« Changer le système éducatif pour plus de créateurs de richesse ». Derrière cette formule portée par Me Dieudonné Tedjisse se dessine une réflexion plus large sur l’avenir du Cameroun et, au-delà, sur la capacité de son système éducatif à préparer une jeunesse confrontée au chômage, à la précarité et aux mutations profondes de la société.
Dans un entretien accordé à Séverin Alega Mbele, le président du Parti camerounais pour la paix, la démocratie et la construction (PCPDC) met en cause le modèle éducatif actuel et plaide pour une transformation profonde de la manière de former les jeunes. L’objectif affiché est clair : passer d’une école qui produit principalement des diplômés à une école capable de faire émerger des entrepreneurs, des innovateurs, des producteurs et des créateurs de richesse.

Une école qui doit préparer à l’emploi… mais aussi à la création
Pour Dieudonné Tedjisse, la question éducative ne saurait être dissociée des difficultés économiques et sociales auxquelles sont confrontées les nouvelles générations. Pendant des décennies, l’école a été perçue comme le principal moyen d’accéder à un emploi stable, notamment dans l’administration publique. Mais l’évolution du marché du travail rend cette équation de plus en plus difficile.
Le véritable défi serait donc de repenser la finalité même de l’éducation.
Il ne s’agit plus seulement d’accumuler des diplômes dans l’espoir d’obtenir un poste, mais de donner aux jeunes les compétences leur permettant également d’entreprendre, d’innover et de créer des emplois pour eux-mêmes et pour les autres.
Cette approche rejoint d’ailleurs une préoccupation que le responsable politique développe dans ses prises de position récentes : le système éducatif doit davantage contribuer à préparer les jeunes à leur insertion économique et sociale. Dans une interview publiée en mai 2026, il estimait notamment que l’éducation devait être placée au cœur de la construction nationale.
Sortir du modèle du « chercheur d’emploi »
Au cœur de son discours se trouve une critique d’un modèle qui, selon lui, tend à fabriquer davantage de chercheurs d’emploi que de créateurs d’activités économiques. Le constat est particulièrement préoccupant dans un contexte où la jeunesse constitue une part importante de la population camerounaise. Lorsque les diplômés sortent des universités et des grandes écoles sans perspectives professionnelles suffisamment nombreuses, la frustration peut progressivement s’installer.
Pour Tedjisse, la réponse ne peut donc pas se limiter à multiplier les diplômes. Elle doit passer par une réforme des contenus, des méthodes pédagogiques et surtout de la philosophie de l’éducation. L’école devrait apprendre aux jeunes à résoudre des problèmes, à identifier les opportunités présentes dans leur environnement et à transformer les ressources disponibles en activités économiques.
L’entrepreneuriat au cœur de la nouvelle formation
Une telle transformation suppose de donner une place beaucoup plus importante à l’entrepreneuriat, aux métiers techniques, au numérique, à l’innovation et à la formation professionnelle. L’enjeu est notamment de rapprocher davantage l’école du monde réel.
Un jeune formé à l’agriculture moderne, aux technologies numériques, à la transformation agroalimentaire, à l’industrie, aux services ou aux métiers liés à l’économie verte ne devrait pas nécessairement considérer l’administration comme son unique débouché. C’est donc une véritable culture de la production et de l’initiative qu’il faudrait progressivement installer.
Cette vision prend également une dimension politique. Dans ses interventions publiques, Dieudonné Tedjisse défend l’idée d’une refondation plus globale du modèle républicain et insiste sur la nécessité de préparer la jeunesse à participer pleinement au développement du pays.
Une réforme qui concerne aussi les enseignants
Réformer l’école ne signifie toutefois pas uniquement modifier les programmes scolaires. La transformation devrait également concerner les enseignants, les infrastructures, l’orientation scolaire et universitaire ainsi que les mécanismes d’accompagnement des jeunes.

La qualité de la formation dépend en grande partie de la capacité des enseignants à transmettre des connaissances adaptées aux réalités contemporaines.
Dans une autre prise de parole consacrée à la jeunesse et à l’école, Tedjisse a justement pointé les difficultés liées à la formation et à l’encadrement des enseignants, estimant que la crise éducative ne pouvait être traitée de manière isolée.
Former autrement pour produire autrement
Au-delà de la polémique politique, la proposition pose une question fondamentale : quel type de citoyen le Cameroun veut-il former pour les prochaines décennies ? Un diplômé capable de réciter des connaissances mais sans savoir les transformer en solutions concrètes pour la société ? Ou un jeune capable de réfléchir, d’innover, de prendre des initiatives et de créer de la valeur ? C’est toute la problématique soulevée par cette réflexion.
La réforme éducative apparaît alors comme un investissement à long terme. Elle devrait permettre de mieux connecter l’école aux besoins de l’économie nationale, tout en valorisant les talents et les savoir-faire locaux.
Dans cette perspective, l’agriculture, l’artisanat, les industries culturelles, les technologies numériques, les métiers de l’environnement, les services et l’économie sociale pourraient devenir de véritables terrains d’expérimentation pour une nouvelle génération de créateurs.
Une urgence nationale
Le message de Dieudonné Tedjisse intervient dans un contexte où les débats sur l’avenir de la jeunesse camerounaise prennent une place croissante dans l’espace public. L’homme politique considère d’ailleurs que certaines difficultés sociales et identitaires trouvent aussi leurs racines dans les insuffisances du système éducatif et dans le manque de perspectives offertes aux jeunes.
Son raisonnement est donc relativement simple : une jeunesse bien formée, productive et économiquement autonome est moins vulnérable à la frustration, à la marginalisation et aux différentes formes de manipulation.
Dès lors, l’école ne devrait plus être seulement considérée comme un lieu de transmission des connaissances. Elle devrait devenir un véritable laboratoire de préparation à la vie, à la citoyenneté et à la production de richesse.
Le pari d’une nouvelle génération
La proposition de Dieudonné Tedjisse ouvre ainsi un débat qui dépasse les clivages partisans. Elle interpelle les pouvoirs publics, les enseignants, les parents, les universités, les entreprises et surtout les jeunes eux-mêmes.
Car changer le système éducatif ne saurait être une simple réforme administrative. Il s’agit d’un choix de société. Former des créateurs de richesse plutôt que de simples chercheurs d’emploi, c’est finalement poser la question du Cameroun que l’on veut construire demain.
Et dans un pays où la jeunesse représente à la fois une formidable réserve de talents et un immense défi social, la réponse apportée à cette question pourrait bien déterminer une partie du destin économique et social des prochaines générations.
Encadré
Le PCPDC veut peser dans le débat politique national
Au-delà de la question éducative, Dieudonné Tedjisse entend inscrire l’action du Parti camerounais pour la paix, la démocratie et la construction (PCPDC) dans une dynamique politique nationale. Dans ses différentes prises de parole, le président de cette formation d’obédience libérale défend une conception de la République fondée, selon lui, sur le service public, la responsabilité et le respect des institutions. Il présente le Cameroun comme une « mission » et considère que l’exercice du pouvoir doit relever d’une logique de responsabilité plutôt que de propriété. Le parti entend ainsi porter ses propositions dans le débat public et participer aux échéances électorales.
Une plus grande implication du PCPDC sur la scène politique nationale
Le président Dieudonné Tedjisse réaffirme l’engagement du parti à participer pleinement à l’animation de la vie politique nationale. Pour le PCPDC, cette participation à la vie politique nationale ne se limite pas à la recherche d’un mandat. Dans une interview accordée en mai 2026, Dieudonné Tedjisse a présenté plusieurs orientations de son parti, notamment la tenue d’états généraux de la nation, la refondation du modèle républicain, le renforcement de la cohésion sociale et le placement de l’éducation au cœur du projet national. Le parti affirme également vouloir lutter contre le tribalisme et les discours de haine, tout en mettant l’accent sur la jeunesse, l’emploi et le développement équilibré du territoire.
La rédaction