Intégration économique en Afrique de l’Ouest : À Cotonou, la CEDEAO installe son troisième groupe de travail pour lever les obstacles au commerce intrarégional

Le Bénin accueille, les 5 et 6 novembre 2026, la réunion inaugurale du troisième Groupe de travail sur le Schéma de libéralisation des échanges de la CEDEAO (SLE). Une rencontre stratégique qui entend transformer les engagements communautaires en réalités économiques concrètes. Entre harcèlement routier, tracasseries administratives, barrières non tarifaires et difficultés d’application des textes, les nouveaux membres sont appelés à accélérer la libre circulation des marchandises et à renforcer l’intégration économique ouest-africaine.

Cotonou est au cœur d’un important rendez-vous de l’intégration économique régionale. La capitale économique béninoise abrite, depuis ce jeudi 5 novembre 2026, la réunion inaugurale du troisième Groupe de travail sur le Schéma de libéralisation des échanges (SLE) de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Cette rencontre de deux jours, qui rassemble des responsables de la Commission de la CEDEAO, des représentants des États membres, des experts, des membres des groupes de travail sortant et entrant ainsi que des partenaires techniques et financiers, marque une nouvelle étape dans les efforts visant à rendre le commerce intracommunautaire plus fluide et plus compétitif.

La cérémonie officielle d’ouverture a connu la participation de plusieurs personnalités, notamment le ministre béninois de l’Économie et des Finances chargé de la Coopération, Aristide Médénou, des représentants de la Commission de la CEDEAO, du président sortant du Groupe de travail, IBN Chambas, et de son successeur, Musa Sillah. Le commissaire chargé des Affaires économiques et de l’Agriculture, Dehpue Yenpea Zuo, figurait également parmi les personnalités intervenues à cette occasion.

Au-delà de son caractère institutionnel, cette réunion traduit une préoccupation majeure des dirigeants ouest-africains : faire en sorte que les textes communautaires consacrant la libre circulation des marchandises produisent enfin des effets tangibles sur le terrain.

La CEDEAO veut passer des engagements aux résultats concrets

Dans son mot de bienvenue, le représentant résident de la Commission de la CEDEAO a rappelé la portée stratégique du Schéma de libéralisation des échanges. Cet instrument constitue l’un des principaux mécanismes de l’intégration économique régionale. Il vise notamment à faciliter la circulation des produits originaires des États membres, à travers l’application d’un traitement préférentiel et l’élimination des droits de douane ainsi que des taxes d’effet équivalent sur les produits éligibles.

L’ambition est de favoriser les échanges commerciaux entre les pays de la Communauté, de stimuler les investissements, de soutenir la production régionale et de renforcer les relations économiques entre les États membres.

Le représentant résident a également rappelé que le Groupe de travail a été institué par un règlement d’exécution de la CEDEAO en date du 1er novembre 2015. Deux équipes se sont déjà succédé à cette responsabilité : la première a exercé son mandat de 2016 à 2021 et la deuxième de 2021 à 2025.

Il a, à cet effet, rendu hommage aux membres des deux précédentes équipes pour leur engagement, leur disponibilité et leur contribution à la promotion de l’intégration régionale. Le troisième Groupe de travail est désormais appelé à poursuivre cette mission, avec un accent particulier sur l’élimination des obstacles persistants à la libre circulation des marchandises.

Cette nouvelle équipe devra notamment examiner son mandat, évaluer le cadre juridique et institutionnel du dispositif et identifier des mesures concrètes pour améliorer son application dans les États membres.

IBN Chambas : « L’intégration régionale ne peut reposer uniquement sur des déclarations politiques »

Prenant la parole en qualité de président sortant du Groupe de travail, IBN Chambas a livré une intervention essentiellement axée sur les défis pratiques de l’intégration économique ouest-africaine. Dans son allocution, dont les séquences prononcées en anglais ont été traduites en français, il a insisté sur la nécessité de dépasser les déclarations d’intention pour construire une coopération régionale réellement bénéfique aux populations.

Pour lui, malgré les difficultés politiques et économiques que peuvent connaître les différents pays, les économies, les populations et les enjeux sécuritaires de l’Afrique de l’Ouest demeurent profondément interconnectés. « L’intégration régionale ne peut être durablement assurée par de simples déclarations politiques. Elle nécessite une coopération pratique entre les gouvernements, les institutions, les entreprises et les citoyens », a-t-il fait comprendre.

Revenant sur la création de la CEDEAO en 1975, il a rappelé que la mission fondatrice de l’organisation était de construire un espace communautaire dans lequel les personnes, les biens, les services et les capitaux pourraient circuler plus librement, au service d’une prospérité partagée.

Le Schéma de libéralisation des échanges a justement été conçu comme l’un des principaux instruments devant permettre de concrétiser cette ambition. Il devait faciliter l’accès des produits originaires aux marchés régionaux, stimuler la production, encourager les investissements et favoriser la constitution de véritables réseaux de distribution et de production entre les pays membres.

Mais, selon le président sortant, un important fossé demeure entre les engagements communautaires et la réalité vécue par les opérateurs économiques. Il a notamment évoqué les difficultés liées à la reconnaissance des certificats d’origine, au harcèlement routier, aux procédures administratives complexes et aux autres barrières non tarifaires qui entravent les échanges commerciaux.

Ces contraintes pénalisent particulièrement les petites et moyennes entreprises, les femmes entrepreneures et les jeunes acteurs économiques, qui disposent souvent de moyens limités pour supporter les retards, les incertitudes et les coûts supplémentaires.

IBN Chambas a également souligné que le contexte économique international rend l’intégration régionale encore plus indispensable. Les perturbations des chaînes d’approvisionnement, les incertitudes géopolitiques et la volatilité des prix des produits essentiels, notamment les denrées alimentaires et les engrais, exposent les économies ouest-africaines à de nombreuses vulnérabilités.

Il estime que la région doit davantage miser sur ses capacités agricoles, ses ressources naturelles, son potentiel entrepreneurial et son marché de consommation pour construire des chaînes de valeur régionales plus solides. « Il ne s’agit pas simplement de commercer davantage, mais de produire davantage ensemble, de créer plus de valeur dans la région et de devenir moins vulnérables aux chocs extérieurs », a-t-il expliqué en substance.

S’adressant aux nouveaux membres, le président sortant les a invités à capitaliser sur les acquis des précédentes équipes, à identifier les insuffisances et à définir des priorités adaptées aux réalités économiques actuelles.

Musa Sillah annonce une méthode axée sur les résultats

À la suite du président sortant, le nouveau président du Groupe de travail, Musa Sillah, a pris la parole pour présenter les grandes orientations de son équipe.

Il a d’abord exprimé sa reconnaissance à la Commission de la CEDEAO pour la confiance placée en lui et dans les membres de la nouvelle équipe. Il a également salué le travail accompli par son prédécesseur, IBN Chambas, et les membres de l’équipe sortante, dont l’expérience constitue, selon lui, un précieux acquis pour la poursuite de la mission.

Le nouveau président a ensuite réaffirmé le caractère stratégique du Schéma de libéralisation des échanges, tout en reconnaissant les difficultés qui continuent de compromettre son application effective.

Pour Musa Sillah, les entreprises, les fabricants et les transporteurs ne devraient plus être confrontés à des retards administratifs, à une application incohérente des règles communautaires, à des prélèvements injustifiés et à des pratiques qui compliquent inutilement le commerce transfrontalier.

Il a insisté sur un principe essentiel : la réussite de l’intégration régionale ne doit pas être mesurée au nombre de protocoles et de règlements adoptés, mais plutôt à la facilité avec laquelle les citoyens et les entreprises peuvent accéder aux marchés communautaires. Le nouveau président a ainsi défini plusieurs axes d’intervention pour son mandat.

Le premier concerne la prévention et le règlement des différends. Il entend mettre en place un mécanisme efficace permettant de recevoir, d’examiner et de suivre les plaintes relatives aux entraves au commerce légitime. Les différends non résolus devront faire l’objet d’une attention institutionnelle appropriée et être traités à travers un dialogue constructif.

Le deuxième axe porte sur la facilitation du commerce le long des principaux corridors régionaux. L’équipe entend concentrer ses interventions sur les itinéraires où les obstacles et les perturbations ont les conséquences économiques les plus importantes. Les informations recueillies auprès des postes-frontières, des administrations douanières et des opérateurs économiques devront orienter les actions.

Le troisième axe concerne le suivi de la conformité et la responsabilisation des États membres. Il ne s’agira plus seulement de signaler les problèmes, mais également de suivre les recommandations formulées et de vérifier leur application effective.

Musa Sillah a, par ailleurs, insisté sur la nécessité d’associer davantage le secteur privé à cette dynamique. Les industriels, les commerçants, les chambres de commerce, les transporteurs et les associations professionnelles devront disposer de canaux accessibles pour signaler les difficultés rencontrées et contribuer à la recherche de solutions.

Un plan d’action de 100 jours et des priorités pour la première année

L’un des principaux engagements annoncés par le nouveau président concerne la définition d’un programme de travail opérationnel. Au cours de la réunion inaugurale, il souhaite que les membres s’accordent sur trois résultats prioritaires.

Il s’agit, premièrement, de définir une orientation stratégique claire pour le troisième Groupe de travail, avec des priorités précises et des résultats attendus.

Deuxièmement, les membres devront convenir d’un plan d’action couvrant les 100 premiers jours ainsi que la première année du mandat. Ce document devra préciser les actions à entreprendre, les institutions responsables, les échéances et les résultats mesurables.

Troisièmement, il est question de mettre en place un cadre de travail destiné à élaborer le règlement intérieur, à renforcer la gestion des dossiers, à assurer le suivi de la conformité et à améliorer la mise en œuvre des recommandations.

Le président entrant a assuré que son équipe entend travailler en étroite collaboration avec les différentes directions compétentes de la Commission de la CEDEAO, notamment celles chargées de l’Union douanière et de la Fiscalité, du Commerce, des Affaires juridiques, du Secteur privé et de l’Industrie.

Son ambition est de faire du Groupe de travail un mécanisme plus réactif, capable de transformer les difficultés signalées par les opérateurs économiques en réponses institutionnelles concrètes.

Il a également rappelé que la performance de la nouvelle équipe ne se mesurera ni au nombre de réunions organisées ni à la quantité de rapports produits, mais plutôt aux obstacles effectivement supprimés.

Dehpue Yenpea Zuo appelle à une meilleure application des textes communautaires

Intervenant au nom de la Commission de la CEDEAO, le commissaire chargé des Affaires économiques et de l’Agriculture, Dehpue Yenpea Zuo, a rappelé les fondements juridiques et économiques du Schéma de libéralisation des échanges.

Il a notamment souligné que ce dispositif constitue un instrument fondamental pour faciliter la circulation des produits originaires, développer le commerce intrarégional, soutenir l’industrialisation et renforcer la compétitivité des économies ouest-africaines.

Toutefois, il a reconnu que des difficultés considérables subsistent entre les engagements pris par les États et leur application sur le terrain.

Pour le commissaire, les obstacles administratifs, les contrôles multiples, les difficultés de dédouanement et les interprétations divergentes des règles communautaires constituent autant de freins à la fluidité des échanges.

Il a également mis l’accent sur la nécessité de renforcer les chaînes de production régionales afin de réduire la dépendance excessive des économies ouest-africaines vis-à-vis des approvisionnements extérieurs.

L’Afrique de l’Ouest dispose, selon lui, d’importantes ressources agricoles et minières, d’un secteur privé dynamique et d’une population jeune. Mais ces atouts ne pourront produire tous leurs effets sans une meilleure complémentarité entre les économies.

Il a ainsi encouragé les nouveaux membres à élaborer des actions réalisables, assorties de responsabilités clairement définies et de mécanismes de suivi.

Le ministre Aristide Médénou : « Nous ne pouvons pas continuer à proclamer l’existence d’un marché commun alors que les entreprises rencontrent des obstacles pour y accéder »

Le moment fort de la cérémonie a été marqué par l’intervention du ministre béninois de l’Économie et des Finances chargé de la Coopération, Aristide Médénou, qui a procédé à l’ouverture officielle des travaux.

Dans son allocution, le ministre a exprimé la satisfaction du Bénin d’accueillir cette importante rencontre communautaire. Il a également salué la désignation du président béninois, Romuald Wadagni, comme champion de la libre circulation des personnes et des biens au sein de l’espace CEDEAO.

Pour le ministre, cette responsabilité conférée au chef de l’État béninois constitue un honneur, mais également un engagement qui appelle des résultats concrets. Il a souhaité la bienvenue au président de la Commission de la CEDEAO, dont il a salué la présence à Cotonou, ainsi qu’à l’ensemble des délégations participantes.

Abordant les difficultés auxquelles sont confrontés les opérateurs économiques, Aristide Médénou a illustré son propos par des situations concrètes. Un camion transportant des marchandises et reliant un pays de la sous-région à un autre devrait pouvoir effectuer son trajet sans subir des tracasseries à chaque frontière. De même, une entreprise industrielle installée au Bénin et désireuse de commercialiser ses produits au Nigeria devrait pouvoir accéder librement à ce marché.

Malheureusement, a-t-il déploré, cette réalité n’est pas encore pleinement vécue par les opérateurs économiques. « Nos textes sont bien pensés, ils sont bien rédigés. Mais dans leur mise en œuvre, il existe un énorme défi », a-t-il fait observer. Le ministre a ainsi insisté sur la nécessité de donner une traduction concrète aux engagements communautaires.

Selon lui, les États membres ne peuvent continuer à proclamer l’existence d’un marché commun alors que les entreprises rencontrent encore de multiples obstacles pour y accéder. Il a également souligné que la multiplication des barrières tarifaires et non tarifaires fragilise la compétitivité des entreprises et limite les possibilités de développement du commerce régional.

Revenant sur la mission du troisième Groupe de travail, il a invité ses membres à faire preuve de responsabilité et à privilégier les solutions concrètes aux problèmes qui entravent la circulation des biens et des personnes. Le ministre a félicité les membres de la nouvelle équipe pour leurs parcours et leurs expériences respectifs, tout en leur rappelant les attentes placées en eux. « Nous resterons à vos côtés pour la conclusion de vos travaux », a-t-il assuré, avant de les exhorter à produire des résultats tangibles.

Il a également invité les participants à profiter de leur séjour pour découvrir les attraits touristiques et culturels du Bénin. C’est sur ces mots qu’Aristide Médénou a officiellement déclaré ouverts les travaux du troisième Groupe de travail sur le Schéma de libéralisation des échanges de la CEDEAO.

Deux jours de réflexions pour une nouvelle dynamique communautaire

Au-delà de la cérémonie d’ouverture, les travaux de Cotonou doivent permettre de poser les bases opérationnelles du mandat de la nouvelle équipe. Conformément au programme officiel, la première journée est également consacrée à l’examen des instruments d’intégration de la CEDEAO, des cadres réglementaires et des responsabilités institutionnelles dans la mise en œuvre du dispositif.

Les participants doivent notamment examiner les textes relatifs au Schéma de libéralisation des échanges, les difficultés rencontrées dans son application, les dispositions sur la libre circulation des personnes ainsi que les rôles respectifs des directions du Commerce, du Secteur privé et de l’Industrie.

La deuxième journée, prévue pour le vendredi 6 novembre, sera consacrée aux enseignements tirés des précédentes missions du Groupe de travail dans les États membres. Les participants devront également échanger sur les procédures de fonctionnement, le traitement des dossiers, les mécanismes d’enquête, la médiation, l’arbitrage et le suivi de la conformité. Une visite auprès du président de la République du Bénin, Romuald Wadagni, figure également au programme officiel.

Les travaux devront enfin déboucher sur l’adoption de priorités stratégiques, l’identification des principaux corridors commerciaux à privilégier, la définition d’un plan d’action pour les 100 premiers jours et la première année, ainsi que des recommandations assorties d’institutions responsables et d’échéances précises.

Un défi majeur pour l’avenir du marché ouest-africain

La rencontre de Cotonou intervient dans un contexte où la question de l’intégration économique demeure au centre des ambitions de la CEDEAO.

Au cours de son intervention, le ministre béninois a notamment évoqué un niveau de commerce intracommunautaire estimé à environ 13 %, avec l’ambition de le porter à 50 % dans les vingt prochaines années. Un objectif qui suppose des efforts soutenus en matière de production, de compétitivité, de facilitation des échanges et de suppression des obstacles au commerce.

La réussite de cette ambition dépendra toutefois de la capacité des États membres à traduire les textes communautaires en pratiques administratives cohérentes et à garantir aux opérateurs économiques un environnement commercial plus prévisible. En accueillant cette réunion inaugurale, le Bénin se retrouve ainsi au centre d’un chantier déterminant pour l’avenir de l’intégration ouest-africaine.

Pour le troisième Groupe de travail, l’enjeu est désormais clairement posé : faire en sorte que la libre circulation des marchandises ne soit plus seulement un principe inscrit dans les textes communautaires, mais une réalité quotidienne pour les producteurs, les commerçants, les transporteurs, les industriels et les populations de la région.

De la signature des protocoles à leur application effective, de la multiplication des contrôles à la fluidification des échanges, la CEDEAO attend désormais des résultats. C’est à cette exigence que la nouvelle équipe conduite par Musa Sillah devra répondre.

La rédaction

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