Énergie solaire au Bénin : l’ABEE mobilise les acteurs pour accélérer l’accès hors réseau

L’Association Béninoise Eau et Énergie, en partenariat avec SD Solutions Cameroun et avec le soutien de Royal Academy of Engineering, a tenu une session de formation de haut niveau consacrée au thème : « Défis et opportunités d’accès à l’énergie hors réseau au Bénin à partir du solaire ». Cette formation stratégique organisée à Cotonou met en lumière les enjeux, les opportunités et les pistes d’actions pour démocratiser l’accès à l’énergie solaire, notamment en milieu rural.

Organisée dans la salle de réunion de SD Solutions, cette rencontre a réuni experts, acteurs institutionnels, entrepreneurs, ONG et représentants de l’État autour d’un enjeu crucial : l’accès universel à une énergie propre, durable et abordable. La cérémonie d’ouverture a été marquée par plusieurs interventions qui replacent l’énergie solaire au cœur des nouveaux défis de développement dans un contexte où les débats sur les énergies renouvelables se font insistants.

Une mobilisation nationale autour d’un enjeu stratégique

Dès l’ouverture, le ton est donné : l’énergie n’est plus seulement un service, mais un levier fondamental de développement. Le président de l’ABEE, Kona Gabriel, a rappelé la mission de son organisation, forte de plus de 2 millions de membres répartis dans les 77 communes du Bénin : défendre les intérêts des consommateurs tout en accompagnant les politiques publiques. « Nous avons le soleil, mais nous ne l’exploitons pas suffisamment. Il est temps que chaque citoyen devienne un acteur de cette transformation énergétique », a-t-il insisté.

L’énergie solaire, un levier économique et social majeur

Animée par les formateurs camerounais, notamment Urbain Nzotcha, la formation a permis de vulgariser les concepts clés des systèmes solaires hors réseau. Les échanges ont mis en évidence que l’énergie solaire peut : soutenir l’agriculture (irrigation, transformation), renforcer les systèmes de santé (conservation des vaccins), améliorer l’éducation (électricité dans les écoles), dynamiser les activités économiques locales. « Le kilowattheure doit devenir une source de revenus. L’énergie solaire doit être au cœur de la création de richesse », a expliqué Urbain Nzotcha.

Toujours dans son exposé, il relève que l’énergie solaire apparaît comme un levier essentiel pour le développement des zones hors réseau, notamment dans le numérique, la santé, l’éducation et les services publics. Grâce à de petits équipements solaires, les populations peuvent charger leurs téléphones, accéder à l’information et améliorer leurs conditions de vie.

Plus loin, il fait remarquer que l’énergie solaire reste un moteur de création d’emplois, à condition de renforcer la formation des techniciens et installateurs. Une attention particulière est portée à l’implication des femmes, premières utilisatrices de l’énergie domestique, notamment dans l’installation et la maintenance des équipements.

Cependant, la réussite des projets solaires repose sur plusieurs facteurs clés : la formation et la certification des acteurs, la maintenance régulière des installations, l’intégration de cette maintenance dès la conception des projets, l’utilisation de solutions adaptées comme le paiement mobile. Le formateur souligne également que de nombreux projets échouent faute de suivi technique et de compétences locales, malgré les investissements initiaux.

Sur le plan technique et financier, il est essentiel de : bien étudier et planifier les projets, choisir du matériel de qualité, documenter précisément les données (besoins, coûts, dimensionnement), préparer des dossiers solides pour convaincre les bailleurs. Enfin, malgré le coût encore élevé de certains équipements (notamment les batteries), les avancées technologiques rendent le solaire de plus en plus accessible et compétitif. Il conclut que le succès de l’énergie solaire au Bénin dépend d’une approche globale combinant formation, planification rigoureuse, implication des communautés et financement adapté, afin d’assurer la durabilité et l’impact réel des projets.

Les participants ont également découvert les différentes configurations techniques : systèmes autonomes, mini-réseaux, installations hybrides…Autant de solutions adaptées aux réalités rurales béninoises où l’accès au réseau classique reste limité.

Un cadre institutionnel en progrès, mais des défis persistants


Représentant le Ministère de l’Énergie, de l’Eau et des Mines, Pamphile Roland Kpatènon a dressé un état des lieux sans complaisance : Taux d’accès à l’électricité : environ 42 % au niveau national. En milieu rural : à peine 14 %. Malgré les avancées, notamment à travers les mini-réseaux solaires et les politiques incitatives, plusieurs obstacles subsistent : coûts élevés d’investissement, difficulté d’accès au financement, manque de sensibilisation, rentabilité limitée en zones rurales, coordination insuffisante entre acteurs

Des opportunités réelles pour les jeunes et les investisseurs

La session a également mis en lumière les opportunités offertes par des organisations internationales comme la Royal Academy of Engineering. Cette institution soutient : les jeunes innovateurs africains, les projets liés aux énergies renouvelables, les initiatives alignées sur les Objectifs de développement durable, programmes de financement, mentorat, réseautage international : autant de leviers encore peu connus dans l’espace francophone, mais à fort potentiel.

L’intervention de Hervé AZEMTSA également formateur SD Solutions Cameroun a mis en lumière les opportunités offertes par la Royal Academy of Engineering, une institution engagée dans la promotion de l’innovation, de l’ingénierie et du développement durable à l’échelle mondiale. Cette organisation soutient particulièrement les entrepreneurs, chercheurs et innovateurs, en leur offrant des programmes de financement, de formation, de mentorat et d’accès à des réseaux internationaux. Elle joue ainsi un rôle clé dans la mise en œuvre de solutions liées à l’énergie, à la santé et aux nouvelles technologies.

Selon Hervé AZEMTSA, l’un des constats majeurs est que les pays francophones, notamment africains, restent encore peu représentés, en partie à cause de la barrière linguistique, malgré les nombreuses opportunités disponibles. À travers un témoignage personnel, le formateur a montré comment l’Académie peut accompagner concrètement les porteurs de projets : financement initial, accompagnement technique et stratégique, mise en réseau avec des experts internationaux, accès à des formations et à des ressources scientifiques

Plusieurs programmes, dont Frontier et d’autres initiatives dédiées à l’Afrique, permettent aux jeunes innovateurs de développer leurs idées, notamment dans le domaine des énergies renouvelables.

L’Académie accorde également une attention particulière à : l’impact social des projets, l’inclusion des femmes et des populations vulnérables, l’alignement avec les Objectifs de développement durable (ODD)

Il est recommandé aux porteurs de projets de : commencer avec des initiatives à petite échelle, intégrer une dimension sociale, structurer des modèles économiques viables, positionner leurs projets en lien avec les enjeux globaux (climat, énergie, développement). Enfin, l’énergie solaire est présentée comme une opportunité majeure pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, améliorer les conditions de vie et stimuler le développement économique. En conclusion, les participants ont été encouragés à saisir ces opportunités internationales, à s’informer davantage et à s’engager activement dans la promotion de projets innovants, en particulier dans le domaine de l’énergie solaire.

Quatre recommandations majeures de l’ABEE

Au terme des travaux, l’ABEE a formulé quatre axes prioritaires : renforcer le cadre institutionnel et réglementaire, développer des mécanismes de financement inclusifs, investir dans la formation et le transfert de compétences, encourager les partenariats entre acteurs publics et privés. Ces recommandations ont été complétées par celles des participants et des partenaires institutionnels, insistant sur la nécessité d’une approche coordonnée et inclusive.

Vers une démocratisation de l’énergie solaire

Dans sa communication sur le thème : « L’énergie solaire, levier économique pour une prospérité partagée », Frigice Vodounnon a mis en relief le rôle stratégique du solaire comme moteur de transformation économique. Il a souligné que cette ressource abondante au Bénin peut stimuler la création d’emplois, dynamiser les activités génératrices de revenus et favoriser l’émergence d’un tissu entrepreneurial local, notamment en milieu rural.

Il a également insisté sur la nécessité de structurer les investissements, de renforcer les compétences techniques et d’encourager des modèles économiques inclusifs afin de garantir une prospérité réellement partagée. Pour lui, l’énergie solaire ne doit pas seulement répondre aux besoins d’électrification, mais devenir un véritable catalyseur de développement durable et d’amélioration des conditions de vie des populations.

Au-delà des discours, un constat s’impose : le Bénin dispose d’un potentiel solaire exceptionnel, mais son exploitation reste encore en deçà des attentes. La formation aura eu le mérite de : sensibiliser, former, connecter les acteurs, ouvrir des perspectives concrètes. En clôture, le président de l’ABEE a lancé un appel fort : « Chacun doit repartir comme ambassadeur de l’énergie solaire. L’information doit être partagée pour que le changement devienne une réalité. »

Un tournant décisif pour l’accès à l’énergie

Dans un contexte de transition énergétique mondiale et de lutte contre les changements climatiques, cette initiative s’inscrit comme une étape importante. Le défi est désormais clair : transformer le potentiel solaire du Bénin en moteur réel de développement inclusif. Et pour cela, une seule voie semble possible : l’engagement collectif. Le président de l’ABEE a, pour sa part, insisté sur la nécessité de vulgariser les connaissances acquises, afin de faire de l’énergie solaire un véritable moteur de développement au Bénin.

RCMM

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