Depuis quelques années, la scène politique béninoise est marquée par un renouvellement progressif du personnel politique, reléguant peu à peu les figures historiques au second plan. Ces vétérans, qui ont dominé la vie publique depuis l’ère du renouveau démocratique des années 1990, se retrouvent aujourd’hui face à un crépuscule difficile, entre marginalisation, tentatives de reconversion et résistance acharnée.
La vieille garde politique béninoise est composée de figures emblématiques ayant traversé plusieurs régimes, de la période révolutionnaire de Mathieu Kérékou à la transition démocratique de 1990, jusqu’aux réformes institutionnelles récentes. Pendant des décennies, ces leaders ont structuré la vie politique, influencé les grandes décisions nationales et tissé un réseau d’alliances solides. Leur expérience et leur maîtrise des rouages de l’État leur ont permis de se maintenir aux affaires malgré les alternances et les crises.
Toutefois, la montée d’une nouvelle génération d’acteurs politiques, portée par des réformes institutionnelles et un changement d’approche de la gouvernance, a considérablement modifié le paysage politique national. Les anciens ténors, souvent critiqués pour leur attachement aux pratiques politiques du passé, peinent à s’adapter à cette nouvelle ère où les règles du jeu ont changé.
*Les réformes politiques, un coup fatal ?*
L’un des tournants majeurs qui ont accéléré le déclin de la vieille classe politique est l’introduction de réformes électorales strictes sous le régime actuel. La révision du code électoral, le durcissement des conditions d’accès aux élections législatives et présidentielles, ainsi que l’obligation d’une discipline de parti plus rigoureuse avec l’avènement du système partisan, ont réduit la marge de manœuvre des figures historiques souvent habituées à naviguer entre les alliances et les formations politiques à géométrie variable.
Ces réformes ont notamment empêché plusieurs barons de l’ancienne classe politique de briguer des mandats, faute de pouvoir s’adapter aux nouvelles exigences. Certains ont tenté de se repositionner en intégrant de nouvelles alliances, tandis que d’autres ont choisi de se retirer ou de critiquer vigoureusement le système en place.
*Entre marginalisation et reconversion*
Face à ce bouleversement, plusieurs anciens leaders ont opté pour différentes stratégies. Certains ont choisi la voie de la discrétion, se retirant progressivement de la scène publique tout en conservant une influence discrète à travers des réseaux d’affaires ou des cercles de réflexion. D’autres, refusant d’abdiquer, se sont engagés dans une opposition frontale, dénonçant les réformes comme un moyen d’éliminer les adversaires politiques.
Quelques-uns, plus pragmatiques, ont tenté une reconversion en se tournant vers le secteur privé, l’expertise politique ou la médiation sociale. Toutefois, la transition n’est pas aisée pour ces figures habituées aux projecteurs et à l’exercice du pouvoir.
*Un renouvellement inachevé ?*
Si le déclin de la vieille classe politique est indéniable, le renouvellement de la scène politique béninoise reste un processus inachevé. Malgré l’émergence de nouvelles figures, une certaine continuité s’observe dans les pratiques politiques, où les jeunes loups adoptent parfois les mêmes méthodes que leurs prédécesseurs.
Par ailleurs, certaines figures historiques continuent de peser dans les décisions nationales, usant de leur expérience et de leurs réseaux pour influer sur les dynamiques politiques. La véritable question reste donc de savoir si ce renouvellement aboutira à un changement profond de la gouvernance ou s’il s’agit simplement d’un passage de témoin entre générations, sans modification réelle des pratiques.
Le crépuscule de la vieille classe politique au Bénin est un phénomène inévitable mais semé d’embûches. Entre réformes institutionnelles contraignantes, perte d’influence et tentatives de reconversion, les anciens barons du paysage politique béninois vivent une période de transition difficile. Toutefois, leur héritage continue d’influencer la nouvelle génération, posant la question de la véritable nature du renouvellement politique en cours. L’avenir dira si cette mutation mènera à une transformation durable ou à une simple reconfiguration des forces en présence.
Boris MAHOUTO