Macron relance l’offensive africaine de la France : Nairobi au cœur d’un nouveau pacte économique avec le continent

Le président français Emmanuel Macron entame, à partir de ce samedi, une importante tournée africaine qui le conduira successivement en Égypte, au Kenya puis en Éthiopie. Au centre de ce déplacement diplomatique : le sommet « Africa Forward » de Nairobi, un rendez-vous stratégique placé sous le signe des investissements, du renouvellement des relations franco-africaines et de la reconstruction d’une influence française fragilisée sur le continent.*

À travers cette tournée, Paris veut envoyer un signal clair : la France entend redéfinir sa présence en Afrique et tourner définitivement la page de la « Françafrique », longtemps accusée d’entretenir des réseaux opaques d’influence hérités de la période coloniale.

Nairobi, symbole d’une nouvelle diplomatie économique


Les 11 et 12 mai, la capitale kényane accueillera le sommet « Africa Forward », premier grand rendez-vous réunissant chefs d’État africains et dirigeants français depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir en 2017. Un événement hautement symbolique après plusieurs années de tensions entre Paris et plusieurs pays africains, notamment dans le Sahel où la présence française a subi de sérieux revers diplomatiques et militaires.

L’Élysée affiche désormais une ligne claire : miser sur l’économie, les investissements et les partenariats d’avenir plutôt que sur les anciennes logiques d’influence politique et sécuritaire. « L’objectif principal est d’afficher et d’ancrer un partenariat renouvelé avec les pays africains », a indiqué la présidence française, insistant sur une approche « tournée vers le futur ».

Le sommet de Nairobi sera largement dominé par les questions économiques. Une importante délégation de chefs d’entreprises français et africains y est attendue, avec plusieurs annonces majeures dans les domaines des infrastructures, de l’énergie, du numérique, du sport et de la culture.

Une Afrique devenue terrain de compétition mondiale

Derrière les discours diplomatiques, cette tournée traduit aussi l’urgence pour Paris de reconquérir du terrain dans une Afrique devenue un espace de compétition géopolitique intense. La montée en puissance de la Chine, de la Russie, de la Turquie ou encore des pays du Golfe a considérablement réduit l’influence traditionnelle française.

Dans plusieurs capitales africaines, le discours anti-français a gagné du terrain, alimenté par les critiques sur le rôle historique de Paris, les interventions militaires et les déséquilibres économiques persistants.

Conscient de cette réalité, Emmanuel Macron tente désormais de repositionner la France comme partenaire économique plutôt que comme puissance tutélaire. Nairobi servira ainsi de vitrine à cette nouvelle doctrine diplomatique.

Culture, jeunesse et diasporas au cœur du sommet

Au-delà des investissements, le sommet accordera une place importante à la jeunesse africaine, aux industries culturelles et aux diasporas. Plusieurs séquences seront consacrées à la restitution des biens culturels africains, aux échanges universitaires et aux initiatives sportives.

Un concert géant réunissant de grandes figures de la musique africaine et des diasporas viendra clôturer le sommet mardi soir, dans une volonté assumée de renforcer le soft power culturel entre la France et le continent.

Escale stratégique en Égypte

Avant Nairobi, Emmanuel Macron fera étape en Alexandrie où il inaugurera avec le président Abdel Fattah al-Sissi l’Université Senghor de la Francophonie. Paris présente ce campus moderne comme un outil de formation destiné à accompagner les nouvelles générations africaines.

Cette visite permettra également de consolider les relations entre Paris et Le Caire, dans un contexte régional marqué par les tensions sécuritaires et les enjeux énergétiques.

William Ruto, nouvel allié africain de Paris

Au Kenya, Emmanuel Macron sera reçu par le président William Ruto, devenu ces derniers mois un interlocuteur privilégié de la France sur plusieurs dossiers internationaux, notamment la réforme de l’architecture financière mondiale et les mécanismes de financement climatique en faveur des pays du Sud.

Paris voit désormais Nairobi comme une puissance montante capable d’incarner une Afrique plus influente dans les grands débats économiques mondiaux.

Addis-Abeba, dernière étape diplomatique

Le 13 mai, le chef de l’État français poursuivra sa tournée à Addis-Abeba, siège de l’Union africaine. Une rencontre tripartite est prévue avec le président de la Commission de l’Union africaine, Mahamoud Ali Youssouf, et le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, Antonio Guterres.

Les discussions porteront principalement sur les crises sécuritaires africaines, les conflits régionaux et le rôle accru que souhaite jouer l’Afrique dans la gouvernance mondiale.

Cette tournée africaine apparaît ainsi comme une opération diplomatique majeure pour Emmanuel Macron. Entre volonté de reconquête économique, repositionnement stratégique et tentative de réconciliation politique avec le continent, la France joue gros à Nairobi. Reste désormais à savoir si ce nouveau discours suffira à convaincre une Afrique de plus en plus exigeante, souverainiste et tournée vers de nouveaux partenaires internationaux.

RCMM

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Administrateur Général Adjoint de Cloche media monde