En visite officielle à Nairobi dans le cadre du sommet « Africa Forward », le président français Emmanuel Macron a affirmé avec force que l’époque du « pré carré » français en Afrique était désormais « terminée ». Une déclaration hautement symbolique dans un contexte marqué par la dégradation des relations entre Paris et plusieurs pays d’Afrique francophone, notamment le Mali, le Burkina Faso et le Niger.
Après une étape en Égypte, où il avait inauguré le nouveau campus de l’Université Senghor de la Francophonie à Alexandrie, Emmanuel Macron a poursuivi sa tournée africaine au Kenya, choisi cette année pour accueillir le sommet « Africa Forward : Partenariats Afrique-France pour l’innovation et la croissance ».
À son arrivée à Nairobi, le chef de l’État français s’est immédiatement rendu à la State House pour un entretien bilatéral avec son homologue kényan, William Ruto. Les deux dirigeants ont ensuite affiché leur volonté commune de bâtir une nouvelle relation entre la France et le continent africain, fondée sur l’équilibre, les investissements et le respect mutuel.
« Le temps du pré carré est fini »
Face à la presse, Emmanuel Macron a tenu un discours particulièrement direct sur la transformation de la politique africaine de la France. Il a assuré que Paris ne considérait plus l’Afrique francophone comme une zone d’influence réservée aux intérêts français.
Selon lui, certaines pratiques du passé appartiennent désormais à une autre époque : celle où des entreprises françaises bénéficiaient automatiquement de marchés privilégiés et où Paris était accusé d’intervenir dans les équilibres politiques africains.
« C’est fini », a martelé le président français, estimant que depuis 2017, la France s’est engagée dans une logique de partenariat plus équilibré, fondée sur la souveraineté des États africains et le respect de leur intégrité territoriale.
Dans une allusion claire aux ruptures diplomatiques intervenues au Sahel, Emmanuel Macron a évoqué le retrait des forces françaises du Mali après les coups d’État militaires. Il a déclaré que lorsque certains régimes ont demandé le départ de la France, Paris avait choisi de partir plutôt que d’imposer sa présence.
Le Kenya, nouveau pivot de la stratégie française en Afrique
Le choix du Kenya pour accueillir ce sommet n’est pas anodin. Pour la première fois, cette rencontre stratégique France-Afrique se déroule dans un pays anglophone, signe de la volonté française d’élargir son influence au-delà de son espace traditionnel francophone.
Ces dernières années, les relations entre Paris et plusieurs capitales ouest-africaines se sont fortement détériorées. Les juntes au pouvoir au Mali, au Burkina Faso et au Niger ont exigé le départ des troupes françaises, accusant Paris d’ingérence et d’échec dans la lutte contre le terrorisme.
Dans ce contexte, Nairobi apparaît comme un partenaire stratégique majeur pour la diplomatie française en Afrique de l’Est. William Ruto a d’ailleurs salué une relation « d’égal à égal » avec la France. Le président kényan a insisté sur la nécessité de changer le regard porté sur le continent africain, en privilégiant les investissements plutôt que les logiques d’assistance.
Selon lui, l’Afrique dispose d’atouts considérables : une jeunesse dynamique, des ressources naturelles abondantes et un potentiel énergétique majeur qui doivent être valorisés dans une logique de coopération équilibrée.
Une offensive diplomatique et économique
Cette visite marque également une offensive économique française dans une région où la concurrence internationale est de plus en plus forte, notamment face à la Chine, aux États-Unis, à la Turquie ou encore aux pays du Golfe.
Le Kenya multiplie depuis plusieurs années ses partenariats internationaux afin d’attirer davantage d’investissements étrangers. William Ruto s’est déjà rapproché aussi bien de Washington que de Pékin, dans une stratégie diplomatique pragmatique visant à renforcer le poids économique et géopolitique de son pays.
Paris revendique déjà le statut de deuxième bailleur bilatéral du Kenya. Plusieurs accords ont été signés dimanche entre les deux pays, notamment dans les domaines de l’énergie, des infrastructures et du financement du développement.
Les deux dirigeants défendent également une réforme de l’architecture financière mondiale afin de mieux prendre en compte les réalités économiques des pays du Sud. Cette question figurera parmi les grands thèmes débattus lors du sommet « Africa Forward ».
Emmanuel Macron veut une relation « apaisée » avec l’Algérie
Au cours de cette visite, Emmanuel Macron est aussi revenu sur les relations tendues entre la France et Algérie. Le président français a exprimé son souhait de relancer une coopération « apaisée et constructive » avec Alger après près de deux années de crise diplomatique.
Il a salué la récente visite de la ministre française déléguée aux Armées, Alice Rufo, auprès du président algérien Abdelmadjid Tebboune.
Selon Emmanuel Macron, les tensions récentes ont nui aussi bien à la France qu’à l’Algérie. Il a plaidé pour une approche « pragmatique » permettant de trouver des solutions sur les questions migratoires, sécuritaires, humanitaires et économiques.
Paris tente de calmer les tensions autour du détroit d’Ormuz
Interrogé sur la crise au Moyen-Orient et les menaces iraniennes concernant le détroit d’Ormuz, Emmanuel Macron a assuré que la France n’avait « jamais envisagé » un déploiement militaire offensif dans la zone.
Le chef de l’État français a expliqué que Paris privilégiait une mission internationale de sécurisation maritime menée en concertation avec les partenaires régionaux, y compris l’Iran, afin de garantir la liberté de navigation dans cette voie stratégique essentielle au commerce mondial.
Cette déclaration intervient après les menaces de Téhéran contre la France et le Royaume-Uni, accusés par l’Iran de vouloir militariser davantage la région dans un contexte déjà extrêmement tendu.
À Nairobi, Emmanuel Macron a ainsi tenté d’afficher une double ambition : repositionner la France comme un partenaire économique crédible en Afrique et défendre une diplomatie de dialogue sur les grandes crises internationales.
RCMM
Kenya : Emmanuel Macron enterre la politique du « pré carré » et veut refonder les relations France-Afrique
Administrateur Général Adjoint de Cloche media monde