La devise du Bénin, inscrite dans les armoiries de la République, est censée incarner les valeurs fondamentales du pays : Fraternité, Justice, Travail. Pourtant, à y regarder de plus près, nombreux sont les Béninois qui peinent à retrouver ces idéaux dans leur quotidien. Entre divisions sociales, sentiment d’injustice et précarité de l’emploi, cette devise semble, pour beaucoup, une belle promesse restée lettre morte.
*Fraternité mise à l’épreuve*

Le vivre-ensemble est souvent présenté comme un héritage précieux du Bénin, pays réputé pour sa diversité culturelle et ethnique. Pourtant, dans la pratique, les clivages politiques, sociaux et économiques fragilisent cette fraternité. Les discours d’unité peinent à masquer une réalité marquée par des rivalités politiques exacerbées, un favoritisme dans l’accès aux opportunités et un sentiment croissant de marginalisation de certaines couches de la société. La solidarité, qui devrait être le ciment du développement, cède trop souvent la place à l’individualisme et à l’exclusion.
*Une justice à deux vitesses ?*
La justice est censée être le pilier d’une nation démocratique et équitable. Or, au Bénin, nombreux sont ceux qui dénoncent une justice à géométrie variable, où les plus puissants semblent échapper aux sanctions pendant que les plus faibles subissent de plein fouet la rigueur des lois. Les affaires politico-judiciaires, la perception d’un manque d’indépendance des institutions judiciaires et la lenteur de certains procès renforcent la méfiance des citoyens vis-à-vis du système judiciaire. L’équité, principe fondamental de la justice, semble trop souvent reléguée au second plan. Autre chose, la corruption s’installe, zappant le moral aux principes de droit.
*Le travail, un défi permanent*
Le dernier pilier de la devise nationale, le travail, est lui aussi une source de frustration pour de nombreux Béninois. Malgré une jeunesse dynamique et entreprenante, l’accès à un emploi stable et décent demeure un défi majeur. Le chômage et le sous-emploi gangrènent la société, poussant de nombreux jeunes à l’exil ou à l’informel. Ceux qui ont un emploi dénoncent souvent des conditions précaires, des salaires insuffisants et un manque de perspectives d’évolution. L’adéquation formation/emploi n’est qu’une vulgaire expression. Une main d’œuvre compétente mais mal employée.
*Un appel à la cohérence entre paroles et actes*
Si la devise du Bénin incarne de nobles idéaux, sa mise en application reste encore un chantier inachevé. Face aux défis actuels, les citoyens attendent des actions concrètes pour redonner du sens à ces valeurs républicaines. Plus qu’un simple slogan, le triptyque « Fraternité – Justice – Travail » devrait être une boussole guidant les politiques publiques et les comportements individuels. Les Béninois espèrent un engagement sincère pour que ces mots ne soient pas qu’une inscription sur du papier, mais une réalité palpable dans leur quotidien.
Boris MAHOUTO