(Vivement l’école du passé pour cette nouvelle génération d’acteurs politiques)
*Depuis la réforme du système partisan, le paysage politique béninois connaît une profonde transformation. L’une des conséquences les plus frappantes est l’évolution du langage politique. Autrefois marqué par l’éloquence, la subtilité et la capacité de persuasion des leaders, le discours public semble désormais fragmenté, parfois maladroit, et bien souvent dénué de la profondeur qui caractérisait les grandes figures du passé.*
La réforme du système partisan, mise en place pour structurer la vie politique et limiter la dispersion des partis, a permis l’émergence d’une nouvelle génération d’acteurs politiques. Ces jeunes leaders, souvent issus des nouveaux grands blocs politiques, prennent de plus en plus de place sur la scène nationale. Toutefois, si leur engagement est indéniable, leur manière de communiquer et d’aborder les débats tranche nettement avec celle des générations précédentes. Une réforme qui rabat les cartes et annonce un malaise profond.
*Un langage politique en mutation*
Autrefois, le discours politique béninois se caractérisait par une rhétorique bien construite, où les mots pesaient et servaient à convaincre sans nécessairement afficher une ferveur partisane excessive. Des figures comme Bruno Amoussou, maître dans l’art du consensus, savaient user de subtilités langagières pour faire passer leurs idées sans cliver. De même, un Adrien Houngbédji pouvait captiver l’opinion par sa finesse oratoire et sa capacité à défendre des positions sans tomber dans la surenchère verbale. Comment passer sous silence feu Albert Tévoédjrè, Candide Azannaï, Valentin Aditi Houdé, et bien d’autres. Difficile de dresser ici le répertoire exhaustif de ces personnages politiques qui ont la rhétorique facile et l’art de convaincre l’auditoire, sans jamais verser dans les facéties verbales, les raisonnements tronqués et le fétichisme intellectuel.
Aujourd’hui, en revanche, on assiste à une montée en puissance d’un discours plus direct, parfois populiste, souvent marqué par des prises de position abruptes. Le besoin de s’imposer dans un espace politique plus concurrentiel pousse certains jeunes leaders à privilégier la confrontation plutôt que l’argumentation mesurée. Des discours va-t-en-guerre, des déclarations tendancieuses, des langages acrimonieux,…comme si la politique se résume à l’art de divaguer.
*Un défi pour la crédibilité politique*
Cette évolution pose un défi majeur : celui de la crédibilité et de la capacité à fédérer durablement. Si les figures politiques d’antan savaient convaincre sans nécessairement montrer un zèle excessif, beaucoup de jeunes leaders actuels semblent adopter un langage plus tranché, parfois au détriment de la profondeur idéologique. Le risque est que la politique se transforme en une simple bataille de communication instantanée, où l’efficacité médiatique prime sur la construction d’un discours structuré et fédérateur.
Face à ces bouleversements, certains observateurs espèrent un retour à un discours politique plus équilibré, où la persuasion, la retenue et la finesse d’analyse retrouveraient leur place. Car si la réforme du système partisan a renouvelé le personnel politique, elle ne doit pas faire oublier que l’essence même de la politique reste l’art de convaincre, de rassembler et de construire une vision partagée du destin national.
L’avenir dira si cette mutation du langage politique est une simple phase d’adaptation ou si elle marque une transformation plus profonde et durable du débat public au Bénin.
*Koffi Didi HOUNNOU*
Avènement du système partisan : le discours politique en crise au Bénin
