(Une région au potentiel hydraulique exceptionnel confrontée à des catastrophes de plus en plus dévastatrices)
L’eau est universellement célébrée comme la source de toute vie. Elle nourrit les terres, irrigue les cultures, alimente les populations, favorise les échanges commerciaux et constitue le moteur de nombreux écosystèmes. Pourtant, lorsque les équilibres naturels sont rompus, cette même eau peut devenir un redoutable facteur de destruction. Le golfe de Guinée en est aujourd’hui l’une des illustrations les plus frappantes sur le continent africain.
S’étendant le long de la façade atlantique de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale, le golfe de Guinée borde les côtes du Libéria, de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Togo, du Bénin, du Nigeria, du Cameroun, de la Guinée équatoriale, du Gabon, sans oublier l’État insulaire de São Tomé-et-Príncipe. Cet immense espace maritime constitue l’une des régions les plus riches d’Afrique sur le plan hydraulique.
Le golfe de Guinée reçoit les eaux de plusieurs des plus importants fleuves du continent, notamment le Niger, la Volta, la Comoé, l’Ogooué, ainsi que de nombreux autres cours d’eau qui se jettent dans l’océan Atlantique après avoir traversé des milliers de kilomètres. À ces fleuves s’ajoutent des lagunes, des lacs, des marécages, des estuaires, des plaines inondables et d’importantes zones humides qui font de cette région un véritable réservoir naturel d’eau douce et d’eau salée.
Cette abondance en ressources hydrauliques constitue un formidable atout économique. Elle favorise l’agriculture, la pêche, la production d’énergie hydroélectrique, le transport fluvial, le tourisme et la biodiversité. Mais elle représente également une menace permanente pour des millions d’habitants vivant dans les plaines côtières et les vallées fluviales.
Chaque année, avec les fortes précipitations, les crues des grands fleuves et la montée du niveau de la mer, de vastes territoires sont engloutis sous les eaux. Villages, quartiers urbains, exploitations agricoles, routes, écoles et centres de santé disparaissent parfois en quelques heures sous l’effet des inondations.
Au Nigeria, les débordements du fleuve Niger provoquent régulièrement des catastrophes humanitaires. Au Bénin, les vallées de l’Ouémé, du Mono et les communes côtières restent particulièrement vulnérables. Au Ghana, les inondations frappent périodiquement Accra et plusieurs régions riveraines de la Volta. Le Togo, la Côte d’Ivoire, le Cameroun ou encore le Gabon connaissent également des épisodes meurtriers qui causent d’importantes pertes humaines et matérielles.
Le changement climatique accentue davantage ces phénomènes. Les pluies deviennent plus intenses, les saisons plus imprévisibles et les épisodes météorologiques extrêmes se multiplient. L’urbanisation anarchique, la destruction des mangroves, l’occupation des zones inondables, l’insuffisance des ouvrages de drainage et le mauvais entretien des caniveaux aggravent considérablement les risques.
Dans cette partie de l’Afrique, l’eau offre ainsi deux visages. Elle demeure indispensable au développement économique et à la survie des populations, tout en constituant une menace permanente lorsque la nature reprend ses droits. Chaque saison des pluies rappelle brutalement cette réalité, transformant parfois des milliers de familles en sinistrés.
Les drames humains au Togo et en Côte d’Ivoire
Les récentes inondations qui ont frappé le Togo et la Côte d’Ivoire rappellent avec brutalité la vulnérabilité croissante des pays du golfe de Guinée face aux aléas climatiques. À Lomé et dans plusieurs localités togolaises, les pluies diluviennes ont provoqué des crues, submergé des quartiers entiers et entraîné des pertes en vies humaines, tandis que les autorités avaient déjà lancé des alertes sur le risque élevé d’inondations dans le bassin du Zio en raison de la montée inquiétante du niveau des eaux.
En Côte d’Ivoire, la saison des pluies a également tourné au drame, notamment dans le district d’Abidjan où les précipitations torrentielles ont causé des inondations meurtrières, détruit des habitations, paralysé la circulation et endeuillé plusieurs familles. Ces catastrophes illustrent les conséquences conjuguées du changement climatique, de l’urbanisation anarchique, de l’occupation des zones inondables et de l’insuffisance des infrastructures de drainage, faisant du golfe de Guinée l’une des régions africaines les plus exposées aux risques hydrologiques.
Le défi pour les États du golfe de Guinée est désormais immense. Il s’agit de concilier l’exploitation durable de cet exceptionnel potentiel hydraulique avec une politique ambitieuse de prévention des catastrophes. Le renforcement des systèmes d’alerte précoce, l’aménagement des bassins versants, la protection des zones humides, la lutte contre l’urbanisation anarchique et la coopération régionale apparaissent aujourd’hui comme des priorités incontournables.
Car dans le golfe de Guinée, l’eau reste une richesse inestimable. Mais lorsqu’elle échappe au contrôle des hommes, elle cesse d’être uniquement source de vie pour devenir également un puissant vecteur de souffrance, de destruction et de deuil.
La rédaction
Inondations meurtrières dans le golfe de Guinée : quand l’eau, source de vie, devient une force de destruction
Administrateur Général Adjoint de Cloche media monde