Benin/SRTB (ex-ORTB) : le grand ménage

La Société de Radio et Télévision du Bénin (SRTB), ex-Office de Radiodiffusion et Télévision du Bénin (ORTB), traverse une zone de fortes turbulences. Entre départs annoncés, fermeture programmée d’une station régionale et démolitions d’infrastructures, la réforme en cours suscite inquiétudes et interrogations au sein du personnel comme dans l’opinion publique.

Selon des informations concordantes, la Directrice générale, Angela Rabatel, a réuni plusieurs collaborateurs jeudi dernier pour leur notifier qu’à compter du 1er mars 2026, ils ne feraient plus partie des effectifs de l’entreprise.

Une trentaine d’agents concernés par la limite d’âge

Le motif avancé serait lié à l’âge : les agents concernés ont 55 ans et plus. Au total, près d’une trentaine de travailleurs seraient visés par cette mesure. Parmi eux figurent plusieurs figures historiques et cadres emblématiques du paysage audiovisuel béninois : Maurice Mahounon, ancien directeur de la Radio ; Abiath Oumarou, ancienne directrice de la Télévision ; Cécile Tossa, chef service patrimoine ; Joseph Houssou, chef du parc automobile ; Clémentine Akpan, SP DG ; Emile Houenagnon, réalisateur du journal de 13h ; Mohamed Bani Yero, chef service radio rurale Parakou ; Martial Guidigan ; Loïc Lawson ; Rebecca Dohou ; Patrick Djossou ; Jocelyne Alladaye ; Fabrice Gomez ; Hervé Djossè et plusieurs autres agents. Ces départs touchent des professionnels cumulant parfois plusieurs décennies d’expérience. Pour de nombreux observateurs, c’est une page importante de l’histoire de l’audiovisuel public béninois qui se tourne.

Selon des sources internes, une seconde vague de licenciements économiques serait également en préparation, sur recommandation du cabinet Reshuform, dans le cadre d’une rationalisation des effectifs.

Radio Parakou sur le point de s’éteindre

Autre décision majeure : la fermeture annoncée de Radio Parakou, dont l’arrêt des émissions serait prévu pour le 31 mars 2026. Le personnel de cette station régionale, pilier de l’information et de la proximité dans le septentrion, a été invité à rejoindre Cotonou. Certains agents auraient déjà effectué le déplacement.

Cette fermeture soulève des préoccupations majeures. Radio Parakou jouait un rôle essentiel dans la diffusion de l’information locale, la promotion des langues nationales et la couverture des réalités socio-économiques du Nord-Bénin. Sa disparition pourrait accentuer le sentiment de centralisation excessive du service public audiovisuel.

Des démolitions dans le cadre d’un vaste projet urbain

Dans le cadre d’un projet d’aménagement urbain, les bâtiments abritant Radio Bénin ainsi que la direction générale de la SRTB seraient appelés à être rasés pour permettre la construction d’un parking auto-moto à la cité ministérielle.

Le Centre de formation professionnelle situé en face de la Société Nationale des Eaux du Bénin (SONEB) serait également concerné par une démolition, en vue de l’aménagement d’un parking destiné à la nouvelle mairie de Cotonou en construction.

Selon les mêmes sources, la Directrice générale aurait quitté ses anciens bureaux pour s’installer dans celui du Directeur des ressources humaines, au sein des espaces de la direction des relations publiques — un signe supplémentaire de la reconfiguration interne en cours.

Une réforme structurelle aux conséquences sociales sensibles

Ces annonces s’inscrivent dans un contexte plus large de réformes structurelles et de rationalisation des entreprises publiques au Bénin. L’objectif affiché : moderniser, optimiser les charges et adapter les structures aux exigences économiques contemporaines.

Cependant, l’ampleur des départs, la fermeture d’une station régionale et la démolition d’infrastructures historiques suscitent de vives préoccupations : quel avenir pour le service public audiovisuel ? quelles garanties pour la continuité territoriale de l’information ? quelles mesures d’accompagnement pour les agents concernés ? le patrimoine matériel et immatériel de l’ex-ORTB sera-t-il préservé ? Pour l’heure, aucune communication officielle détaillée n’a été rendue publique par la direction générale afin de préciser les modalités exactes des départs ni les dispositifs d’indemnisation ou de reconversion prévus.

Entre modernisation et mémoire institutionnelle

La transformation de l’ex-ORTB en SRTB avait été présentée comme une étape décisive vers la modernisation du paysage audiovisuel béninois. Mais aujourd’hui, la réforme semble se heurter à une réalité sociale délicate. Entre nécessité de performance économique et préservation d’un héritage médiatique construit sur plusieurs générations, l’équilibre s’annonce complexe.

Les prochaines semaines seront déterminantes pour mesurer l’impact réel de ces décisions sur l’écosystème médiatique national et sur la crédibilité du service public audiovisuel. Une chose est certaine : la SRTB est à un tournant de son histoire.

CMM

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Administrateur Général Adjoint de Cloche media monde