La question de la protection des minorités religieuses revient au premier plan sur la scène internationale. Dans une déclaration écrite soumise au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, l’organisation CAP Liberté de Conscience (CAP LC), qui bénéficie d’un statut consultatif spécial auprès du Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC), tire la sonnette d’alarme face à ce qu’elle qualifie de montée inquiétante de la stigmatisation visant certains groupes religieux minoritaires.
À travers cette intervention, l’organisation invite les États et les institutions internationales à renforcer leur vigilance afin que les principes fondamentaux des droits humains, notamment la liberté de religion, la liberté de conscience et le droit à un procès équitable, demeurent au cœur des politiques publiques.
Une mise en garde contre les jugements fondés sur les préjugés
Dans son document, CAP LC s’intéresse notamment à la situation de Shincheonji Église de Jésus, un mouvement chrétien originaire de Corée du Sud qui fait l’objet de nombreuses controverses.
L’organisation estime que les décisions administratives ou judiciaires concernant certaines minorités religieuses ne devraient jamais être influencées par des perceptions négatives, des campagnes médiatiques ou des accusations non démontrées. Selon elle, les autorités publiques doivent exclusivement s’appuyer sur des faits objectivement établis, des preuves vérifiables et le respect strict des principes de l’État de droit.
Au-delà du cas de Shincheonji, CAP LC soulève une interrogation de portée universelle : une communauté religieuse peut-elle être privée de ses droits sur la base d’une réputation controversée plutôt que d’éléments matériels établis ?
Des inquiétudes face à des discriminations signalées en Europe
La déclaration met également en lumière plusieurs situations observées sur le continent européen. Au Royaume-Uni, CAP LC évoque le refus opposé à Shincheonji d’obtenir le statut d’organisation caritative, ainsi que l’utilisation répétée du terme « secte », considéré par l’organisation comme un qualificatif susceptible d’alimenter une perception négative auprès de l’opinion publique.
En Allemagne ainsi que dans plusieurs pays germanophones, des membres du mouvement auraient également été confrontés, selon l’ONG, à des discriminations dans leur environnement professionnel et social, dans un climat marqué par une couverture médiatique défavorable.
Pour CAP LC, ces situations illustrent les conséquences que peuvent produire des appréciations jugées partiales : marginalisation sociale, atteinte à la réputation, difficultés d’insertion professionnelle et restriction de l’exercice de la liberté religieuse.
L’affaire Lee Man-hee au cœur des préoccupations
L’organisation revient également sur la procédure judiciaire engagée en Corée du Sud contre Lee Man-hee, président de Shincheonji, aujourd’hui âgé de 95 ans. Placé en détention dans le cadre d’une enquête portant sur de présumées infractions à la législation relative aux partis politiques, il fait l’objet d’un mandat d’arrêt délivré à la fin du mois de juin 2026.
Sans prendre position sur les faits reprochés ni sur l’issue de la procédure, CAP LC rappelle que les normes internationales imposent le respect de plusieurs principes essentiels.
L’organisation insiste notamment sur la présomption d’innocence, qui garantit à toute personne poursuivie le droit d’être considérée comme innocente jusqu’à l’établissement de sa culpabilité par une décision de justice définitive.
Elle rappelle également les principes de nécessité et de proportionnalité, selon lesquels toute mesure privative de liberté doit être strictement justifiée. Dans ce contexte, CAP LC s’interroge sur la pertinence du maintien en détention d’une personne de 95 ans alors que les enquêteurs disposeraient déjà d’une grande partie des éléments matériels nécessaires à l’instruction du dossier.
Une réflexion qui dépasse le seul cas de Shincheonji
Pour CAP Liberté de Conscience, cette affaire dépasse largement le cadre d’un mouvement religieux particulier. Elle constitue, selon l’organisation, un test majeur pour les mécanismes internationaux chargés de garantir la protection des droits fondamentaux.
L’ONG appelle les gouvernements, les juridictions nationales et les institutions internationales à veiller à ce que toute décision concernant une minorité religieuse repose sur des preuves solides, des procédures transparentes et le respect des garanties judiciaires, plutôt que sur des pressions médiatiques ou des campagnes de dénigrement.
Elle estime qu’une démocratie véritable ne peut préserver les libertés individuelles qu’en assurant une égalité de traitement entre toutes les convictions religieuses ou philosophiques, quelles qu’elles soient.
Préserver les fondements de l’État de droit
En conclusion, CAP LC rappelle que la liberté de religion, la liberté de conscience, l’égalité devant la loi et le droit à un procès équitable constituent des piliers essentiels des instruments internationaux de protection des droits humains.
Selon l’organisation, la lutte contre toute forme de stigmatisation des minorités religieuses ne vise pas à soustraire celles-ci au contrôle de la justice, mais à garantir que les enquêtes, les poursuites et les décisions administratives soient exclusivement fondées sur des faits établis, dans le respect des principes universels de l’État de droit. Ainsi, au-delà du cas particulier de Shincheonji, le débat soulevé interpelle l’ensemble de la communauté internationale sur la manière de concilier sécurité juridique, liberté de religion et protection des droits fondamentaux.
La rédaction
Liberté religieuse sous tension : une ONG saisit l’ONU et dénonce la stigmatisation croissante des minorités confessionnelles
Administrateur Général Adjoint de Cloche media monde