue sud-est de Melbourne, le prédicateur aurait appelé ses fidèles à prendre les armes contre les personnes qu’il présente comme les « ennemis » d’Allah, en citant notamment les juifs et les chrétiens.


Les propos, prononcés lors d’un sermon en juillet et ensuite diffusés sur les réseaux sociaux du centre, ont rapidement suscité des réactions dans les milieux politiques et communautaires australiens. Ils interviennent dans un contexte particulièrement sensible pour le pays, marqué par les préoccupations liées à la radicalisation, à l’antisémitisme et aux risques d’attaques terroristes.

Des déclarations qui provoquent une vive controverse


Selon les extraits rapportés par plusieurs médias australiens, Abu Ahmad aurait exhorté ses auditeurs à ne pas considérer les juifs et les chrétiens comme des amis. Il aurait ensuite associé la pratique religieuse à une opposition aux personnes qu’il qualifie d’« ennemis d’Allah », allant jusqu’à évoquer explicitement la nécessité de « prendre les armes ».

Ces déclarations ne relèvent donc plus seulement d’un discours théologique ou d’une critique politique : c’est précisément la référence à l’usage des armes et à l’hostilité envers des groupes religieux qui attire l’attention des autorités, des responsables communautaires et des observateurs de la sécurité.

La diffusion de ces propos intervient également dans un climat où les autorités australiennes sont particulièrement attentives aux discours susceptibles d’encourager ou de légitimer la violence.

Le centre Al Bayyinah au cœur des interrogations

Le prédicateur est associé au centre islamique Al Bayyinah, établi à Springvale en 2024. D’après les informations rapportées par i24NEWS et par des médias australiens, cet établissement aurait entretenu des liens avec des personnalités et des réseaux religieux controversés de Sydney.

Parmi les noms cités figure celui de Wissam Haddad, prédicateur basé à Sydney et précédemment associé au centre de prédication Al Madina, à Bankstown. Des enquêtes médiatiques australiennes ont déjà examiné les relations entre différents lieux de prédication et certains individus soupçonnés d’avoir évolué dans des milieux radicalisés.

Ces connexions font aujourd’hui l’objet d’une attention particulière, notamment parce que les autorités cherchent à déterminer si les discours radicaux constituent des expressions isolées ou s’inscrivent dans des réseaux plus larges de diffusion idéologique.

Le précédent de Bondi ravive les inquiétudes

La polémique intervient plusieurs mois après l’attaque terroriste de Bondi Beach, qui a profondément marqué l’Australie. Selon les informations rapportées par les médias cités, Naveed Akram, présenté comme l’un des auteurs présumés de l’attaque, avait fréquenté le centre Al Madina de Bankstown et aurait été en contact avec des sympathisants de l’organisation État islamique.

Les autorités et les services de sécurité doivent toutefois distinguer soigneusement les différents niveaux de responsabilité : la fréquentation d’un lieu de culte ou la proximité avec une personne controversée ne suffit pas, à elle seule, à établir une implication dans une activité terroriste.

C’est précisément cette question qui rend le dossier particulièrement sensible : comment identifier suffisamment tôt les discours pouvant favoriser la radicalisation sans assimiler une communauté religieuse entière aux agissements d’une minorité radicalisée ?

Des responsables politiques demandent une réponse plus ferme

Les déclarations d’Abu Ahmad ont provoqué des réactions politiques en Australie. La sénatrice Pauline Hanson, dirigeante du parti One Nation, a notamment demandé au gouvernement fédéral de renforcer son action contre les prédicateurs qui encouragent la violence terroriste ainsi que contre les réseaux susceptibles de faciliter leur activité.

Elle réclame notamment davantage de moyens et de pouvoirs ciblés pour les services australiens de renseignement et les forces de police afin d’identifier et de démanteler les réseaux considérés comme dangereux. Cette réaction alimente un débat plus large sur l’équilibre entre sécurité nationale, lutte contre l’extrémisme et liberté religieuse.

La communauté juive également préoccupée

Les propos rapportés ont également suscité l’inquiétude de représentants de la communauté juive australienne. Robert Gregory, président de l’Australian Jewish Association, a estimé que l’existence de discours appelant à la violence dans des centres religieux constituait un problème sérieux pour la sécurité et la cohésion sociale.

Dans un pays marqué par une forte diversité culturelle et religieuse, les appels visant directement une communauté en raison de sa religion peuvent avoir des conséquences qui dépassent largement le cadre du lieu où ils sont prononcés.

L’enjeu porte ainsi autant sur la sécurité que sur la préservation du vivre-ensemble et la prévention des violences intercommunautaires.

Radicalisation : la question des signaux d’alerte

Le dossier remet également sur la table la question de la détection des signes précurseurs de radicalisation. Pour les spécialistes de la sécurité, un discours appelant explicitement à la violence peut constituer un signal d’alerte lorsqu’il s’inscrit dans un environnement où circulent déjà des contenus extrémistes.

L’expert australien en sécurité Daniel Lewkovitz a ainsi critiqué ce qu’il considère comme une réponse insuffisante des autorités face à certains phénomènes de radicalisation et d’antisémitisme. Ses déclarations relèvent toutefois de son analyse et de son appréciation de la politique menée au cours des dernières décennies.

Le débat est donc appelé à dépasser le seul cas d’Abu Ahmad. Il pose la question de la capacité des institutions australiennes à identifier les discours dangereux, à suivre les réseaux qui les diffusent et à intervenir conformément au droit.

Ne pas confondre islam et extrémisme

Au-delà de la polémique, les réactions suscitées par cette affaire soulignent également la nécessité de ne pas établir d’amalgame entre les propos d’un prédicateur et l’ensemble des musulmans vivant en Australie.

Les déclarations rapportées concernent un individu et un environnement précis. Elles ne sauraient être présentées comme représentatives de l’islam ou de la communauté musulmane australienne dans son ensemble.

L’enjeu des autorités consiste donc à lutter contre les appels à la violence et les réseaux extrémistes tout en protégeant les libertés religieuses et en évitant la stigmatisation collective.

Un dossier désormais placé sous surveillance

Avec la diffusion des images du sermon et les réactions politiques qui ont suivi, l’affaire Abu Ahmad devrait continuer à alimenter les discussions sur la sécurité intérieure australienne.

Elle intervient dans un contexte où les autorités sont confrontées à plusieurs défis simultanés : prévenir les actes terroristes, combattre l’antisémitisme et les autres formes de haine religieuse, surveiller les réseaux de radicalisation et préserver la liberté de religion.

La question centrale reste désormais celle de la réponse des institutions australiennes face à des discours qui, lorsqu’ils appellent explicitement à la violence contre des groupes religieux, peuvent franchir le seuil du simple débat idéologique et devenir un enjeu de sécurité publique.

L’affaire rappelle surtout que la lutte contre l’extrémisme ne se résume pas à la réaction après un attentat. Elle repose aussi sur la capacité des sociétés à détecter les discours de haine, à prévenir leur diffusion et à intervenir dans le respect de l’État de droit.

La rédaction

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