(Un nom à graver dans le marbre de la République)
Le ciel du football béninois s’est assombri. Un baobab vient de s’écrouler, laissant un vide immense dans le cœur des supporters et des puristes du ballon rond. Charles Odaté Ana, gardien de légende, s’est éteint (né au début des années 1940), emportant avec lui une page glorieuse de l’histoire sportive du Dahomey et du Bénin.
Un géant au destin de gardien
Charles Ana n’était pas seulement un athlète ; il était une institution. Si ses débuts l’ont vu évoluer comme arrière central, c’est dans les cages qu’il a trouvé sa véritable vocation. Par sa taille imposante et son talent pur, il est devenu ce dernier rempart infranchissable que tout un pays admirait.
De l’Alliance de Cotonou à l’équipe nationale, où il a régné en maître absolu, Charles Ana a marqué les esprits par ses détentes de chat et son autorité naturelle sur sa ligne de but.
En parallèle de sa carrière sportive, Charles Odaté Ana fut agent du Topo, une direction du ministère en charge des Travaux publics.
Du terrain aux classes : l’immense héritage de l’icône de Sainte Rita
Avec l’autorisation du ministre des Sports d’alors, feu François Kouyami, il entame dès 1970 une nouvelle carrière professionnelle en dispensant des cours d’Éducation Physique et Sportive (EPS) dans plusieurs établissements de Cotonou : CEG Gbégamey, Collège Notre-Dame des Apôtres, Collège Père Aupiais, Lycée technique Coulibaly et Collège Polytechnique Universitaire (CPU).
En 1994, Charles Ana fait valoir ses droits à la retraite au Collège d’Enseignement Général Sainte Rita, laissant derrière lui des générations d’élèves formés à la discipline, à l’effort et à l’excellence.
Pour votre gouverne
Fils de Ekoué Anani Ana et de la princesse de Bantè, Lazarine Allagbé Laourou, l’ex-international béninois est né à Zongo, à Cotonou.
Surnommé par certains « l’Araignée noire », en référence à la légende soviétique Lev Yachine, considéré comme l’un des plus grands gardiens de but de l’histoire du football, Charles Ana a découvert le football grâce à son père, émigré ghanéen installé au Dahomey.
Filleul de Gratien Vieyra, géniteur de l’ex-première dame et feue députée Rosine Soglo, il est issu d’une lignée marquée par l’engagement et le travail. Son père était technicien mécanicien au Réseau Dahomey-Niger (RDN), devenu plus tard l’Organisation Commune Bénin-Niger (OCBN).
L’épopée de 1964 : le héros de Tunis
Pendant près de quinze ans, il a porté le maillot de l’équipe nationale avec une ferveur inégalée. Les anciens se souviennent avec émotion des éliminatoires de la Coupe du Monde 1966.
En 1964, face à la redoutable Tunisie, Charles Ana fut l’artisan d’une résistance héroïque. Après trois matchs nuls mémorables, le sort — et certains diront une main injuste — élimina le Dahomey lors d’un tirage au sort resté en travers des mémoires.
Ce jour-là, il n’avait pas seulement défendu ses cages : il avait défendu l’honneur d’une nation.
Il rejoint aujourd’hui au panthéon du football ses illustres frères d’armes : Coffi Firmin dit « Bizoritaire », Koffi Hounnou dit « Koffi la tête », Nourou Bello, les frères Govou, Félix Mattey, Jean Hodonou, Arthur Bocco, Gomez Xavier, Soubérou Raïmi, Pendra Kanani, Pascal Agbodjalou, Abel Agbégninnou, Benjamin Contayon ou encore Germain Kpokpo Ola…
Un héritage à immortaliser
Malade depuis quelque temps, le « Grand Charles » a mené son dernier combat avec la dignité qui le caractérisait. Aujourd’hui, c’est toute la famille du football béninois qui est en deuil.
Au-delà de la tristesse, l’heure est à la reconnaissance
Alors que le Bénin se dote d’infrastructures sportives modernes, une question s’impose : comment immortaliser ce nom qui a fait vibrer les foules pendant plusieurs décennies ?
Qu’il s’agisse d’un stade ou d’une avenue, la mémoire de Charles Ana mérite de rester gravée dans le marbre de notre République.
En signe de respect pour cet immense champion, une minute de silence est espérée sur tous les terrains du pays lors des prochaines rencontres.
Paix à ton âme, Champion.
Ton envol est définitif, mais ta légende, elle, ne mourra jamais.
CMM
Hommage à Charles ANA : le départ d’un géant, le vol final de « l’Araignée Noire »
Administrateur Général Adjoint de Cloche media monde