(Ouverture officielle de la 12ᵉ édition du sommet continental : après onze sessions techniques, les trois principales allocutions ont mis en lumière l’urgence de faire de l’électricité un véritable levier d’industrialisation, de création d’emplois et de transformation économique en Afrique.)
Le Dôme du Sofitel Cotonou a servi de cadre, ce jeudi 29 octobre 2026, à l’ouverture officielle de la 12ᵉ édition de l’Africa Think Tank Summit (ATTS). Cette rencontre continentale, qui réunit des responsables institutionnels, des chercheurs, des représentants de centres de réflexion stratégique, des partenaires au développement et des acteurs du secteur privé, place au cœur de ses travaux la question de la transformation de l’accès à l’énergie en un puissant instrument de développement économique et social. La cérémonie officielle a été marquée par trois principales allocutions, respectivement prononcées par Luc Gnacadja, maire de Cotonou, Mamadou Biteye, secrétaire exécutif de la Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique (ACBF), et Aristide Médénou, ministre de l’Économie et des Finances, chargé de la Coopération de la République du Bénin.
Avant cette ouverture institutionnelle, onze sessions techniques avaient permis aux participants d’engager les réflexions autour des défis énergétiques du continent, des réformes nécessaires à la viabilité du secteur électrique et des conditions à réunir pour faire de l’électricité un facteur déterminant de compétitivité économique. Ces travaux préparatoires ont donné le ton d’un sommet dont l’ambition est de dépasser les constats habituels pour faire émerger des propositions concrètes, susceptibles d’influencer les politiques publiques africaines.
Luc Gnacadja : « Les villes africaines sont au cœur de cette transformation »
Prenant la parole au nom de la ville hôte, le maire de Cotonou, Luc Gnacadja, a exprimé sa satisfaction d’accueillir cette importante rencontre continentale. Pour lui, le choix de l’énergie comme thème central du sommet est particulièrement pertinent, tant cette question engage l’avenir des économies africaines et les conditions de vie des populations.
Dans son intervention, l’édile a invité les participants à dépasser la seule dimension technique de l’électricité pour s’intéresser à ses effets directs sur les activités économiques et sur le quotidien des citoyens. À ses yeux, l’énergie ne saurait être évaluée uniquement à travers le nombre de ménages raccordés au réseau ou la capacité de production installée. Elle doit également être appréciée au regard de ce qu’elle permet concrètement aux populations de réaliser.
« Pour une ville, l’énergie se mesure aussi à ce qu’elle permet », a-t-il fait comprendre, en évoquant les possibilités offertes à un atelier de produire davantage, à une entreprise de se développer, à une unité de transformation agroalimentaire de créer de la valeur ajoutée et des emplois, ou encore à un jeune entrepreneur de concrétiser son projet.
Le maire a ainsi illustré les conséquences des interruptions d’électricité sur les activités productives : un atelier de couture à l’arrêt, une chambre froide qui se réchauffe ou un soudeur contraint de suspendre son travail. Autant de situations qui traduisent, selon lui, la manière dont les défaillances de l’approvisionnement énergétique affectent directement les revenus, la productivité et la capacité des acteurs économiques à progresser.
Cette réalité concerne particulièrement les petites entreprises, les artisans et les acteurs de l’économie populaire, souvent désignée sous le terme d’économie informelle. Pour Luc Gnacadja, ces activités constituent une composante essentielle du dynamisme des villes africaines et méritent une attention particulière dans les politiques énergétiques.
Il a également insisté sur le rôle stratégique des collectivités territoriales. Les villes ne sont pas seulement des espaces où les politiques publiques sont appliquées ; elles représentent aussi des plateformes économiques, logistiques et sociales, capables de favoriser la mutualisation des ressources, la création de valeur ajoutée et la satisfaction des besoins des populations.
Dans cette perspective, les collectivités doivent être pleinement associées à la réflexion sur les conditions permettant à l’énergie de soutenir la production, l’emploi et la transformation sociale. L’enjeu consiste à construire des villes capables d’orienter leur croissance, de rapprocher les infrastructures des besoins réels et de multiplier les possibilités d’entreprendre et de travailler.
Saluant la présence des délégations africaines et internationales, Luc Gnacadja a rappelé l’importance de connaissances rigoureuses pour éclairer les décisions publiques. Il a toutefois souligné que la réussite d’un sommet ne se mesure pas uniquement à la qualité des débats, mais également aux changements qu’ils rendent possibles après la clôture.
À cet égard, il a exprimé le souhait que l’Agenda d’action de Cotonou, annoncé comme l’un des résultats attendus de la rencontre, ne se réduise pas à une déclaration supplémentaire, mais débouche sur des engagements concrets, suivis et mesurables.
Au nom de la municipalité, il a souhaité des échanges fructueux et des conclusions à la hauteur des attentes du continent, avec pour objectif commun de faire de l’énergie une force au service de la production, de l’emploi et de la transformation des territoires.
Mamadou Biteye : « La véritable question est de savoir ce que les Africains peuvent accomplir grâce à l’électricité »
Après le mot de bienvenue du maire de Cotonou, le secrétaire exécutif de l’ACBF, Mamadou Biteye, a prononcé l’allocution institutionnelle d’ouverture. Il a exprimé sa reconnaissance au gouvernement et au peuple béninois pour leur hospitalité, tout en saluant le concours des partenaires institutionnels et des acteurs africains et internationaux qui accompagnent l’organisation du sommet.
Son intervention a surtout été marquée par un appel à repenser les indicateurs utilisés pour apprécier les progrès énergétiques du continent. Selon lui, les débats africains sur l’électricité restent trop souvent centrés sur le nombre de personnes raccordées au réseau, sans accorder une attention suffisante à la qualité du service et aux résultats économiques rendus possibles par cet accès.
Mamadou Biteye a évoqué le chiffre de 600 millions d’Africains qui, selon les données qu’il a citées, demeurent privés d’accès à l’électricité. Il a regretté la persistance de cette situation au fil des années et invité les décideurs à examiner plus largement les conséquences du déficit énergétique sur les activités productives.
Pour illustrer son propos, il a notamment évoqué les agriculteurs confrontés aux difficultés de conservation de leurs récoltes, les industriels dont les machines s’arrêtent à répétition et les jeunes entrepreneurs dont la compétitivité est compromise par le coût élevé de l’électricité. « La véritable question n’est pas simplement de savoir combien d’Africains ont accès à l’électricité, mais de savoir ce que les Africains peuvent accomplir grâce à cette électricité », a-t-il souligné en substance.
Cette approche résume l’orientation du sommet : passer d’une politique énergétique principalement fondée sur l’extension de l’accès à une stratégie qui place la production, la création d’emplois et l’amélioration des conditions de vie au centre des priorités.
Le secrétaire exécutif de l’ACBF a rappelé que la transformation de l’énergie en moteur de développement exige des choix difficiles. Il a notamment relevé la nécessité de consolider la situation financière des compagnies d’électricité, d’améliorer les cadres réglementaires et de préserver le pouvoir d’achat des populations.
La difficulté consiste à garantir la viabilité financière du secteur tout en maintenant des tarifs supportables et un accès suffisamment inclusif. Pour Mamadou Biteye, ces défis ne sont pas uniquement techniques. Ils sont aussi économiques, institutionnels et politiques.
L’Afrique dispose déjà de nombreuses stratégies énergétiques, mais leur mise en œuvre reste souvent confrontée à des insuffisances de capacités institutionnelles, à des problèmes de continuité dans l’action publique et à un déficit de suivi des résultats. C’est précisément à ce niveau que les centres de réflexion stratégique, ou think tanks, sont appelés à jouer un rôle plus déterminant.
Des think tanks au service de l’action publique
Mamadou Biteye a plaidé pour une évolution du rôle des Think Tanks africains. Au-delà de leur mission traditionnelle d’analyse et d’éclairage des politiques publiques, ces institutions doivent contribuer davantage à la conception des réformes, accompagner leur mise en œuvre et participer à l’évaluation des résultats.
Il a toutefois insisté sur la nécessité de préserver leur indépendance et leur crédibilité. Leur valeur, a-t-il expliqué, repose précisément sur leur capacité à produire des analyses rigoureuses, à nourrir le débat public et à aider les décideurs à comprendre les différentes options qui s’offrent à eux.
L’objectif n’est donc pas de transformer les centres de recherche en instruments des gouvernements, mais de renforcer leur contribution à la recherche de solutions adaptées aux réalités africaines.
Le responsable de l’ACBF a également souligné l’importance de partenariats fondés sur l’apprentissage mutuel et le respect des priorités africaines, en saluant la présence de participants issus d’institutions internationales.
Pour lui, la qualité des politiques publiques doit aller de pair avec la capacité des institutions à les mettre en œuvre. Les investissements ne se gèrent pas seuls, les réformes ne se pérennisent pas spontanément et les stratégies ne produisent pas automatiquement des résultats. Elles nécessitent des institutions compétentes, un leadership efficace et une véritable culture de la performance.
Au terme de son intervention, Mamadou Biteye a invité les participants à concentrer leurs réflexions autour de trois interrogations majeures : comment faire de l’électricité un véritable moteur de transformation économique ? Quelles réformes permettraient d’assurer la viabilité financière du secteur tout en préservant son caractère inclusif ? Comment renforcer la collaboration entre les think tanks, les gouvernements et le secteur privé afin de convertir les connaissances en actions concrètes ?
Il a souhaité que le sommet fasse émerger trois à cinq recommandations concrètes autour desquelles des partenariats pourraient être mobilisés et les engagements poursuivis. Le succès de la rencontre, a-t-il insisté, ne devra pas être apprécié au nombre de communications présentées, mais à la pertinence des solutions proposées et aux changements qu’elles permettront d’obtenir dans la vie quotidienne des populations.
Aristide Médénou : le défi de l’accès à une énergie abordable et durable
La troisième allocution, celle du ministre béninois de l’Économie et des Finances, chargé de la Coopération, Aristide Médénou, a donné une dimension économique et financière aux débats. Le membre du gouvernement a salué la qualité des interventions précédentes, estimant qu’elles avaient déjà suffisamment mis en évidence l’importance de l’énergie dans la croissance économique et l’amélioration des conditions de vie.
S’appuyant sur son expérience antérieure dans l’administration économique, notamment dans le domaine de l’analyse de la croissance et de l’élaboration des prévisions économiques, il a rappelé que l’énergie constitue un facteur déterminant de la performance des économies modernes.
Le ministre a présenté quelques éléments relatifs à la situation du Bénin. Selon les chiffres avancés dans son intervention, le taux d’accès à l’énergie dans le pays se situe aujourd’hui à un peu moins de 60 %, soit une progression d’environ dix points en une décennie.
Malgré cette évolution, il a reconnu que des efforts importants restent nécessaires pour permettre aux artisans, aux soudeurs et aux autres acteurs économiques de disposer d’une énergie suffisamment accessible, fiable et abordable pour développer leurs activités.
Pour Aristide Médénou, le débat ne porte plus uniquement sur la nécessité de disposer d’électricité. Cette évidence étant acquise, la question fondamentale est désormais de déterminer comment les pays africains peuvent mobiliser les ressources nécessaires pour satisfaire leurs besoins énergétiques sans compromettre leur équilibre financier. « Le débat, c’est comment faire pour s’en procurer suffisamment rapidement, sans que cela n’impacte nos conditions financières », a-t-il expliqué en substance.
Cette préoccupation renvoie à un dilemme majeur pour les gouvernements africains : investir massivement dans les infrastructures énergétiques tout en préservant la soutenabilité de la dette publique et la capacité des États à financer les autres secteurs prioritaires.
L’extension des réseaux, la modernisation des installations, l’augmentation des capacités de production et l’amélioration de la qualité du service exigent des investissements considérables. Les autorités doivent donc rechercher des solutions permettant d’accélérer les réalisations sans exposer excessivement les finances publiques aux risques liés à l’endettement et aux conditions de financement.
Le ministre a invité les participants à mettre leur expertise au service de cette réflexion. La présence de représentants de plusieurs pays et d’institutions spécialisées constitue, selon lui, une occasion de confronter les expériences, d’explorer des mécanismes de financement innovants et de dégager des réponses adaptées aux contraintes des économies africaines.
Il a enfin souhaité la bienvenue aux délégations étrangères et formulé le vœu que les travaux du sommet contribuent à faire progresser la réflexion sur les moyens de procurer aux populations et aux entreprises une énergie disponible, de qualité et financièrement accessible.
Onze sessions techniques pour préparer des recommandations concrètes
L’ouverture officielle intervient après onze sessions techniques organisées en prélude à la cérémonie. Ces travaux ont permis d’installer les principaux axes de réflexion et de favoriser les échanges entre les participants autour des défis structurels du secteur électrique africain.
Les discussions s’inscrivent dans une problématique plus large que celle de la seule disponibilité de l’électricité. Elles concernent notamment la performance des opérateurs, la solidité des cadres réglementaires, la mobilisation des investissements, la qualité de la gouvernance et la capacité des infrastructures à soutenir le développement productif.
Les participants sont ainsi appelés à examiner les conditions nécessaires pour rapprocher les politiques énergétiques des besoins des entreprises, des artisans, des agriculteurs et des populations.
L’un des enjeux majeurs demeure la recherche d’un équilibre entre trois impératifs : assurer la viabilité financière des opérateurs, garantir un service de qualité et maintenir des tarifs compatibles avec le pouvoir d’achat des ménages et les exigences de compétitivité des entreprises.
Les travaux devront également permettre de mieux identifier les mécanismes par lesquels les think tanks africains peuvent contribuer à la formulation des politiques publiques et au suivi de leur mise en œuvre.
L’Agenda d’action de Cotonou très attendu
Au-delà des discours, l’un des résultats attendus du sommet est l’adoption annoncée de l’Agenda d’action de Cotonou. Ce document devrait constituer un cadre de référence pour les suites à donner aux échanges, en mettant l’accent sur les recommandations et les engagements susceptibles de favoriser la transformation économique par l’énergie.
Les différentes interventions ont convergé vers une même exigence : faire en sorte que les réflexions ne restent pas confinées aux salles de conférence. Les recommandations devront pouvoir être traduites en mesures concrètes, assorties de responsabilités clairement définies et de mécanismes de suivi permettant d’en apprécier les effets.
Pour les organisateurs et les participants, l’ambition est de contribuer à une meilleure articulation entre la recherche, la décision politique, le financement et l’exécution des réformes.
La réussite de l’Agenda d’action dépendra donc de la capacité des institutions concernées à prolonger les échanges au-delà du sommet, à mobiliser les partenariats nécessaires et à mesurer les progrès réalisés.
Une photo de famille pour immortaliser l’ouverture officielle
La cérémonie d’ouverture s’est achevée par une photo de famille réunissant les principales personnalités et les délégations présentes. Cette séquence symbolique est venue consacrer le lancement officiel des travaux de la 12ᵉ édition de l’Africa Think Tank Summit à Cotonou.
Au-delà de la solennité de l’événement, les trois allocutions ont dégagé une orientation commune : l’Afrique doit désormais apprécier ses progrès énergétiques non seulement au nombre de personnes raccordées, mais aussi à la capacité de l’électricité à soutenir la production, à renforcer la compétitivité des entreprises, à créer des emplois et à améliorer les conditions de vie.
Le message de Luc Gnacadja renvoie à l’ancrage territorial et aux besoins des populations. Celui de Mamadou Biteye met en évidence la nécessité de renforcer les institutions et de transformer les connaissances en décisions efficaces. Quant à Aristide Médénou, il rappelle l’exigence d’un financement soutenable et d’une énergie accessible sans déséquilibrer les finances publiques.
Trois approches complémentaires qui donnent toute sa portée à cette rencontre continentale.
En accueillant ce rendez-vous, Cotonou se positionne comme un espace de dialogue sur les grandes orientations économiques du continent. Mais l’épreuve décisive se jouera après la clôture : les propositions formulées permettront-elles de faire évoluer les politiques énergétiques et de produire des résultats tangibles ?
Pour des millions d’Africains, l’enjeu est concret. Il s’agit de pouvoir travailler sans interruption, de produire à moindre coût, de conserver les récoltes, de développer les entreprises et d’offrir de meilleures perspectives aux jeunes. C’est à cette aune que se mesurera la portée réelle de l’Africa Think Tank Summit 2026.
La rédaction
Africa Think Tank Summit 2026 à Cotonou : Luc Gnacadja, Mamadou Biteye et Aristide Médénou appellent à transformer l’énergie en moteur de croissance
Administrateur Général Adjoint de Cloche media monde