Entre fermeté pénale, respect des droits fondamentaux et lutte contre l’enrichissement illicite, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) a donné le ton de la nouvelle année judiciaire. À l’occasion de sa rentrée solennelle, ce lundi 12 octobre 2026 à Cotonou, le procureur spécial Elonm Mario Mètonou a plaidé pour que la détention provisoire redevienne « l’exception ultime », tandis que le président de la juridiction a mis en garde contre les conséquences de la quête effrénée de l’argent facile, notamment chez les jeunes.
La Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) a officiellement effectué sa rentrée judiciaire au titre de l’année 2026-2027, ce lundi 12 octobre 2026 à Cotonou. Cette cérémonie a été marquée par des prises de parole fortes sur les défis auxquels la justice pénale est confrontée, dans un contexte où la lutte contre la cybercriminalité et les infractions économiques demeure une préoccupation majeure pour les autorités judiciaires béninoises.
Au cœur des interventions du président de la Cour et du procureur spécial, Elonm Mario Mètonou, deux impératifs se sont imposés : combattre avec détermination les comportements criminels qui fragilisent la société et garantir, dans le même temps, une justice respectueuse de la dignité humaine, des libertés individuelles et des droits de la défense.
Derrière ces deux exigences se dessine une question fondamentale : comment sanctionner efficacement les infractions sans compromettre les principes qui fondent un État de droit ?
Mario Mètonou appelle à dépasser l’opposition entre laxisme et sévérité excessive
Dans sa réquisition, le procureur spécial près la CRIET, Elonm Mario Mètonou, a développé une vision de la justice pénale qui refuse aussi bien l’impunité que la répression disproportionnée. Pour le magistrat, la crédibilité d’une institution judiciaire ne saurait se mesurer uniquement à la lourdeur des peines prononcées ou au nombre de personnes placées en détention.
Il a ainsi invité la Cour à privilégier une approche fondée sur la proportionnalité des sanctions, l’équité des décisions et le respect des garanties fondamentales reconnues à toute personne poursuivie. « Le défi de cette année judiciaire qui s’avance dans la lumière ne sera pas de choisir entre le laxisme et la terreur. L’un est une démission, l’autre est une infamie. La CRIET refuse ce choix étroit. Entre le laxisme et la terreur, il existe une troisième voie, noble et exigeante : celle de la proportionnalité », a-t-il déclaré.
À travers cette formule, Elonm Mario Mètonou entend rappeler que la fermeté judiciaire ne doit pas se confondre avec une sévérité systématique. La lutte contre les infractions économiques, le terrorisme et la cybercriminalité exige certes une réponse pénale adaptée à la gravité des faits, mais celle-ci doit également tenir compte des circonstances propres à chaque dossier et des principes qui encadrent l’action de la justice.
Cette position met en évidence un enjeu essentiel pour la CRIET : maintenir sa capacité de répression tout en veillant à ce que chaque décision soit juridiquement fondée, motivée et proportionnée.
La détention provisoire dans le viseur du procureur spécial
L’un des moments les plus marquants de cette rentrée judiciaire reste l’appel du procureur spécial à un recours plus exceptionnel à la détention provisoire. « La détention provisoire doit redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : l’exception ultime », a plaidé Elonm Mario Mètonou.
Cette déclaration remet au centre du débat la place de la privation de liberté avant un jugement définitif. Si la détention provisoire peut s’avérer nécessaire pour répondre à certaines exigences de la procédure pénale, elle ne saurait devenir une mesure automatique ni se substituer à une décision de culpabilité.
La présomption d’innocence impose, en effet, que toute personne poursuivie soit considérée comme innocente tant que sa culpabilité n’a pas été légalement établie. Le placement en détention avant jugement doit donc répondre à des nécessités précises et être apprécié au regard des circonstances de chaque affaire, conformément aux règles applicables.
En insistant sur ce principe, le procureur spécial souligne la nécessité de rechercher un meilleur équilibre entre les impératifs de l’enquête, la protection de la société, les exigences du procès pénal et les libertés individuelles.
L’enjeu est également humain et social. Une détention prolongée avant jugement peut avoir des répercussions importantes sur la vie familiale, professionnelle et économique d’une personne qui bénéficie toujours de la présomption d’innocence.
L’appel de Mario Mètonou constitue ainsi une invitation à examiner avec rigueur la nécessité de chaque mesure privative de liberté et à envisager, lorsque les conditions légales le permettent, des solutions moins contraignantes.
Les droits des victimes et la réhabilitation au cœur d’une justice humanisée
Au-delà de la situation des personnes poursuivies, le procureur spécial a également insisté sur la nécessité de prendre en considération les droits et les attentes des victimes.
L’humanisation de la justice ne peut se limiter à la protection des prévenus. Elle suppose également que les victimes soient entendues, que leurs préjudices soient reconnus et que les mécanismes de réparation puissent répondre, dans la mesure prévue par la loi, aux dommages subis.
Cette approche cherche à dépasser une conception exclusivement punitive de la justice. La sanction doit répondre à la gravité de l’infraction, contribuer à la protection de la société et préserver, lorsque cela est possible, les perspectives de réinsertion de la personne condamnée.
Pour Elonm Mario Mètonou, une peine rigoureuse ne doit donc pas nécessairement signifier la fermeture définitive de toute possibilité de réhabilitation. La justice doit pouvoir sanctionner, prévenir la récidive et favoriser le retour à une vie respectueuse des lois.
Cette vision place la proportionnalité au centre de l’action judiciaire et rappelle que la recherche de l’efficacité pénale doit rester compatible avec les principes de dignité humaine et d’équité.
Le président de la CRIET met en garde contre les mirages de l’argent facile
Si le procureur spécial a particulièrement insisté sur les garanties procédurales et la proportionnalité des peines, le président de la CRIET a, pour sa part, attiré l’attention sur les dangers de l’enrichissement illicite et les conséquences de la cybercriminalité.
Dans son intervention, il a dénoncé l’attrait croissant du gain facile chez certains jeunes, séduits par la perspective de réaliser rapidement des profits importants grâce aux activités numériques frauduleuses.
Derrière les promesses de richesse instantanée se cachent pourtant des pratiques susceptibles d’entraîner de lourdes conséquences judiciaires, financières et sociales. La cybercriminalité ne se résume pas à des opérations virtuelles sans victimes : elle peut provoquer des pertes financières considérables, détruire des relations de confiance et compromettre les perspectives professionnelles de ceux qui s’y engagent.
Le président de la Cour a notamment évoqué les effets négatifs de ces pratiques sur l’environnement économique, avec le risque de décourager les investisseurs et d’affaiblir la confiance dans les échanges numériques. Il a également souligné les dangers de la déscolarisation de jeunes qui abandonnent leurs études, attirés par les promesses d’une réussite financière rapide.
Cette situation pose un problème qui dépasse largement le seul cadre judiciaire. Elle interroge les modèles de réussite valorisés dans la société, la place de l’éducation dans la formation des jeunes et la responsabilité collective dans la prévention de la délinquance.
Quand l’enrichissement malhonnête devient un modèle de réussite
Au-delà des infractions elles-mêmes, le président de la CRIET a déploré la valorisation sociale dont peuvent bénéficier certaines personnes ayant acquis leur richesse par des moyens illicites.
Cette banalisation du gain malhonnête constitue un défi majeur pour la prévention de la cybercriminalité. Lorsque l’apparence de richesse prend le pas sur l’origine des ressources, les conséquences des actes commis et le respect des règles, elle peut contribuer à brouiller les repères d’une partie de la jeunesse.
La recherche du succès matériel, légitime en elle-même, ne saurait justifier le recours à la fraude, à l’escroquerie ou à d’autres activités répréhensibles. La réussite durable repose aussi sur le travail, la formation, l’innovation et la confiance que les acteurs économiques peuvent accorder à leurs partenaires.
Face à cette réalité, la réponse judiciaire doit s’accompagner d’efforts de sensibilisation, d’éducation au numérique et de prévention. Les familles, les établissements scolaires, les médias, les acteurs économiques et les institutions publiques ont tous un rôle à jouer pour faire comprendre que les promesses de richesse rapide peuvent dissimuler des risques considérables.
En présentant la CRIET comme un rempart contre ces dérives, son président a réaffirmé la détermination de la juridiction à poursuivre sa mission de répression des infractions relevant de sa compétence.
Une nouvelle année judiciaire sous le signe de l’équilibre
Les interventions prononcées à l’occasion de cette rentrée judiciaire 2026-2027 font ressortir une double exigence. D’un côté, la CRIET entend poursuivre la lutte contre la cybercriminalité, les infractions économiques et les autres actes relevant de sa compétence. De l’autre, elle est appelée à inscrire son action dans le respect des droits fondamentaux et des principes qui garantissent l’équité du procès pénal.
La fermeté judiciaire et le respect des libertés ne sont pas nécessairement contradictoires. Une justice crédible doit pouvoir sanctionner les comportements répréhensibles sans céder à l’arbitraire, protéger les victimes sans négliger les droits de la défense et préserver l’ordre public sans faire de la privation de liberté une réponse systématique.
Le plaidoyer d’Elonm Mario Mètonou en faveur d’une détention provisoire considérée comme « l’exception ultime » s’inscrit dans cette recherche d’équilibre. De son côté, l’alerte du président de la Cour sur l’enrichissement illicite rappelle que la lutte contre la criminalité nécessite aussi une prise de conscience collective sur les valeurs sociales et les modèles de réussite proposés à la jeunesse.
Au terme de cette rentrée judiciaire, un message se dégage : l’efficacité de la justice ne se mesure pas seulement à sa capacité à punir, mais également à son aptitude à rendre des décisions justes, proportionnées et respectueuses des droits de chacun.
Pour la CRIET, l’enjeu de l’année judiciaire qui s’ouvre sera donc de concilier la protection de la société, la lutte contre l’impunité et la sauvegarde des libertés fondamentales. Une exigence qui engage autant l’institution judiciaire que l’ensemble des acteurs de la société béninoise.
La rédaction
Rentrée judiciaire 2026-2027 à la Criet : Mario Mètonou prône une justice équilibrée, le président dénonce les dérives de la cybercriminalité
Administrateur Général Adjoint de Cloche media monde