À Berlin, Hans-Georg Lindenau, un commerçant de 67 ans se déplaçant en fauteuil roulant, affirme avoir été victime de plusieurs agressions après avoir affiché dans sa boutique des posters dénonçant la haine antijuive. Les faits, survenus dans le quartier de Kreuzberg, ont conduit la police à ouvrir une enquête pour violences, insultes et dégradations, avec un possible mobile antisémite. Une affaire qui relance le débat sur la progression de l’intolérance et les menaces pesant sur la liberté d’expression.
L’Allemagne est une nouvelle fois confrontée à une affaire qui suscite l’indignation et interroge sur la place de la haine antisémite dans l’espace public. À Berlin, un commerçant de 67 ans, Hans-Georg Lindenau, dit avoir été pris pour cible à plusieurs reprises après avoir installé, devant son établissement, des affiches condamnant l’antisémitisme et rendant hommage aux victimes de l’attaque terroriste du 7 octobre 2023 en Israël. Les agressions présumées, qui se seraient déroulées en plusieurs épisodes au début du mois d’octobre 2026, ont mobilisé les services de police de la capitale allemande.
L’affaire se déroule dans le quartier de Kreuzberg, connu pour son histoire populaire, sa diversité culturelle et son environnement marqué par une forte présence de mouvements alternatifs. Le commerçant y tient depuis plusieurs décennies la boutique M99, un établissement réputé pour ses livres, ses affiches et ses articles liés aux milieux de gauche et aux mouvements contestataires.
Mais derrière cette activité commerciale se trouve désormais un homme qui affirme avoir subi des violences répétées, dans un contexte où les autorités allemandes sont confrontées à une persistance des actes antisémites.
Des affiches contre la haine antijuive au centre de l’affaire
Selon les premiers éléments communiqués par la police berlinoise, Hans-Georg Lindenau avait installé, au début du mois d’octobre, des affiches dénonçant la haine des Juifs. Ces supports faisaient notamment référence aux victimes de l’attaque menée le 7 octobre 2023 par le Hamas et ses alliés contre Israël, notamment lors du massacre perpétré sur le site du festival de musique Nova.
Parmi les messages mis en avant figurait un appel à lutter contre l’antisémitisme, accompagné d’une référence à la volonté des survivants de reprendre le cours de leur vie malgré la violence subie.
D’après les informations rapportées par plusieurs médias, le commerçant souhaitait exprimer sa solidarité avec les victimes et rappeler son opposition à toute forme de haine visant les Juifs. Il aurait également voulu affirmer la possibilité d’une coexistence pacifique entre les personnes de différentes religions et origines.
Cette initiative, qui relève a priori d’une prise de position contre la haine et les discriminations, aurait précédé une série d’incidents impliquant plusieurs jeunes individus. Le lien entre les affiches et les agressions présumées constitue l’un des éléments examinés par les enquêteurs.
Gaz au poivre, coups et intimidations à répétition
Les premiers faits signalés remontent au mercredi 7 octobre 2026, aux environs de 19 h 20. Selon les informations communiquées par la police, un groupe d’environ six jeunes se serait introduit dans la boutique. Les individus auraient insulté le commerçant avant de l’asperger de gaz au poivre.
Le lendemain, jeudi 8 octobre, un groupe pouvant compter jusqu’à six jeunes serait revenu dans l’établissement. Les suspects auraient de nouveau utilisé du gaz au poivre contre le sexagénaire. Lorsque celui-ci aurait appelé à l’aide, ses agresseurs présumés auraient pris la fuite.
L’épisode ne se serait toutefois pas arrêté là. Peu après, alors que Hans-Georg Lindenau s’apprêtait à fermer sa boutique, les individus seraient revenus et l’auraient de nouveau agressé. Le commerçant affirme avoir reçu des coups au visage. Selon des témoignages rapportés par la presse, il aurait également indiqué que l’un de ses agresseurs présumés l’avait frappé avec un objet ressemblant à une arme à blanc.
Le commerçant aurait souffert de douleurs au visage et subi des blessures au cours de ces incidents. La répétition des faits, en l’espace de quelques jours, donne à cette affaire une dimension particulièrement préoccupante.
Le vendredi 9 octobre, de nouveaux actes d’intimidation auraient visé son établissement. Des témoins ont signalé la présence d’un groupe pouvant compter jusqu’à huit jeunes, arrivés à bord de trottinettes électriques. Ceux-ci auraient frappé la porte d’entrée à coups de poing et de pied, provoquant des dégâts matériels, avant de prendre la fuite.
Face à cette succession d’incidents, Hans-Georg Lindenau a alerté les forces de l’ordre. La multiplication des agressions présumées et les dommages causés à son commerce ont ainsi donné lieu à une enquête judiciaire.
La piste antisémite examinée par la police
Les autorités berlinoises prennent au sérieux l’hypothèse d’un mobile antisémite. L’enquête a été confiée à la division de la sûreté de l’État de l’Office régional de police criminelle de Berlin, chargée notamment des infractions susceptibles d’être motivées par des considérations politiques.
Les investigations portent sur des faits présumés de violences aggravées, d’insultes et de dégradations. Les enquêteurs devront notamment déterminer les circonstances précises des agressions, identifier les personnes impliquées et établir si les actes reprochés au groupe sont directement liés aux affiches dénonçant l’antisémitisme.
D’après les déclarations attribuées au commerçant dans la presse allemande, certains des jeunes lui auraient demandé s’il était juif. Si ces propos sont confirmés et replacés dans leur contexte, ils pourraient contribuer à éclairer le mobile des agressions.
À ce stade, il convient toutefois de distinguer les déclarations de la victime, les témoignages recueillis et les éléments officiellement établis par les enquêteurs. Aucun suspect n’avait été annoncé comme arrêté dans les informations disponibles au moment de la publication des premiers comptes rendus. L’établissement des responsabilités judiciaires reste donc indispensable avant toute conclusion définitive.
Berlin face à la persistance des actes antisémites
Cette affaire intervient dans un climat particulièrement sensible en Allemagne, où les organisations de lutte contre l’antisémitisme alertent depuis plusieurs années sur la multiplication des incidents visant les personnes juives, les institutions communautaires et les symboles associés au judaïsme.
À Berlin, la police a recensé 2 268 actes antisémites en 2025, soit une hausse de 24,3 % par rapport à 2024 et un niveau plus de six fois supérieur à celui enregistré en 2022, selon les chiffres rapportés par i24NEWS.
De son côté, l’organisme de documentation RIAS Berlin a comptabilisé 2 197 incidents antisémites en 2025, soit une moyenne d’environ six signalements par jour. Ces chiffres reposent sur des méthodes de recensement qui ne sont pas nécessairement identiques à celles de la police, mais ils témoignent tous deux de l’ampleur du phénomène.
Les incidents recensés ne se limitent pas aux agressions physiques. Ils comprennent également des menaces, des insultes, des discriminations, des actes de vandalisme et des manifestations de haine dans l’espace public.
Pour les organisations spécialisées, cette situation a des conséquences directes sur la vie quotidienne des personnes juives. Certaines seraient amenées à dissimuler des signes religieux, à éviter certains lieux ou à limiter leur participation à des activités publiques par crainte d’être prises pour cible.
Dans ce contexte, l’agression présumée de Hans-Georg Lindenau attire l’attention sur une autre dimension du problème : la possibilité qu’une personne soit intimidée ou violentée en raison d’une prise de position publique contre l’antisémitisme.
La liberté d’expression ne saurait justifier la violence
Au-delà des circonstances particulières de cette affaire, les événements de Kreuzberg posent une question fondamentale : comment garantir à chacun la possibilité de dénoncer la haine et les discriminations sans craindre des représailles physiques ?
La liberté d’expression constitue un principe essentiel des sociétés démocratiques. Elle permet aux citoyens d’exprimer leurs convictions, de défendre des causes et de condamner des actes qu’ils estiment contraires à la dignité humaine. Cette liberté ne supprime pas les désaccords politiques et idéologiques, mais elle implique que les différends soient réglés dans le respect de la loi et des personnes.
La lutte contre l’antisémitisme ne signifie pas que toute discussion sur le conflit israélo-palestinien doit être interdite ou qu’une critique des décisions d’un gouvernement serait assimilable à de la haine antijuive. Il est essentiel de distinguer la critique politique légitime des préjugés, des menaces et des violences visant les Juifs en tant que personnes ou communauté.
De la même manière, aucune divergence d’opinion ne peut servir de justification à des agressions physiques, à des intimidations ou à la destruction de biens.
Si le mobile antisémite est confirmé dans cette affaire, les faits constitueraient une illustration particulièrement grave des risques auxquels peuvent être exposées les personnes qui s’opposent publiquement à la haine antijuive.
Une enquête attendue pour établir les responsabilités
Pour Hans-Georg Lindenau, l’urgence est désormais de retrouver un environnement dans lequel il puisse exercer son activité sans craindre de nouvelles attaques. Les dégâts causés à la porte de son établissement, les violences qu’il affirme avoir subies et la répétition des intimidations soulèvent également la question de la protection des commerçants confrontés à des menaces.
Les investigations devront permettre de faire toute la lumière sur les faits, de vérifier les témoignages et d’identifier les auteurs présumés. Elles devront aussi déterminer si les différentes interventions relèvent d’un même groupe et si les affiches exposées dans la boutique constituent effectivement le motif des agressions.
Dans une ville comme Berlin, dont l’histoire reste profondément marquée par les crimes du nazisme et la Shoah, les actes antisémites revêtent une portée particulière. La mémoire historique ne peut, à elle seule, empêcher la résurgence de la haine, mais elle rappelle la nécessité de combattre les discours de déshumanisation et les violences dirigées contre une communauté.
L’affaire Hans-Georg Lindenau dépasse ainsi le seul cadre d’un fait divers berlinois. Elle met en lumière les défis auxquels les autorités, les institutions et la société civile restent confrontées pour protéger les personnes menacées, faire respecter la liberté d’expression et lutter contre toutes les formes de racisme et d’antisémitisme.
La suite de l’enquête sera déterminante pour établir les responsabilités. Mais un principe demeure : dans une démocratie, dénoncer la haine ne devrait jamais exposer quiconque à la violence.
La rédaction
Allemagne : agressé à plusieurs reprises pour avoir dénoncé l’antisémitisme, un commerçant handicapé au cœur d’une affaire qui choque Berlin
Administrateur Général Adjoint de Cloche media monde