Le président français Emmanuel Macron entame une tournée diplomatique de quatre jours en Afrique avec une ambition clairement affichée : ouvrir un nouveau chapitre entre la France et un continent où l’influence de Paris s’est considérablement effritée ces dernières années. De l’Égypte au Kenya, en passant par l’Éthiopie, cette offensive diplomatique apparaît comme une opération stratégique de reconquête politique, économique et géopolitique.
À travers cette visite à haute portée symbolique, l’Élysée tente surtout de réparer une relation profondément fragilisée par les crises successives au Sahel, les coups d’État militaires et la montée d’un sentiment anti-français qui a fortement secoué les anciennes zones d’influence de Paris en Afrique de l’Ouest.
Une France fragilisée après le séisme sahélien
Jamais depuis plusieurs décennies la présence française en Afrique n’avait été aussi contestée. Le retrait progressif des forces françaises du Mali, du Burkina Faso et du Niger a marqué un tournant brutal dans les relations entre Paris et plusieurs capitales africaines. Les autorités françaises ont vu leur influence militaire et diplomatique reculer face à une vague souverainiste alimentée par la défiance populaire, les discours anti-occidentaux et l’arrivée de nouveaux acteurs internationaux.
Dans plusieurs pays africains, la France est désormais accusée d’entretenir une relation déséquilibrée héritée de l’époque coloniale. Cette remise en cause profonde a obligé l’exécutif français à revoir totalement sa stratégie africaine.
Conscient de cette perte de terrain, Emmanuel Macron tente désormais d’imposer une nouvelle approche fondée moins sur la présence militaire et davantage sur les partenariats économiques, les investissements, la coopération universitaire, la diplomatie climatique et les alliances multilatérales.
L’Égypte, pièce maîtresse des équilibres régionaux
Première étape de cette tournée : Alexandrie, en Égypte, où Emmanuel Macron doit rencontrer le président Abdel Fattah al-Sissi. Officiellement, la visite prévoit notamment l’inauguration du nouveau campus de l’Université Senghor, institution emblématique de la Francophonie africaine.
Mais derrière l’agenda culturel et universitaire se cache surtout une intense dimension géopolitique. Paris considère Le Caire comme un partenaire incontournable dans la gestion des crises régionales qui secouent actuellement le Moyen-Orient et la Corne de l’Afrique.
La guerre à Gaza, les tensions en mer Rouge, les attaques contre la navigation commerciale et les rivalités autour du détroit d’Ormuz inquiètent fortement les grandes puissances. La France cherche ainsi à promouvoir une « coalition maritime » regroupant des États non-belligérants afin de sécuriser les routes commerciales internationales devenues extrêmement sensibles.
Dans ce contexte explosif, l’Égypte apparaît comme un pivot diplomatique et militaire essentiel pour stabiliser la région.
Le Kenya, symbole d’une nouvelle stratégie française
Mais le cœur politique de cette tournée se situe au Kenya, où Emmanuel Macron prendra part au sommet « Africa Forward », un rendez-vous considéré comme hautement stratégique par la diplomatie française.
Le choix de Nairobi n’est pas anodin. Pour la première fois, un grand sommet Afrique-France se déroule dans un pays anglophone. Ce détail illustre la volonté de Paris de sortir de son traditionnel espace francophone afin de séduire une Afrique plus large, plus diversifiée et de plus en plus courtisée par les grandes puissances mondiales.
Car la compétition est désormais féroce sur le continent africain. La Chine multiplie les investissements massifs dans les infrastructures. La Russie étend son influence sécuritaire et politique. La Turquie renforce ses partenariats commerciaux et militaires, tandis que les pays du Golfe investissent dans les ports, l’énergie et l’agriculture.
Face à cette offensive internationale, la France tente de convaincre qu’elle reste un partenaire économique crédible capable d’accompagner la transformation industrielle, numérique et énergétique du continent.
L’Élysée insiste désormais sur un discours de « partenariat équilibré », cherchant à tourner la page des rapports paternalistes longtemps reprochés à Paris.
Addis-Abeba et le retour du multilatéralisme
Dernière étape de la tournée : Addis-Abeba, siège de l’Union africaine et centre diplomatique majeur du continent.
Dans la capitale éthiopienne, Emmanuel Macron veut réaffirmer l’engagement de la France en faveur de la paix, de la sécurité régionale et du dialogue multilatéral aux côtés des institutions africaines et des Nations unies.
Cette séquence diplomatique vise aussi à montrer que Paris souhaite désormais travailler davantage avec les organisations continentales africaines plutôt que d’agir seul comme par le passé.
L’Éthiopie représente également un terrain symbolique important dans un contexte de tensions persistantes dans la Corne de l’Afrique, région stratégique pour le commerce mondial et les équilibres sécuritaires internationaux.
Une tournée aux allures de test diplomatique
Au-delà des discours officiels, cette tournée africaine ressemble à un véritable test pour Emmanuel Macron. Le président français joue une partie importante de sa crédibilité internationale sur un continent devenu central dans les nouvelles batailles géopolitiques mondiales.
Entre ambitions économiques, enjeux sécuritaires, rivalités internationales et volonté de restaurer une image fortement dégradée, Paris cherche désormais à convaincre qu’une nouvelle relation avec l’Afrique est possible.
Reste à savoir si ce changement de ton suffira à effacer des années de méfiance, de tensions politiques et de fractures historiques qui continuent de peser lourdement sur les relations entre la France et une grande partie du continent africain.
RCMM
De la Méditerranée à la Corne de l’Afrique : Emmanuel Macron à la reconquête d’un continent qui échappe à Paris
Administrateur Général Adjoint de Cloche media monde