Rencontre Emmanuel Macron – Romuald Wadagni : le Bénin mobilise 65,5 milliards de FCFA pour l’électricité, l’agriculture et la santé

(Premières retombées de la visite de Romuald Wadagni en France : près de 100 millions d’euros de financements et de nouveaux investissements annoncés)

La visite du président béninois Romuald Wadagni en France commence à produire ses premières retombées concrètes. En marge de ses échanges avec son homologue français Emmanuel Macron, le Bénin a conclu, ce lundi à Paris, plusieurs accords financiers représentant un montant global de 65,5 milliards de FCFA, soit près de 100 millions d’euros.


Selon le communiqué de la Présidence de la République du Bénin, ces engagements prennent la forme de deux conventions de financement avec l’Agence française de développement (AFD), pour un montant de 61,9 milliards de FCFA, auxquels s’ajoute une lettre de mandat avec Bpifrance portant sur 3,54 milliards de FCFA. Des ressources qui doivent être orientées vers des secteurs directement liés aux conditions de vie des populations : électricité, agriculture, pisciculture et expertise médico-légale.

Cette annonce intervient dans un contexte où le développement territorial et l’accès aux services essentiels figurent parmi les priorités affichées par les autorités béninoises. La Présidence souligne notamment la volonté de rapprocher davantage l’action publique des populations et de renforcer les capacités nationales.

Électricité : plus de 120 000 nouveaux branchements annoncés


Le volet le plus important de cette mobilisation financière concerne l’électricité. À lui seul, le programme consacré au renforcement du réseau de distribution de la Société béninoise d’énergie électrique (SBEE) mobilise 52,1 milliards de FCFA, soit environ 79,4 millions d’euros. Le financement associe un prêt de l’AFD de 32,8 milliards de FCFA et un don de l’Union européenne de 19,3 milliards de FCFA.

L’objectif annoncé est particulièrement significatif : plus de 120 000 nouveaux branchements dans 750 localités, réparties dans 15 communes des départements du Mono, du Couffo et du Borgou.

Sont notamment concernées les communes d’Athiémé, Bopa, Comè, Grand-Popo, Houéyogbé, Lokossa, Aplahoué, Djakotomey, Dogbo, Klouékanmè, Lalo, Toviklin, N’Dali, Parakou et Tchaourou.

Au-delà de l’augmentation du nombre d’abonnés, le projet PEDER+ vise également l’amélioration de la qualité du service, la réduction des écarts d’accès à l’électricité entre les territoires et la diminution des pertes sur le réseau.

L’enjeu est loin d’être marginal. L’AFD rappelle que l’accès à l’électricité et la modernisation des réseaux constituent encore des défis importants pour le développement du Bénin, particulièrement dans les zones rurales.

9,8 milliards de FCFA pour la pisciculture et les filières agricoles

Deuxième secteur ciblé : l’agriculture. Le Bénin prévoit de consacrer 9,8 milliards de FCFA au développement de la pisciculture et au soutien des filières agricoles de proximité.

Sur cette enveloppe, 6,6 milliards de FCFA doivent être consacrés au développement de la filière piscicole dans dix communes de l’Alibori, de l’Atacora et de la Donga. Sont citées les communes de Banikoara, Gogounou, Kandi, Kérou, Kouandé, Péhunco, Bassila, Copargo, Djougou et Ouaké.

L’ambition affichée est de construire une filière compétitive sur l’ensemble de la chaîne de valeur, depuis la production des alevins jusqu’à la commercialisation du poisson.

L’objectif est double : augmenter la production nationale de poisson et améliorer sa qualité, tout en favorisant la création de revenus au niveau local.

Un financement complémentaire de 3,3 milliards de FCFA, soit environ 5 millions d’euros, doit par ailleurs accompagner des investissements agricoles productifs dans les filières avicole, cunicole, protéagineuse et oléagineuse. Seize communes du Borgou, de la Donga, des Collines et du Zou devraient en bénéficier.

Cette orientation rejoint les priorités déjà affichées par les autorités béninoises en matière de transformation agricole, de mécanisation, de financement des producteurs et de développement des chaînes de valeur.

Un laboratoire national d’expertise ADN : une nouvelle capacité scientifique pour le Bénin*

L’autre annonce majeure issue de cette séquence parisienne concerne le secteur de la justice et de la santé. La lettre de mandat signée avec Bpifrance ouvre la voie à la négociation du financement de la Plateforme de recherche, d’investigation et d’analyse médico-légale (PRIAM). Le projet sera réalisé avec l’appui du Laboratoire d’hématologie médico-légale de Bordeaux et bénéficiera d’une garantie de Bpifrance Assurance Export.

À terme, le Bénin entend se doter d’un laboratoire national d’expertise ADN capable de réaliser jusqu’à 30 000 analyses par an, avec l’objectif d’une accréditation internationale ISO/IEC 17025. Le projet prévoit également la formation de plus de 500 professionnels ainsi que la création d’une filière universitaire spécialisée.

Il ne s’agit donc pas seulement, selon le communiqué présidentiel, d’acquérir des équipements. Le projet entend également développer les compétences humaines nécessaires à leur utilisation et assurer la pérennisation de cette nouvelle capacité scientifique sur le territoire national.

Une avancée pour la justice et l’identification scientifique

La création de cette infrastructure pourrait également modifier les conditions dans lesquelles certaines expertises sont réalisées au Bénin.

Identification d’une victime, établissement d’une filiation, confirmation ou exclusion d’une personne mise en cause ou encore analyse d’éléments scientifiques dans des dossiers judiciaires : l’expertise ADN peut intervenir dans plusieurs situations nécessitant une preuve scientifique.

Le communiqué insiste sur la dimension de protection de la preuve et des personnes. Une expertise scientifique disponible au niveau national pourrait notamment contribuer à réduire les délais et la dépendance à des analyses effectuées à l’étranger.

L’objectif d’une accréditation selon la norme ISO/IEC 17025 vise, pour sa part, à inscrire les analyses dans un cadre reconnu internationalement.

De Paris aux territoires : les retombées attendues

Au-delà des montants annoncés, c’est surtout la destination de ces financements qui retient l’attention.

L’électricité doit atteindre davantage de villages et de ménages. La pisciculture doit renforcer la production locale. Les filières agricoles doivent bénéficier d’investissements productifs. Et la justice doit disposer d’une expertise scientifique renforcée.

Autrement dit, les accords conclus à Paris sont présentés par la Présidence comme des instruments destinés à transformer des engagements internationaux en réalisations concrètes dans les territoires.

Cette approche s’inscrit dans une coopération franco-béninoise déjà ancienne. L’AFD indique avoir investi 1 milliard d’euros au Bénin depuis 2016 et estime que ses interventions ont permis à 1,5 million de personnes supplémentaires d’améliorer leur accès à l’électricité.

Une première moisson financière pour la visite en France

Au terme de cette première séquence parisienne, le déplacement de Romuald Wadagni se traduit donc par des engagements financiers qui touchent plusieurs secteurs stratégiques.

65,5 milliards de FCFA mobilisés, plus de 120 000 nouveaux branchements électriques annoncés, des investissements dans la pisciculture et les filières agricoles, mais aussi la perspective d’un laboratoire national d’expertise ADN : les annonces concernent à la fois les infrastructures de base, l’économie productive et les capacités scientifiques de l’État.

Reste désormais l’étape déterminante : la mise en œuvre effective des projets, le respect des calendriers et la traduction de ces financements en résultats mesurables pour les populations.

Car derrière les milliards annoncés à Paris, l’enjeu est très concret : l’électricité dans les villages, le poisson produit localement, des agriculteurs mieux accompagnés et une expertise scientifique disponible au Bénin. C’est à l’aune de ces réalisations que les premières retombées financières de la visite en France pourront être pleinement appréciées.

La rédaction

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