La tension entre le Pakistan et l’Afghanistan a franchi un seuil critique. Après une nuit d’affrontements armés le long de leur frontière commune, Islamabad affirme être désormais engagé dans une « guerre ouverte » contre le régime taliban qui contrôle Kaboul. Une déclaration aux accents graves qui pourrait redessiner l’équilibre sécuritaire de toute la région.
Une escalade militaire assumée
Selon des sources sécuritaires pakistanaises, l’armée a mené des opérations d’envergure incluant des frappes aériennes et terrestres visant des positions stratégiques, des centres de commandement et des dépôts d’armes attribués aux talibans le long de la frontière dite de la ligne Durand.
Des victimes auraient été enregistrées des deux côtés, bien qu’aucun bilan officiel n’ait été publié à ce stade. Les échanges de tirs, décrits comme intenses, ont ravivé une tension latente qui couvait depuis plusieurs mois.
Vendredi, le ministre pakistanais de la Défense a confirmé le changement de posture : le Pakistan ne parle plus d’« opérations ciblées » mais bien d’un engagement militaire assumé face à ce qu’il considère comme une menace directe à sa sécurité nationale.
Islamabad accuse : « exporter le terrorisme »
Le chef de la diplomatie pakistanaise a adopté un ton particulièrement ferme. Selon lui, la patience d’Islamabad est « à bout » face à ce qu’il décrit comme une stratégie d’exportation du terrorisme orchestrée depuis le territoire afghan.
Il accuse les autorités talibanes d’avoir rassemblé des combattants venus de plusieurs pays pour mener des actions déstabilisatrices contre le Pakistan. Plus grave encore, il affirme que l’Afghanistan serait devenu une « base arrière » pour des groupes hostiles aux intérêts pakistanais.

Ces accusations ne sont pas nouvelles. Depuis le retour des talibans au pouvoir en août 2021, les autorités pakistanaises dénoncent régulièrement l’utilisation du sol afghan par des groupes armés menant des attaques contre leurs forces de sécurité.
Une frontière historiquement explosive
La frontière de plus de 2 600 kilomètres séparant les deux pays a toujours été une ligne de fracture sensible. Contestée par Kaboul, la ligne Durand est devenue au fil des décennies un foyer de trafics, d’insurrections et de rivalités géopolitiques.
La reprise des affrontements menace une trêve déjà fragile et fait craindre une déstabilisation plus large de la région, notamment dans les zones tribales pakistanaises où l’armée lutte depuis des années contre divers groupes insurgés.
Risques régionaux et équilibres fragiles
Cette flambée de violence intervient dans un contexte géopolitique délicat. Le Pakistan, puissance nucléaire, cherche à maintenir sa stabilité interne alors que l’Afghanistan, isolé diplomatiquement, tente d’asseoir son autorité sous le régime taliban.
Une guerre ouverte entre les deux voisins pourrait : provoquer un afflux massif de réfugiés ; aggraver la crise humanitaire en Afghanistan ; attirer l’attention et l’implication indirecte d’autres puissances régionales. Pour l’heure, aucune médiation internationale majeure n’a été annoncée, mais les chancelleries observent la situation avec inquiétude.
Une rupture stratégique ?
La déclaration pakistanaise marque un tournant. En qualifiant officiellement la situation de « guerre ouverte », Islamabad envoie un signal fort, non seulement à Kaboul mais aussi à la communauté internationale.
Reste à savoir si cette rhétorique se traduira par une intensification durable des opérations militaires ou si une désescalade diplomatique pourra encore être envisagée.
Une chose est certaine : la frontière pakistano-afghane est redevenue l’un des points chauds les plus préoccupants du continent asiatique.
CMM