Ebola en RDC : l’OMS déclenche l’alerte mondiale face à une épidémie qui franchit les frontières

L’épidémie d’Ebola qui frappe actuellement la République démocratique du Congo prend une dimension internationale inquiétante. Face à la propagation du virus au-delà des frontières congolaises, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a officiellement déclaré, dimanche 17 mai 2026, une « urgence de santé publique de portée internationale » (USPPI), soit le deuxième niveau d’alerte sanitaire le plus élevé au monde.

Cette décision intervient alors que la dix-septième épidémie d’Ebola enregistrée en RDC continue de progresser dans l’est du pays, notamment dans la province de l’Ituri, où les autorités sanitaires peinent à contenir la maladie dans un contexte d’insécurité, d’enclavement et de forte mobilité des populations.

Une épidémie désormais régionale


Le virus n’est plus limité au territoire congolais. Un premier décès lié à Ebola a déjà été signalé en Ouganda. Il s’agit d’un ressortissant congolais âgé de 59 ans ayant quitté l’Ituri pour Kampala, où il a été hospitalisé le 11 mai avant de succomber trois jours plus tard. Sa dépouille a ensuite été rapatriée en RDC, alimentant les craintes sur les risques de propagation transfrontalière.

Dans le même temps, un cas confirmé a été détecté à Goma, grande métropole de l’est congolais située à la frontière du Rwanda et peuplée de près de 1,5 million d’habitants. Cette annonce a immédiatement provoqué une réaction des autorités rwandaises, qui ont fermé plusieurs postes frontaliers avec la ville.

Face à cette évolution préoccupante, plusieurs pays voisins ont renforcé leurs dispositifs d’alerte sanitaire. Le Kenya et le Soudan du Sud surveillent étroitement la situation, tandis que les États-Unis déconseillent désormais à leurs ressortissants de se rendre dans la province de l’Ituri.

L’OMS sonne l’alarme

Dans un communiqué publié sur le réseau X, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a indiqué que l’épidémie « constitue une urgence de santé publique de portée internationale, mais ne répond pas aux critères d’une urgence pandémique ».

Cette distinction est importante. Jusqu’en 2024, l’USPPI représentait le niveau d’alerte maximal dans le cadre du Règlement sanitaire international. Toutefois, de nouveaux amendements adoptés l’an dernier ont introduit une catégorie supérieure : celle d’« urgence due à une pandémie ».

Même si le seuil pandémique n’est pas encore atteint, l’OMS considère que la situation nécessite une mobilisation internationale urgente afin d’éviter une catastrophe sanitaire plus large en Afrique centrale et de l’Est.

Le variant Bundibugyo inquiète les experts

La RDC est confrontée au variant Bundibugyo du virus Ebola, une souche particulièrement préoccupante car aucun vaccin homologué n’existe actuellement contre elle.

Selon les chiffres communiqués par l’OMS au 16 mai, huit cas ont été confirmés en laboratoire, tandis que 246 cas suspects et 80 décès suspects ont été recensés dans l’Ituri.

De son côté, l’agence sanitaire de l’Union africaine, Africa CDC, fait état de 336 cas suspects et de 88 décès potentiellement liés au virus.

Les spécialistes rappellent qu’en matière de gestion des épidémies, le passage du virus dans un deuxième pays modifie complètement l’échelle de la riposte. Tant que l’épidémie reste confinée dans un seul État, la coordination demeure nationale. Mais dès qu’elle devient transfrontalière, la responsabilité bascule vers les structures régionales et internationales.

Mongwalu, l’épicentre difficilement accessible

L’épidémie a été identifiée à Mongwalu, localité minière de l’Ituri située à environ 80 kilomètres de Bunia. Sur le plan géographique, cette distance paraît relativement courte. Mais sur le terrain, accéder à cette zone relève d’un véritable défi logistique.

Le pont Nizi, infrastructure essentielle reliant Iga Barrière à Mongwalu, s’est effondré en novembre 2025 sans jamais être reconstruit. Les populations utilisent désormais une installation de fortune faite de fûts métalliques et de planches en bois, compliquant considérablement le transport des fournitures médicales et des équipes sanitaires.

L’aérodrome de Mongwalu n’est toujours pas opérationnel, malgré les appels lancés depuis plusieurs mois par Médecins Sans Frontières pour sa réhabilitation.

Cette région minière connaît également d’importants mouvements de populations vers le Nord-Kivu, la Tshopo, l’Ouganda et le Soudan du Sud. Ces corridors migratoires constituent aujourd’hui l’une des principales inquiétudes des autorités sanitaires africaines.

L’insécurité complique la riposte sanitaire

À ces difficultés logistiques s’ajoute une insécurité persistante. La milice Codeco continue d’opérer dans plusieurs zones de l’Ituri, rendant extrêmement dangereuses les interventions des équipes médicales.

En novembre dernier, les Forces armées de la RDC avaient découvert plusieurs caches d’armes sur les axes menant à Mongwalu, notamment plus d’une centaine de fusils AK-47 et plusieurs mitrailleuses.

Dans ce contexte, le simple transport d’échantillons biologiques vers les laboratoires de Bunia ou l’organisation d’enterrements sécurisés devient une opération à haut risque.

Une mobilisation internationale en cours

Pour tenter de contenir l’épidémie, l’OMS a annoncé l’envoi d’experts en épidémiologie dans les zones touchées. Un pont aérien entre Kinshasa et Bunia est également en préparation afin d’acheminer cinq tonnes de matériel médical, de prévention et de contrôle des infections.

De son côté, Africa CDC a activé une cellule régionale de coordination. En Ouganda, des laboratoires mobiles ont été déployés dans les districts à risque, tandis que le Kenya a mis sur pied une équipe nationale de préparation.

Comment se transmet Ebola ?

Le virus Ebola se transmet par contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée, vivante ou décédée, notamment le sang, la sueur, la salive ou les sécrétions.

Les personnes contaminées ne deviennent contagieuses qu’après l’apparition des symptômes, et la période d’incubation peut durer jusqu’à 21 jours.

Les autorités sanitaires insistent donc sur l’importance de la surveillance communautaire, de l’isolement rapide des cas suspects et de l’organisation d’enterrements sécurisés afin de limiter la propagation de cette nouvelle flambée épidémique.

RCMM

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