À l’ouverture du 10ᵉ Dialogue annuel de haut niveau entre les Nations Unies et l’Union africaine, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a livré un discours fort, empreint d’émotion, de gravité et de solidarité envers le continent africain. Dans une intervention aux accents historiques et politiques, le chef de l’ONU a dénoncé les injustices du système international, plaidé pour une réforme profonde de la gouvernance mondiale et réaffirmé le soutien total des Nations Unies aux ambitions africaines.
S’exprimant devant les dirigeants de l’Union africaine, António Guterres a reconnu que cette rencontre serait probablement son dernier sommet avec l’organisation panafricaine en tant que Secrétaire général de l’ONU. Une déclaration chargée d’émotion qui a donné le ton à un discours particulièrement engagé.
« La priorité à l’Afrique est une exigence morale »
Dès les premières minutes de son allocution, António Guterres a insisté sur le fait que le soutien des Nations Unies à l’Afrique ne relève pas simplement d’un mandat institutionnel, mais d’un impératif politique et moral.
Selon lui, l’Afrique continue de subir les conséquences d’un ordre mondial profondément déséquilibré, hérité de l’histoire coloniale et construit sans véritable participation africaine. Le patron de l’ONU a rappelé que les économies coloniales avaient été conçues non pas pour développer le continent, mais pour exploiter ses ressources au profit des puissances étrangères.
Il a également évoqué les séquelles laissées par l’esclavage, le trafic transatlantique et la colonisation, saluant l’initiative portée par l’Union africaine sur la question des réparations historiques. Pour António Guterres, ces réalités ne doivent ni être oubliées ni minimisées dans les débats internationaux actuels.
Réforme du Conseil de sécurité et des institutions financières
Dans un passage particulièrement critique, le Secrétaire général de l’ONU a dénoncé ce qu’il a qualifié de « situation scandaleuse » : l’absence de membres permanents africains au Conseil de sécurité des Nations Unies.
Pour lui, cette marginalisation institutionnelle reflète un déséquilibre plus large dans l’architecture mondiale. Il a pointé du doigt un système économique et financier international qui, selon ses mots, « punit l’Afrique » et freine son développement.
Le chef de l’ONU a notamment évoqué : les problèmes liés à la dette africaine ; les mécanismes des agences de notation ; la répartition des droits de tirage spéciaux ; les règles de fonctionnement des institutions de Bretton Woods.
Selon lui, tous ces mécanismes profitent principalement aux pays les plus développés et compliquent l’émergence économique du continent africain.
António Guterres a ainsi plaidé pour une réforme profonde des institutions internationales afin de garantir une représentation plus juste et plus équitable de l’Afrique dans les grandes décisions mondiales.
« Les ingérences extérieures ont aggravé les conflits africains »
Le Secrétaire général de l’ONU n’a pas hésité à aborder les questions sécuritaires, évoquant notamment la situation au Sahel, en Libye et au Soudan.
Il a affirmé que plusieurs conflits africains avaient été aggravés par des interventions extérieures. Revenant sur la crise libyenne, il a estimé que l’intervention militaire ayant suivi les décisions du Conseil de sécurité avait contribué à déstabiliser durablement la région sahélienne.
Selon lui, la chute de la Libye a favorisé la propagation du terrorisme dans plusieurs pays du Sahel, transformant cette zone en l’un des principaux foyers d’insécurité dans le monde.
Le patron de l’ONU a également dénoncé les influences étrangères dans la guerre au Soudan, évoquant les flux d’armes, les financements extérieurs et les intérêts géopolitiques qui compliquent les efforts de médiation et rendent les accords de paix difficiles à obtenir.
L’Afrique face aux enjeux stratégiques des minerais
Autre point majeur du discours : les ressources minières africaines. António Guterres a rappelé que l’Afrique possède des minerais essentiels à la transition énergétique mondiale et au développement de l’économie numérique.
Mais il a mis en garde contre le risque de voir se reproduire les anciens modèles d’exploitation, dans lesquels les matières premières quittent le continent sans transformation locale, tandis que les impacts sociaux et environnementaux restent supportés par les populations africaines.
Le Secrétaire général a appelé à un modèle économique plus équitable, permettant à l’Afrique de bénéficier pleinement de ses richesses naturelles grâce à la création de valeur ajoutée locale et à une industrialisation renforcée.
La jeunesse africaine au cœur de l’avenir mondial
Dans la dernière partie de son intervention, António Guterres a insisté sur le potentiel démographique du continent. Il a qualifié la jeunesse africaine de « donnée la plus importante de l’évolution démographique mondiale ».
Selon lui, si la communauté internationale ne crée pas les conditions nécessaires à l’intégration économique, sociale et politique de cette jeunesse, les conséquences pourraient être lourdes non seulement pour l’Afrique, mais pour l’ensemble du monde.
Le Secrétaire général a ainsi affirmé que le succès du développement africain est devenu une condition essentielle à l’équilibre mondial et à l’avenir du multilatéralisme.
« Nous serons toujours à vos côtés »
En conclusion, António Guterres a réaffirmé l’engagement total des Nations Unies auprès de l’Afrique. Il a assuré que l’ONU continuerait non seulement à accompagner les initiatives africaines en matière de paix, de développement et de gouvernance, mais également à dénoncer les injustices et les obstacles qui freinent l’essor du continent. « Nous ne nous tairons pas », a-t-il martelé, dans un message de solidarité adressé aux dirigeants africains.
Par ce discours, le chef de l’ONU a livré l’une de ses prises de position les plus fortes en faveur de l’Afrique, appelant la communauté internationale à reconnaître enfin que l’avenir du monde dépend aussi du succès du continent africain.
RCMM
« Nous ne nous tairons pas » : António Guterres défend l’Afrique et dénonce les injustices du système mondial
Administrateur Général Adjoint de Cloche media monde