France–Algérie : Paris veut tourner la page de la crise et relancer massivement la délivrance des visas

Après plusieurs mois de fortes tensions diplomatiques, un vent d’apaisement semble souffler entre Paris et Alger. La France affiche désormais sa volonté de normaliser ses relations avec l’Algérie, avec un objectif majeur : retrouver le niveau de délivrance des visas qui prévalait avant la crise diplomatique ayant fragilisé les liens entre les deux pays.

Deux mois après son retour à Alger, l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, a clairement présenté les priorités de sa mission. Dans un entretien accordé au média algérien Tout sur l’Algérie (TSA), le diplomate a insisté sur la nécessité de remettre la coopération franco-algérienne « sur les rails », aussi bien dans les domaines de la sécurité, de la justice, de l’immigration que de l’économie.

Un retour au rythme de 250 000 visas par an

Au cœur de cette stratégie de rapprochement figure la question des visas, devenue l’un des principaux symboles des tensions entre les deux États. Avant la dégradation des relations bilatérales, la France délivrait chaque année près de 250 000 visas aux ressortissants algériens. Paris souhaite aujourd’hui retrouver progressivement ce niveau.

Cette volonté marque un changement notable après les importantes restrictions imposées en 2025. À cette époque, les autorités françaises avaient durci leur politique de visas en raison des désaccords persistants avec Alger sur la réadmission de certains ressortissants algériens faisant l’objet d’Obligations de quitter le territoire français (OQTF), mais également à la suite de plusieurs dossiers sensibles ayant alimenté les tensions diplomatiques, notamment les affaires impliquant l’écrivain Boualem Sansal et le journaliste français Christophe Gleizes.

Une normalisation qui divise la classe politique française

La décision de relancer les visas ne fait cependant pas l’unanimité en France. Plusieurs responsables politiques estiment que cette reprise intervient sans véritables garanties de la part des autorités algériennes sur les questions migratoires.

Des personnalités comme Bruno Retailleau et François-Xavier Bellamy ont exprimé leurs réserves, considérant que Paris devrait obtenir des engagements plus fermes d’Alger, notamment en matière de coopération concernant les expulsions des personnes sous le coup d’une OQTF, avant d’assouplir sa politique de visas.

Une coopération relancée sur plusieurs fronts

Au-delà du dossier migratoire, les deux capitales semblent déterminées à reconstruire un partenariat plus solide. Les échanges ministériels ont repris, tandis que la coopération judiciaire et sécuritaire connaît un nouvel élan.

Les discussions portent notamment sur la lutte contre le narcotrafic, la coopération en matière de justice ainsi que sur le traitement des dossiers liés aux biens mal acquis. Cette reprise du dialogue traduit une volonté commune de restaurer la confiance après une période particulièrement tendue.

Les relations économiques retrouvent des couleurs

Le rapprochement concerne également le secteur économique. Les contacts entre les milieux d’affaires français et algériens se multiplient à nouveau, laissant entrevoir une reprise des investissements.

Parmi les dossiers les plus attendus figure la possible réouverture de l’usine Renault d’Oran, considérée comme un symbole du partenariat industriel entre les deux pays. Cette perspective pourrait contribuer à renforcer les échanges commerciaux et à redynamiser les investissements français en Algérie.

Le dossier Christophe Gleizes reste dans l’ombre

Malgré cette volonté affichée de normalisation, certains sujets demeurent particulièrement sensibles. Le cas du journaliste français Christophe Gleizes, condamné en Algérie à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme », n’a pas été abordé publiquement par l’ambassadeur lors de son entretien.

Son maintien en détention continue d’alimenter les inquiétudes en France et rappelle que, malgré les signes d’apaisement, plusieurs dossiers restent susceptibles de fragiliser le rapprochement engagé entre Paris et Alger.

Une nouvelle étape dans les relations franco-algériennes

En cherchant à rétablir le niveau de délivrance des visas et à relancer les coopérations politique, économique et sécuritaire, la France envoie un signal fort en faveur d’une normalisation durable de ses relations avec l’Algérie. Si les deux pays semblent désormais privilégier le dialogue après plusieurs mois de crispations, la réussite de ce rapprochement dépendra de leur capacité à trouver des réponses communes aux dossiers les plus sensibles qui continuent d’empoisonner leurs relations.

La rédaction

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