Réunis à Natitingou dans le cadre de leur 79ᵉ session plénière ordinaire, les évêques membres de la Conférence épiscopale du Bénin (CEB) ont dressé un tableau préoccupant de plusieurs réalités sociales qui fragilisent la cohésion nationale. Pauvreté, mendicité, criminalité, violences sexuelles, consommation de drogue et menaces terroristes figurent parmi les phénomènes dénoncés par les prélats. Au-delà de cette interpellation, ils invitent le gouvernement à favoriser le dégel de certaines situations politiques et plaident pour une justice davantage respectueuse de la dignité humaine.
La Conférence épiscopale du Bénin (CEB) hausse le ton face aux difficultés sociales et aux tensions qui préoccupent les populations béninoises. À l’issue de sa 79ᵉ session plénière ordinaire, tenue du 25 au 28 octobre 2026 au Centre pastoral Mgr Nicolas Okioh de Natitingou, dans le nord-ouest du pays, l’épiscopat béninois a lancé un appel à la responsabilité collective pour préserver la paix sociale et garantir un avenir meilleur à la nation.
Ouverte le dimanche 25 octobre par une célébration eucharistique présidée par Mgr Roger Houngbédji, archevêque de Cotonou et président de la Conférence épiscopale du Bénin, cette rencontre statutaire s’est achevée le mercredi 28 octobre par un point de presse animé par Mgr Eugène Cyrille Houndékon, évêque d’Abomey et président de la Commission épiscopale pour les communications sociales. Dans leur communiqué final, les évêques ont livré leurs réflexions sur les enjeux sociaux, politiques et judiciaires du moment, tout en dévoilant plusieurs orientations pour la vie de l’Église catholique au Bénin.
Pauvreté, criminalité et violences : des fléaux qui inquiètent l’Église
Au cœur des préoccupations exprimées par les prélats figure la dégradation de certaines conditions de vie et la multiplication de comportements qui mettent à rude épreuve la cohésion sociale. Les évêques dénoncent notamment les nouvelles formes de mendicité, la pauvreté persistante, les actes de vol, parfois à main armée, les cas de viols, les abus multiformes sur les mineurs, la consommation de drogue ainsi que les menaces terroristes.
Pour la Conférence épiscopale, ces phénomènes ne doivent pas être considérés comme de simples faits divers ou des problèmes isolés. Ils constituent plutôt les manifestations de difficultés profondes auxquelles sont confrontées certaines catégories de la population, notamment dans la satisfaction de leurs besoins essentiels. « Ces diverses formes de misère traduisent les énormes difficultés qu’éprouvent certaines couches de la population béninoise à satisfaire leurs besoins vitaux », soulignent les évêques.
Face à cette situation, l’Église catholique appelle les pouvoirs publics et l’ensemble des acteurs sociaux à intensifier leurs efforts pour améliorer les conditions d’existence des populations. L’enjeu, selon les prélats, est de mettre en place un environnement social et économique susceptible de réduire les facteurs de vulnérabilité, de prévenir les dérives et de protéger les citoyens, particulièrement les personnes les plus exposées.
Cet appel constitue également une invitation à ne pas limiter la réponse aux phénomènes de criminalité à la seule répression. La lutte contre la pauvreté, l’exclusion, la précarité et le manque de perspectives pour certaines couches sociales apparaît comme une dimension essentielle de la préservation de la paix.
Pour une justice plus humaine et respectueuse des droits fondamentaux
L’autre sujet majeur abordé par les évêques concerne le fonctionnement de la justice. Tout en reconnaissant la nécessité de combattre les infractions et de garantir la sécurité des citoyens, ils souhaitent que des mesures concrètes soient prises pour humaniser davantage l’institution judiciaire.
Cette recommandation intervient dans un contexte où les questions relatives à l’équilibre entre la fermeté pénale et le respect des libertés individuelles demeurent au centre des débats. La Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) avait notamment placé sa rentrée judiciaire du 12 octobre dernier sous le thème : « Concilier la fermeté nécessaire à la répression des infractions avec le respect de la dignité humaine et des droits fondamentaux ».
En mettant l’accent sur l’humanisation de la justice, les évêques rappellent ainsi l’importance de préserver la dignité de chaque personne, y compris dans le traitement des affaires pénales. Pour eux, la recherche de la sécurité et de l’ordre public ne saurait faire perdre de vue les exigences fondamentales de justice, d’équité et de respect de la personne humaine.
Les évêques invitent le gouvernement au dégel de certaines situations politiques
Sur le terrain politique, la Conférence épiscopale du Bénin adresse également un message au chef de l’État et à son gouvernement. Les prélats ont salué les nombreuses réformes engagées par l’exécutif au profit du bien-être des citoyens, tout en estimant que plusieurs préoccupations urgentes continuent de susciter des inquiétudes au sein de l’opinion publique. Sans remettre en cause les efforts consentis par les autorités, ils les invitent à « œuvrer davantage au dégel de certaines situations politiques ».
Cette interpellation intervient dans un climat marqué par des revendications relatives à la situation de certaines personnalités politiques, à la question des exilés et à la nécessité d’un dialogue national plus inclusif. Le président du parti d’opposition Les Démocrates, Nourénou Atchadé, élu à cette fonction le 11 octobre dernier, a notamment exprimé des attentes concernant la libération de personnes qu’il qualifie de détenus politiques, le retour des exilés pour des motifs politiques et l’ouverture d’un dialogue national.
En évoquant le dégel de certaines situations, les évêques semblent ainsi privilégier une démarche d’apaisement et de rapprochement entre les différentes sensibilités nationales. Leur message s’inscrit dans une logique de préservation de la cohésion sociale, dans laquelle le dialogue, la compréhension mutuelle et la recherche de solutions consensuelles occupent une place importante.
Cotonou accueillera un colloque international sur les religions traditionnelles africaines
Au-delà des préoccupations nationales, la 79ᵉ session plénière a également permis à la CEB de dévoiler plusieurs initiatives destinées à renforcer le dialogue interreligieux et la connaissance des traditions africaines.
Parmi les annonces majeures figure l’organisation, les 19 et 20 novembre 2026 à Cotonou, d’un colloque international consacré à la religion traditionnelle africaine. Cette rencontre scientifique s’inscrit dans le cadre de la commémoration du 40ᵉ anniversaire de la Journée mondiale de prière pour la paix, initiée par le pape Jean-Paul II à Assise, le 27 octobre 1986, avec la participation des représentants des grandes religions du monde.
Elle permettra également de revenir sur le 33ᵉ anniversaire de la rencontre historique de Jean-Paul II à Cotonou, en 1993, avec les responsables des religions endogènes et des cultes Vodun.
Pour Mgr Eugène Cyrille Houndékon, cette initiative répond à plusieurs enjeux fondamentaux, notamment les défis du dialogue interreligieux, de l’inculturation, du développement intégral de l’Afrique et de la valorisation des cultures africaines.
À travers ce colloque, l’Église catholique entend ainsi contribuer à une meilleure compréhension des traditions religieuses africaines et promouvoir des relations fondées sur le respect, la connaissance réciproque et la coexistence pacifique entre les différentes confessions.
Le Synode sur la synodalité entre dans sa phase de mise en œuvre
Sur le plan pastoral, les évêques ont également consacré une partie importante de leurs travaux à la mise en œuvre du Synode sur la synodalité. La première étape de ce processus est désormais engagée, avec la programmation d’actions concrètes dans les différents diocèses du Bénin.
Cette démarche vise à renforcer la participation des fidèles à la vie de l’Église, à promouvoir l’écoute, la coresponsabilité et la communion entre les différentes composantes du peuple de Dieu.
Les prélats ont par ailleurs rendu un hommage appuyé aux missionnaires qui, venus d’autres horizons et souvent au prix de nombreux sacrifices, ont contribué à l’implantation et à la diffusion de l’Évangile sur la terre béninoise.
Cet hommage a notamment marqué la célébration nationale du centenaire de la Journée mondiale des missions, organisée le 25 octobre à Djougou. À cette occasion, les évêques ont exhorté chaque chrétien à devenir davantage missionnaire, non seulement par la parole, mais surtout par la qualité de son témoignage et de son comportement dans la société.
Dans la même dynamique, la préparation de la VIᵉ Assemblée générale des évêques des Conférences épiscopales réunies d’Afrique de l’Ouest (CERAO), prévue au Bénin en 2028, a été officiellement engagée.
La Bible en Gungbé bientôt présentée officiellement
L’accès aux Saintes Écritures dans les langues nationales constitue également l’une des préoccupations pastorales de la Conférence épiscopale. À cet effet, les évêques encouragent les fidèles à se procurer la Bible traduite en Gungbé, une langue parlée dans le sud du Bénin, à la lire et à la méditer régulièrement. La présentation officielle de cette traduction est annoncée pour le 28 novembre 2026, à l’initiative de l’Alliance biblique du Bénin.
Cette démarche représente une étape importante dans la promotion de l’accès à la Parole de Dieu dans les langues locales. Elle participe également à l’effort d’inculturation de la foi chrétienne, en rapprochant davantage le message biblique des réalités linguistiques et culturelles des communautés.
Mgr Roger Houngbédji reconduit à la tête de la CEB
Enfin, la 79ᵉ session plénière ordinaire a été marquée par le renouvellement du Conseil permanent de la Conférence épiscopale du Bénin. À l’issue de cette réorganisation, Mgr Roger Houngbédji conserve la présidence de l’institution, tandis que Mgr Aristide Gonsallo est reconduit au poste de vice-président. Mgr François Gnonhossou demeure conseiller et Mgr Bernard de Clairvaux Toha conserve ses fonctions de secrétaire général du Conseil permanent.
Au terme de cette session de Natitingou, les évêques béninois ont ainsi décliné une double ambition : contribuer à l’apaisement de la société et poursuivre le renouvellement de la mission de l’Église. Leur message dépasse le seul cadre religieux. En alertant sur les souffrances sociales, en plaidant pour une justice plus humaine et en invitant les autorités à favoriser le dégel politique, la CEB rappelle que la paix durable repose aussi sur la justice, la solidarité, le dialogue et le respect de la dignité humaine.
La rédaction
Paix sociale, justice et climat politique : les évêques du Bénin interpellent le gouvernement sur les urgences nationales
Administrateur Général Adjoint de Cloche media monde