Le nouvel ordre de préséance en République du Bénin continue d’alimenter débats et interrogations. Au cœur des discussions : la place désormais accordée au président du Sénat, positionné devant celui de l’Assemblée nationale. Une hiérarchie qui rompt avec les habitudes institutionnelles et que le constitutionnaliste Gilles Badet s’est employé à expliquer sur Canal 3.
Une réforme voulue par l’exécutif
Pris par le président Patrice Talon, le décret n°2026-107 du 11 mars 2026 redéfinit en profondeur l’ordre protocolaire, abrogeant celui de 2006. Cette réforme vise à adapter la hiérarchie des autorités à la nouvelle architecture institutionnelle du pays, marquée notamment par l’instauration du Sénat.
La principale innovation réside dans le reclassement du président de cette nouvelle chambre au cinquième rang, juste devant le président de l’Assemblée nationale. Une évolution qui a surpris une partie de l’opinion, tant elle bouleverse la perception traditionnelle des équilibres institutionnels.
La logique des démocraties bicamérales
Pour Gilles Badet, cette hiérarchisation n’a rien d’exceptionnel. Elle s’inscrit dans une logique propre aux systèmes parlementaires bicaméraux. « Le Sénat est la chambre haute, tandis que l’Assemblée nationale est la chambre basse. Dans de nombreuses démocraties, le président de la chambre haute prime sur celui de la chambre basse », explique-t-il.
Mais au-delà de cette distinction classique, le juriste met en avant un autre critère : celui de la légitimité électorale cumulée. Le Sénat béninois regroupe en effet des personnalités ayant déjà occupé de hautes fonctions, notamment d’anciens chefs d’État ou présidents d’institutions.
Le poids des anciens dirigeants
Cette concentration d’expériences et de légitimités confère, selon lui, un poids institutionnel supérieur à la chambre haute dans le cadre protocolaire. Une analyse qui se comprend à la lumière de figures politiques majeures telles que Nicéphore Soglo, Thomas Boni Yayi ou encore Patrice Talon, dont le classement respecte l’ordre chronologique d’accession au pouvoir.
Le décret introduit ainsi une hiérarchisation fondée sur l’ancienneté, présentée comme un gage d’équité et de reconnaissance du parcours institutionnel des anciens dirigeants.
Une primauté strictement protocolaire
Toutefois, Gilles Badet tient à nuancer la portée de cette réforme. La primauté du président du Sénat ne s’exerce que dans des contextes bien précis, notamment lors des cérémonies où la chambre haute est représentée en tant qu’institution. En dehors de ces situations, le président de l’Assemblée nationale conserve son rang habituel dans l’ordre institutionnel.
Le texte introduit également d’autres subtilités, notamment la préséance ponctuelle des présidents des juridictions suprêmes sur certains ministres. Une disposition justifiée par leur rôle de contrôle. Ainsi, la Cour des comptes peut précéder le ministre des finances lors d’événements officiels, tandis que la Cour suprême peut primer sur le ministre de la justice.
Une hiérarchie pour éviter les frictions
Autre principe fondamental : les rangs ne se délèguent pas. Un représentant ne peut prétendre au rang de l’autorité qu’il remplace, sauf lorsqu’il s’agit du chef de l’État. Toute personne mandatée pour représenter le président de la République bénéficie alors automatiquement de la première place, en raison du statut de première autorité de l’État.
Au final, cette réforme vise avant tout à clarifier l’organisation des cérémonies officielles et à prévenir les tensions protocolaires. En fixant une hiérarchie précise et cohérente, le décret entend adapter les usages aux mutations institutionnelles du Bénin, tout en s’alignant sur les standards observés dans les démocraties modernes.
Derrière la controverse, une réalité s’impose : l’ordre protocolaire, souvent perçu comme symbolique, demeure un marqueur essentiel de l’équilibre et de la reconnaissance entre les institutions de la République.
RCMM
Bénin : le Sénat s’impose dans l’ordre protocolaire — les éclairages de Gilles Badet sur une réforme qui bouscule les habitudes
Administrateur Général Adjoint de Cloche media monde