L’année 2026 s’annonce comme une échéance cruciale pour la démocratie béninoise. Alors que le débat sur l’alternance à la tête du pays s’intensifie, deux figures majeures de la vie politique nationale, Boni Yayi et Nicéphore Soglo, s’illustrent par des postures contrastées. Bien qu’animés par un même objectif, celui d’une transition politique en douceur, leurs approches diffèrent radicalement. D’un côté, l’ancien président Boni Yayi, très actif sur le terrain, multiplie les interventions et les rencontres politiques. De l’autre, Nicéphore Soglo préfère un rôle plus discret, adoptant une posture d’observateur critique et saluant les grandes réalisations du président Patrice Talon.

Boni Yayi : une stratégie de terrain et de mobilisation
Depuis plusieurs mois, Boni Yayi, ancien chef de l’État et leader charismatique des Forces Cauris pour un Bénin Emergent (FCBE), ne cache plus ses ambitions. Multipliant les tournées à travers le pays, il mobilise les masses populaires et réactive ses réseaux politiques. Son discours est clair : il plaide pour une alternance démocratique effective en 2026, marquant ainsi la fin de l’ère Talon. Convaincu que la dynamique populaire peut influencer le cours de l’histoire politique nationale, il mise sur le contact direct avec les populations et sur un discours rassembleur, axé sur les problèmes socio-économiques et la gouvernance.
Toutefois, son activisme suscite des interrogations. Certains y voient une volonté de retour au pouvoir, tandis que d’autres estiment qu’il tente simplement de rééquilibrer le jeu politique en préparant le terrain pour une opposition forte et structurée. Ses adversaires politiques l’accusent de vouloir réinstaller un système de gestion jugé inefficace, alors que ses partisans louent son engagement pour la démocratie et son expérience.
Nicéphore Soglo : la voix de la sagesse et de la reconnaissance
Pendant que Boni Yayi arpente le terrain politique, Nicéphore Soglo, premier président démocratiquement élu du Bénin, adopte une posture différente. Il observe l’évolution du pays avec un certain recul et n’hésite pas à reconnaître les avancées réalisées sous le régime de Patrice Talon. Loin des discours enflammés, il préfère une approche plus pondérée, saluant les grandes réformes en matière d’infrastructures, d’économie et de gouvernance. De la Zone Industrielle de Glo-Djigbé en passant par la Cité Nouvelle de Ouèdo qui abrite les logements sociaux et économiques et au Centre Hospitalier de référence d’Abomey-Calavi, Soglo ne cache pas son admiration des réalisations tangibles et projets pharaoniques du président Patrice Talon.

Cependant, Nicéphore Soglo reste attaché aux principes fondamentaux de la démocratie. S’il reconnaît les efforts du pouvoir en place, il n’en demeure pas moins vigilant face aux dérives possibles. Il rappelle régulièrement l’importance du respect des institutions et du pluralisme politique. Son approche est donc moins combative que celle de Boni Yayi, mais elle vise à rappeler que l’alternance ne doit pas être un prétexte à des luttes politiques stériles, mais plutôt une opportunité de consolidation de la démocratie béninoise.
*Deux postures, une même ambition ?*
Bien que leurs démarches diffèrent, Boni Yayi et Nicéphore Soglo semblent partager une même préoccupation : l’avenir politique du Bénin. L’un veut catalyser un changement par la mobilisation et l’action de terrain, tandis que l’autre prône une réflexion plus posée et une reconnaissance des progrès accomplis. Cette divergence traduit à la fois la richesse du débat politique béninois et les enjeux de 2026.

Alors que l’échéance approche, une question demeure : quelle posture influencera le plus l’électorat ? Le dynamisme de Boni Yayi saura-t-il rassembler une opposition suffisamment forte pour prétendre à l’alternance ? Ou bien la reconnaissance des acquis par des figures comme Soglo contribuera-t-elle à la continuité de la politique actuelle ? L’avenir politique du Bénin est encore incertain, mais une chose est sûre : 2026 sera une année décisive pour la démocratie béninoise qui, une fois encore, triomphera des intempéries.
Boris MAHOUTO