Une découverte surprenante a été faite au Musée national de Finlande, où un précieux objet historique a été redécouvert après plus de huit décennies d’oubli. Un tabouret royal, ou kataklè, pris lors de la prise de la ville d’Abomey à la fin du XIXᵉ siècle, a refait surface, offrant une occasion unique de replonger dans l’histoire complexe des relations entre la Finlande et l’Afrique, notamment le Bénin.
Le kataklè, un tabouret cérémonial d’une grande importance dans la culture du royaume d’Abomey, fait partie des objets pris lors du sac de la capitale du Dahomey (aujourd’hui le Bénin) par les troupes françaises en 1892. Ces événements ont marqué la fin du royaume d’Abomey et ont entraîné le pillage de nombreux artefacts culturels, dont certains ont trouvé leur chemin jusque dans les musées européens. Ce tabouret royal, sculpté avec une finesse remarquable, est un symbole du patrimoine d’Abomey, un témoin direct des traditions et du pouvoir des rois du Dahomey.

Pendant des décennies, cet objet a été soigneusement conservé dans les archives du Musée national de Finlande, mais il avait été oublié par les chercheurs et le grand public. C’est lors d’un réexamen des collections du musée que le kataklè a été retrouvé, suscitant immédiatement l’intérêt des historiens et des experts en art africain
Le musée finlandais a indiqué que la pièce avait été acquise au début du XXᵉ siècle, peu après la prise d’Abomey, lors d’un échange entre la France et la Finlande. Le tabouret royal avait été envoyé en Europe dans le cadre des efforts pour préserver et exposer des artefacts historiques pris lors des conflits coloniaux. Bien que la provenance exacte de la pièce soit restée floue pendant un certain temps, cette redécouverte permet aujourd’hui de lever le voile sur l’histoire de cet objet précieux et d’approfondir les recherches sur les collections coloniales européennes.
Le kataklè, avec ses motifs sculptés représentant des symboles de pouvoir et de divinité, est un exemple frappant de l’art royal d’Abomey. Il est fabriqué à partir de bois sculpté, de métal et de matières précieuses, et aurait été utilisé lors de cérémonies royales pour marquer l’autorité et la grandeur du souverain. Cet objet, désormais reconnu comme un bien culturel inestimable, soulève de nombreuses questions sur les pratiques de pillage des artefacts durant l’époque coloniale, et sur la manière dont ces objets ont été préservés et transmis à travers les musées européens.
La redécouverte du kataklè ouvre également un dialogue sur la restitution des objets culturels africains pris durant la période coloniale. Bien que de nombreux artefacts aient été restitués ces dernières années, la question de la restitution complète des objets pris dans des circonstances coloniales reste un sujet de débat international. Le Bénin, par exemple, a multiplié les démarches auprès de la France pour récupérer des objets d’art pillés, dont ceux pris lors de la prise d’Abomey.

Cette découverte rappelle l’importance de la préservation de l’histoire et des artefacts culturels, et invite à une réflexion sur les dynamiques de pouvoir, de colonisation et de restitution dans le monde contemporain. La redécouverte du kataklè du Dahomey offre ainsi une occasion unique de revisiter l’histoire de l’Afrique de l’Ouest, tout en jetant une lumière nouvelle sur le rôle des musées dans la conservation des héritages culturels mondiaux.
La pièce sera bientôt exposée dans le cadre d’une nouvelle exposition au Musée national de Finlande, permettant au public de découvrir cet objet fascinant, témoin d’une époque révolue, tout en apportant un éclairage supplémentaire sur les complexités de l’histoire coloniale et des relations interculturelles.
Boris MAHOUTO