Une page importante vient de se tourner dans l’histoire des Aspirants au Métier d’Enseignant (AME) au Bénin. Longtemps portée comme une revendication majeure par les intéressés, la question de leur intégration dans la fonction publique connaît désormais une avancée décisive. Reçus ce vendredi par le Président de la République, Romuald Wadagni, les représentants des AME sont repartis de cette rencontre avec des assurances qui pourraient marquer un tournant majeur dans leur parcours professionnel.
Au terme des échanges, le gouvernement a retenu le principe d’une intégration progressive des AME, avec des critères et des modalités destinés à prendre en compte aussi bien l’expérience acquise sur le terrain que les impératifs de gestion de la carrière et de protection sociale.
Trois contrats successifs : le principal critère retenu
Le premier élément déterminant dans le dispositif annoncé repose sur un critère d’expérience. Le bénéfice de trois contrats successifs en qualité d’Aspirant au Métier d’Enseignant constitue le socle fondamental permettant d’être pris en compte dans le processus d’intégration.
Cette approche entend reconnaître l’expérience accumulée par les enseignants qui, depuis plusieurs années, assurent quotidiennement des heures de cours dans les établissements scolaires, participant ainsi au fonctionnement du système éducatif national.
Mais l’intégration ne se fera pas de manière uniforme. Le gouvernement a également retenu des critères complémentaires destinés à organiser le processus dans le temps.
La promotion 2019 en première ligne
Compte tenu de son poids démographique, la promotion 2019 occupe une place particulière dans le dispositif. Elle représente à elle seule plus de la moitié de l’effectif global des AME.
En conséquence, son intégration sera traitée prioritairement et devra être finalisée avant le passage aux promotions suivantes. Une logique de traitement par promotion et par vague est ainsi privilégiée afin de permettre une mise en œuvre progressive et maîtrisée de la mesure.
Cette organisation devrait également permettre aux autorités d’éviter une opération administrative difficile à absorber en une seule étape, tout en donnant aux bénéficiaires une meilleure visibilité sur leur avenir professionnel.
L’âge, un autre paramètre déterminant
L’âge constitue également un élément important dans les critères retenus. Le dispositif s’inscrit dans le cadre des dispositions évoquées du Statut général de la Fonction publique, notamment en ce qui concerne les limites d’âge applicables selon les catégories.
L’objectif affiché est notamment de permettre aux personnes intégrées de disposer d’une période suffisamment longue d’activité pour atteindre la durée minimale de cotisation requise pour bénéficier d’une pension de retraite.
Au-delà de la simple question administrative, ce critère traduit donc une volonté de prendre en considération la carrière complète de l’enseignant, depuis son recrutement jusqu’à son départ à la retraite.
Pas de nouveau test : le recrutement sur titre privilégié
Autre annonce particulièrement attendue : l’option d’un reversement nécessitant un nouveau test d’évaluation ne serait finalement pas retenue.
Le gouvernement privilégie plutôt un recrutement progressif sur titre, fondé sur les qualifications professionnelles et l’expérience déjà acquise par les enseignants dans l’exercice de leur métier.
Cette orientation est susceptible de rassurer de nombreux AME qui craignaient de devoir repasser par une nouvelle procédure d’évaluation après plusieurs années de présence dans les salles de classe.
Le principe est donc de valoriser davantage l’expérience professionnelle accumulée sur le terrain, sans remettre en cause les compétences déjà démontrées dans l’exercice quotidien de la fonction enseignante.
Le statut d’ACDPCTD au cœur du nouveau dispositif
L’autre grande décision concerne le statut sous lequel les enseignants seront intégrés. Le choix porte sur celui d’Agent Contractuel de Droit Public des Collectivités Territoriales Décentralisées (ACDPCTD).
Ce choix vise à construire un cadre professionnel permettant d’assurer une meilleure stabilité aux enseignants concernés tout en facilitant leur gestion administrative entre les structures de l’État et les collectivités territoriales.
Sur le plan social, l’un des principaux avantages attendus réside dans la continuité de la couverture sociale. Les AME étant déjà affiliés à la CNSS et cotisant dans ce cadre, le nouveau dispositif devrait permettre d’éviter des ruptures ou des complications administratives liées à leur changement de statut.
Une meilleure visibilité pour la carrière et les projets personnels
L’intégration sous le statut d’ACDPCTD est également présentée comme un moyen de donner davantage de visibilité aux enseignants sur leur carrière.
La gestion conjointe entre les ministères concernés par l’éducation et les collectivités territoriales devrait favoriser une meilleure articulation des responsabilités administratives.
La stabilité professionnelle pourrait aussi avoir des répercussions sur la vie économique et sociale des bénéficiaires. L’accès plus facile à certains services financiers et notamment aux crédits bancaires pourrait permettre à de nombreux enseignants de mieux concrétiser leurs projets personnels, familiaux ou professionnels.
Ainsi, derrière la question de l’intégration administrative se joue également celle de la dignité sociale et économique de milliers d’acteurs du système éducatif.
Le dialogue social au cœur de la démarche
Cette nouvelle étape intervient dans un contexte marqué par plusieurs années de discussions autour du statut et de l’avenir des AME.
La rencontre de ce vendredi s’est déroulée en présence de plusieurs membres du gouvernement, notamment les responsables en charge du Budget et de la Fonction publique, de l’Enseignement secondaire et de l’Enseignement supérieur, ainsi que des représentants des organisations faîtières des AME.
La présence des principales centrales syndicales du pays donne également une dimension particulière à cette rencontre. Les représentants de la COSI-Bénin, de la CSA-Bénin et de la CSTB ont pris part aux échanges et salué l’avancée annoncée.
Cette implication des partenaires sociaux traduit la volonté de privilégier le dialogue et la concertation dans la recherche de solutions durables aux préoccupations du monde enseignant.
Une nouvelle ère pour les AME ?
Pour les Aspirants au Métier d’Enseignant, cette annonce représente surtout l’aboutissement d’une longue période d’attente et d’incertitude. Pendant plusieurs années, beaucoup ont exercé leur métier avec le sentiment d’être dans une situation professionnelle provisoire, malgré leur contribution essentielle au système éducatif. La décision annoncée ouvre désormais la perspective d’une stabilisation progressive de leur situation professionnelle.
Il reste toutefois à suivre la traduction concrète de ces orientations à travers les actes administratifs, le calendrier d’exécution et les différentes vagues d’intégration. Car si le principe est désormais annoncé, son succès dépendra largement de la clarté des modalités d’application et du respect des engagements pris.
Une chose paraît néanmoins acquise : pour les AME, le temps de l’attente pourrait progressivement céder la place à celui de la stabilité. Avec le recrutement sur titre, la prise en compte de l’expérience, une intégration organisée par vagues et un statut offrant une meilleure protection sociale, le gouvernement pose les bases d’un nouveau chapitre dans la carrière de milliers d’enseignants béninois.
De la précarité vers la stabilité, de l’incertitude vers la visibilité : l’intégration des AME pourrait ainsi constituer l’un des tournants sociaux majeurs de l’histoire récente du système éducatif béninois.
La rédaction
Intégration des AME : le gouvernement franchit un cap historique et met fin à des années d’attente
Administrateur Général Adjoint de Cloche media monde