Bénin/Romuald Wadagni : du technocrate émérite à l’héritier politique de Patrice Talon

(Une désignation inattendue, mais cohérente)

Dans la nuit du 30 au 31 août 2025, l’Union Progressiste – Le Renouveau (UP-R) et le Bloc Républicain (BR), piliers de la mouvance présidentielle, ont désigné Romuald Wadagni comme leur candidat officiel pour la présidentielle de mars 2026. À 49 ans, le ministre d’État en charge de l’Économie et des Finances devient officiellement le dauphin politique de Patrice Talon pour l’élection présidentielle de 2026. Profil d’un candidat qui fait l’unanimité

Un parcours académique et professionnel d’exception

Né en 1976 à Lokossa, dans le sud du Bénin, Wadagni est le fils d’un statisticien-économiste. Brillant dès ses jeunes années, il décroche un master en finances à Grenoble, dont il sort major de promotion, avant de rejoindre les États-Unis pour devenir expert-comptable certifié (CPA) et compléter son cursus à la Harvard Business School .

Il débute sa carrière chez Deloitte, en France, puis aux États-Unis, avant de gérer des missions stratégiques en Afrique francophone. Il devient associé de Deloitte en 2012, puis supervise des bureaux à Kinshasa et Lubumbashi, assurant la qualité professionnelle du réseau africain .

Le bâtisseur de la rigueur économique béninoise

Depuis son entrée au gouvernement en 2016, puis sa nomination comme ministre d’État en 2021, Wadagni incarne la discipline budgétaire et la modernisation économique du Bénin. Il a piloté plusieurs réformes clés :

Assainissement des finances publiques, refus répétitif des annulations de dettes, émission d’euro-obligations innovantes, dont une dédiée aux Objectifs de Développement Durable (ODD) . En 2021, le Bénin émet deux eurobonds à maturité record — 11 et 31 ans — une première pour la région .

En 2024, il orchestre une émission de 750 millions de dollars en obligations, plus une rehausse de la note de crédit du Bénin à « BB- » par Standard & Poor’s . Le gouvernement béninois, sous sa houlette, devient leader mondial en facilité de création d’entreprise selon la CNUCED, tandis que le budget ouvert du pays est parmi les plus transparents de l’Afrique francophone .

Une personnalité consensuelle, mais encore distante du peuple

Wadagni est souvent présenté comme l’homme de la continuité dans la lignée de Talon. Sa nomination est perçue comme un choix logique voire légitime pour assurer la crédibilité face aux investisseurs et bailleurs, tout en poursuivant les réformes .

Pourtant, certains observateurs soulignent un dilemme : malgré son excellence technique, il manque encore de charisme populaire. Son image de technocrate loyal — voire trop parfait — pourrait devenir un handicap dans une campagne présidentielle où la connexion avec les citoyens est déterminante .

Entre rumeurs et réserve : sa posture face aux sollicitations publiques

Avant même sa désignation formelle, des initiatives de groupes de jeunes en sa faveur avaient circulé sur les réseaux sociaux. Wadagni y a mis un terme net en déclarant qu’il restait pleinement dévoué à ses missions actuelles et que toute rumeur de candidature était prématurée .

Les enjeux à venir : relever le défi d’un leadership politique

Le défi pour Romuald Wadagni est double : accompagner la poursuite des acquis économiques du régime Talon, tout en construisant une image plus humaine et accessible. Face aux attentes sociales — chômage, inégalités, industrialisation — il devra articuler une stratégie claire pour intuire et répondre aux préoccupations populaires tout en gardant son ancrage technocratique. L’élection présidentielle du 12 avril 2026 sera un test déterminant : saura-t-il séduire au-delà des élites financières et gouverner avec empathie et efficacité à l’échelle nationale ?

Romuald Wadagni, énarque de la finance devenu icône de la rigueur économique, est désormais propulsé au premier plan de la politique béninoise comme candidat de la mouvance de Patrice Talon. Son parcours exemplaire l’a mené de la salle des chiffres à l’arène politique. Reste à voir s’il saura incarner le visage moderne et populaire dont le Bénin pourrait avoir besoin pour sa prochaine ère présidentielle.

Boris MAHOUTO

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