Le Bénin, berceau d’une riche tradition orale, a longtemps été le théâtre de récits vibrants transmis de génération en génération. Parmi ces trésors culturels figurent les « récits des contes », une forme de narration ancestrale mêlant fables, paraboles et enseignements philosophiques. Pourtant, cette pratique séculaire connaît aujourd’hui un déclin inquiétant, éclipsée par les mutations sociales et l’essor des nouvelles technologies.
Les récits des contes, souvent transmis lors des veillées ou des rassemblements familiaux, servaient à enseigner les valeurs morales, l’histoire et la sagesse populaire. À travers des personnages emblématiques – animaux anthropomorphes, esprits, ancêtres ou figures héroïques – ces récits illustraient des leçons de vie et renforçaient les liens communautaires. Un art narratif au cœur de la tradition et qui se fait rare dans la société depuis des années.
Dans les villages béninois, les anciens, dépositaires de ces savoirs, jouaient un rôle clé dans la perpétuation de cette tradition. Chaque récit, souvent ponctué de chants et de proverbes, captivait les jeunes générations, éveillant leur imagination et consolidant leur attachement à l’héritage culturel.
*Une rupture progressive avec la modernité*
Mais à l’ère du numérique, les contes peinent à survivre. La télévision, les réseaux sociaux et les plateformes de streaming ont profondément modifié les habitudes de consommation culturelle. Les jeunes générations, absorbées par les contenus audiovisuels internationaux, se détournent progressivement des récits oraux.
Par ailleurs, l’urbanisation et la modernisation de la société béninoise ont transformé les cadres de transmission. Les veillées, autrefois lieux privilégiés du partage oral, se font rares. Dans les familles, les discussions intergénérationnelles s’amenuisent au profit des divertissements numériques. Cette rupture progressive met en péril une tradition qui, autrefois, structurant l’éducation informelle.
*Vers une réhabilitation des récits des comptes ?*
Face à ce déclin, plusieurs initiatives émergent pour préserver et valoriser ces récits. Des festivals culturels, comme le Festival International des Contes et Légendes du Bénin, tentent de remettre à l’honneur cet art narratif. Certains conteurs modernes, à l’instar de Gauthier Agboka et Adrien Biyouha, revisitent les récits traditionnels en les adaptant à des formats contemporains (podcasts, vidéos YouTube, performances scéniques).
L’éducation joue également un rôle crucial. L’intégration des récits des comptes dans les programmes scolaires pourrait permettre aux nouvelles générations de renouer avec cette richesse culturelle. Des initiatives pédagogiques, associant narration orale et outils numériques, offrent des perspectives intéressantes pour moderniser sans dénaturer cette tradition.

Un patrimoine immatériel à sauvegarder
Les récits des comptes constituent un pan essentiel du patrimoine immatériel béninois. Leur disparition signifierait une perte irréversible pour l’identité culturelle du pays. La transmission de cette mémoire collective nécessite donc une mobilisation conjointe des institutions, des familles et des acteurs culturels.
Si les défis sont nombreux, l’intérêt croissant pour les patrimoines oraux et les nouvelles formes de storytelling pourrait offrir une seconde vie à ces récits. Le Bénin, fier de son héritage, saura-t-il relever le défi de cette préservation ? Seul l’avenir nous le dira.
Boris MAHOUTO