À Bohicon, du 2 au 4 novembre 2026, la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC) organise un atelier de formation à l’intention des promoteurs et patrons de presse. Au cœur des échanges : les différentes formes de regroupement des entreprises de presse et de communication audiovisuelle, ainsi que les avantages juridiques, fiscaux, économiques et organisationnels qu’elles offrent. Une initiative qui ambitionne de contribuer à la consolidation d’un paysage médiatique confronté à de nombreuses difficultés structurelles et financières.
La Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC) poursuit son offensive en faveur de la professionnalisation et de la viabilité économique des entreprises de presse au Bénin. Dans cette dynamique, la septième mandature de l’institution de régulation a ouvert, ce lundi 2 novembre 2026 à Bohicon, un atelier de formation consacré aux « formes de regroupement des entreprises de presse et de communication audiovisuelle » et à leurs avantages. Prévu pour durer trois jours, jusqu’au 4 novembre, ce rendez-vous réunit des promoteurs et responsables d’organes de presse autour d’une problématique devenue incontournable : comment bâtir des entreprises médiatiques économiquement solides, professionnellement structurées et capables de résister aux mutations du secteur ?

Cette initiative s’inscrit dans la continuité des réflexions engagées lors du séminaire organisé à Grand-Popo sur la nouvelle économie des médias à l’ère du numérique. Après avoir sensibilisé les acteurs aux nouveaux modèles économiques et aux transformations induites par les technologies numériques, la HAAC entend désormais les amener à explorer des mécanismes concrets de consolidation de leurs entreprises.
Un paysage médiatique dynamique, mais économiquement fragile
Au Bénin, le paysage médiatique se caractérise par une diversité remarquable. Presse écrite, radios, télévisions et médias en ligne se côtoient et contribuent à l’animation du débat public, à la circulation de l’information et à la consolidation de la démocratie. Cependant, cette pluralité ne traduit pas nécessairement une véritable solidité économique des entreprises qui la composent.
Derrière le nombre important d’organes de presse se dissimulent, en effet, des réalités préoccupantes. Beaucoup d’entreprises fonctionnent avec des ressources financières limitées, des fonds propres insuffisants, des effectifs réduits et parfois précaires. À ces difficultés s’ajoutent le vieillissement des équipements, les charges d’exploitation élevées, les contraintes liées à la distribution et les difficultés d’accès aux financements.
Dans un environnement marqué par la concurrence des plateformes numériques, la transformation des habitudes de consommation de l’information et la redistribution des recettes publicitaires, les entreprises médiatiques isolées peinent davantage à préserver leur équilibre financier.
La négociation avec les annonceurs, les imprimeurs, les fournisseurs de matériels et les autres partenaires économiques devient également plus difficile lorsque chaque organe agit individuellement. Cette dispersion des moyens limite les capacités d’investissement et réduit le pouvoir de négociation des entreprises.
C’est précisément face à ce constat que la HAAC entend promouvoir une nouvelle approche : encourager les acteurs des médias à envisager des formes de coopération et de regroupement susceptibles de renforcer leurs capacités opérationnelles et financières.
Le regroupement, un levier de compétitivité et de professionnalisation
Pour la HAAC, le regroupement des entreprises de presse ne doit pas être perçu comme une simple opération administrative ou une fusion de circonstance. Il constitue plutôt une stratégie de développement susceptible de transformer profondément les conditions d’exercice du métier d’entrepreneur de presse.
À l’ouverture des travaux, le vice-président de la HAAC, Me Mohamed BARE, représentant le président de l’institution, a particulièrement insisté sur les bénéfices d’une telle démarche. « Se regrouper, c’est d’abord réaliser des économies. Se regrouper, c’est gagner en poids. Se regrouper, c’est se professionnaliser et c’est investir dans l’avenir », a-t-il souligné.

Cette déclaration résume l’esprit de la rencontre de Bohicon. En mutualisant leurs ressources humaines, techniques, matérielles et financières, les entreprises de presse peuvent réduire leurs coûts de fonctionnement, améliorer la qualité de leurs productions et renforcer leur présence sur le marché.
Le regroupement peut également favoriser la mise en commun de certaines fonctions stratégiques : administration, comptabilité, distribution, commercialisation des espaces publicitaires, maintenance des équipements et production de contenus. Autant de possibilités qui permettraient aux entreprises de réaliser des économies d’échelle tout en améliorant leur efficacité.
Au-delà des avantages financiers immédiats, cette démarche pourrait également favoriser l’émergence de groupes médiatiques mieux structurés, capables d’investir dans les technologies, de recruter des professionnels qualifiés et de développer des stratégies commerciales plus ambitieuses.
Le droit Ohada au service de la consolidation des entreprises
Durant les trois jours de formation, les participants bénéficieront de l’expertise croisée d’avocats spécialisés en droit commercial, d’enseignants en sciences de gestion et de professionnels expérimentés des médias.
Les communications porteront notamment sur les différentes formes juridiques de regroupement prévues par le droit OHADA et la législation nationale. Les participants seront ainsi amenés à mieux comprendre les mécanismes juridiques disponibles, leurs implications et les conditions nécessaires à leur mise en œuvre.
Les avantages juridiques, fiscaux et économiques de ces différentes options seront également examinés. Des exemples concrets de regroupements réussis permettront aux promoteurs et patrons de presse de mieux apprécier les opportunités, mais aussi les difficultés susceptibles d’accompagner de telles opérations.
Une attention particulière sera accordée aux questions de gouvernance, de transparence et de gestion. Car, si le regroupement peut constituer un puissant instrument de développement, sa réussite dépend largement de la qualité des relations entre les associés, de la clarté des engagements et de la définition des responsabilités.
La confiance mutuelle, la transparence financière, le respect des textes et l’existence d’une vision commune apparaissent ainsi comme des conditions essentielles à la pérennité de toute entreprise collective.
La Haac rassure : pas de regroupement forcé, mais une exigence de responsabilité
L’une des précisions importantes apportées à l’ouverture de cet atelier concerne la liberté laissée aux entreprises de presse. La HAAC ne nourrit aucune intention d’imposer un modèle unique ni de contraindre les promoteurs à fusionner leurs structures.
L’objectif est plutôt de leur présenter les possibilités existantes et de leur permettre de faire des choix éclairés en fonction de leurs réalités, de leurs ambitions et de leurs capacités.
Le secrétaire général de la HAAC, François AWOUDO, a, pour sa part, mis en avant l’intérêt que pourrait représenter la constitution d’entreprises de presse solides et bien organisées auprès des pouvoirs publics et des partenaires financiers.
Selon lui, « les autorités publiques et les partenaires financiers seront plus enclins à soutenir des entreprises de presse qui sont solides, bien organisées et transparentes ».
Un message qui met en lumière un enjeu majeur : la crédibilité économique et institutionnelle des médias. Dans un contexte où l’accès aux financements et aux partenariats constitue un défi permanent, la capacité à présenter des structures fiables, transparentes et viables pourrait devenir un véritable avantage concurrentiel.
Mutualiser sans concentrer : la ligne rouge fixée par la Haac
Si la HAAC encourage les regroupements, elle tient toutefois à établir une distinction fondamentale entre la mutualisation des ressources et la concentration excessive du pouvoir médiatique.
Sur cette question, Me Mohamed BARE a tenu à rappeler la ligne directrice de l’institution : « Mutualiser des moyens pour mieux exister n’est pas la même chose que concentrer des titres pour dominer le marché ou contrôler l’opinion. La HAAC soutiendra résolument la première démarche ; elle ne tolèrera pas la seconde. »
Cette précision traduit la volonté de l’organe de régulation de préserver le pluralisme médiatique et la diversité des opinions, tout en favorisant la constitution d’entreprises économiquement viables.
Il s’agit donc de rechercher un équilibre entre deux impératifs : permettre aux médias de disposer de moyens suffisants pour survivre et se développer, sans compromettre la liberté éditoriale, l’indépendance des rédactions et le pluralisme de l’information.
Vers une nouvelle dynamique entrepreneuriale dans les médias béninois
À travers cette rencontre de Bohicon, la septième mandature de la HAAC entend ouvrir une nouvelle perspective aux entreprises de presse béninoises. Dans un secteur où les difficultés financières fragilisent quotidiennement les structures, la mutualisation des moyens apparaît comme une piste sérieuse pour repenser les modèles économiques et construire des entreprises plus résistantes.
Au-delà des communications et des échanges techniques, l’enjeu sera surtout de traduire les connaissances acquises en décisions concrètes. Les promoteurs et patrons de presse sont ainsi invités à dépasser les logiques d’isolement et à envisager des partenariats structurants, fondés sur la confiance, la transparence et des intérêts partagés.
Les travaux de Bohicon pourraient donc constituer une étape importante dans la réflexion sur l’avenir de la presse béninoise. Car, dans un environnement médiatique en pleine mutation, la qualité de l’information et la liberté éditoriale ne peuvent durablement s’épanouir sans des entreprises capables de financer leur fonctionnement, de valoriser leurs ressources humaines et d’investir dans leur modernisation.
La HAAC pose ainsi un débat essentiel : celui du passage d’une multitude d’entreprises médiatiques souvent fragiles à un secteur davantage structuré, compétitif et économiquement durable. Le défi est désormais de transformer cette ambition en une dynamique collective, sans sacrifier le pluralisme qui constitue l’une des richesses fondamentales de la démocratie béninoise.
La rédaction