La menace des Houthis pourrait-elle devenir le nouveau catalyseur du rapprochement entre Israël et l’Arabie saoudite ? Alors que les tensions sécuritaires continuent de peser sur le Moyen-Orient, des contacts se multiplient entre Jérusalem et Riyad autour de la question du renseignement et de la protection du royaume face aux attaques des rebelles houthis du Yémen. Selon i24NEWS, cette coopération sécuritaire naissante pourrait également avoir des répercussions diplomatiques et donner un nouvel élan à l’élargissement des accords d’Abraham.
Riyad face à une nouvelle équation sécuritaire
Les derniers développements régionaux semblent pousser l’Arabie saoudite à réévaluer certains de ses choix stratégiques. C’est en tout cas l’analyse livrée à i24NEWS par un responsable sécuritaire israélien, selon lequel « les Saoudiens recalculent actuellement leur trajectoire ».
D’après cette source israélienne, les intérêts communs entre Israël et l’Arabie saoudite apparaîtraient désormais plus clairement, notamment face à la menace représentée par les Houthis.
Le mouvement houthi, soutenu par l’Iran, dispose de capacités lui permettant de mener des attaques à longue distance contre des cibles dans la région. Pour Riyad, qui partage une longue frontière avec le Yémen, la question de la sécurité demeure donc particulièrement sensible.
Dans ce contexte, la coopération en matière de renseignement pourrait constituer un terrain de convergence entre les deux pays, malgré l’absence de relations diplomatiques officielles.
Des échanges par l’intermédiaire du CENTCOM
Selon un diplomate régional cité par i24NEWS, Israël et l’Arabie saoudite seraient actuellement en contact par l’intermédiaire du Commandement central américain (CENTCOM) afin de permettre à Riyad de bénéficier d’une assistance en matière de renseignement face aux Houthis.
Cette médiation américaine donne une dimension supplémentaire à ces échanges. Washington reste en effet un acteur central du dispositif sécuritaire au Moyen-Orient et entretient des relations étroites avec Israël comme avec l’Arabie saoudite.
Le commandant du CENTCOM, Brad Cooper, s’est d’ailleurs récemment rendu en Arabie saoudite, où il a rencontré le prince héritier Mohammed ben Salmane ainsi que plusieurs hauts responsables saoudiens. Une source au fait des discussions a indiqué à i24NEWS que les échanges s’étaient bien déroulés.
Israël cherche à convaincre Riyad
Pour le responsable sécuritaire israélien cité par i24NEWS, la situation actuelle représente une opportunité pour Israël de démontrer à Riyad l’intérêt d’une coopération directe dans le domaine de la sécurité.
Il met notamment en cause l’efficacité de l’alliance de défense portée par le président turc Recep Tayyip Erdogan, estimant que les récents événements régionaux en auraient révélé les limites. Cette appréciation constitue toutefois la position de ce responsable israélien et non un constat indépendant établi par i24NEWS.
Son message à l’adresse des Saoudiens est explicite : déterminer quels partenaires sont réellement capables de contribuer à leur sécurité dans une période de fortes tensions régionales. Cette logique pourrait ainsi transformer une coopération ponctuelle face à une menace commune en un rapprochement stratégique plus large.
Les accords d’Abraham en ligne de mire
Au-delà du renseignement et de la sécurité, c’est donc la question de la normalisation entre Israël et les pays arabes qui pourrait revenir au premier plan. Les accords d’Abraham, conclus à partir de 2020 sous l’impulsion américaine, ont permis à Israël d’établir ou de formaliser des relations avec plusieurs pays arabes, notamment les Émirats arabes unis et Bahreïn.
L’Arabie saoudite, puissance majeure du monde arabe et acteur incontournable du Golfe, n’a jusqu’à présent pas rejoint officiellement ce processus de normalisation. La coopération sécuritaire autour de la menace houthie pourrait cependant créer un nouvel espace de dialogue. Selon le responsable israélien cité par i24NEWS, le rapprochement actuel pourrait « rouvrir la voie à un élargissement des accords d’Abraham ».
La question palestinienne reste déterminante
Toutefois, une éventuelle évolution des relations entre Riyad et Jérusalem ne saurait être réduite à la seule dimension sécuritaire. La question israélo-palestinienne demeure un élément important de la position saoudienne. Le responsable israélien cité par i24NEWS estime que le rapprochement sécuritaire pourrait également avoir une influence sur la manière dont Riyad envisage le conflit israélo-palestinien.
Cette dimension constitue un enjeu majeur pour toute perspective de normalisation. L’Arabie saoudite doit en effet composer avec ses intérêts stratégiques, ses relations avec les États-Unis, son rôle dans le monde arabe et musulman et sa position sur la question palestinienne.
Un rapprochement aux conséquences régionales
La coopération entre Israël et l’Arabie saoudite face aux Houthis pourrait ainsi dépasser largement le cadre du conflit yéménite.
Si les échanges sécuritaires se consolident, ils pourraient contribuer à créer davantage de confiance entre les deux pays. Une telle évolution serait susceptible d’avoir des répercussions sur l’équilibre stratégique du Golfe, les relations avec l’Iran, le rôle des États-Unis dans la région et l’avenir des accords d’Abraham.
Pour l’heure, il convient toutefois de distinguer les contacts sécuritaires rapportés par i24NEWS d’une éventuelle décision politique de normalisation. Aucun nouvel accord diplomatique entre Israël et l’Arabie saoudite n’est annoncé dans l’article.
Une chose apparaît néanmoins clairement : la menace houthie crée un intérêt sécuritaire commun entre deux puissances qui, malgré leurs divergences et l’absence de relations diplomatiques officielles, pourraient être amenées à approfondir leur dialogue.
De la lutte contre les Houthis à une éventuelle recomposition diplomatique du Moyen-Orient, la coopération sécuritaire entre Riyad et Jérusalem pourrait donc devenir l’un des dossiers les plus suivis de la diplomatie régionale.
La rédaction
Israël–Arabie Saoudite : face aux Houthis, un rapprochement sécuritaire qui pourrait rebattre les cartes au Moyen-Orient
Administrateur Général Adjoint de Cloche media monde