Diplomatie internationale : la Colombie tourne le dos au groupe de la Haye et accélère son rapprochement avec Israël

En se retirant du Groupe de La Haye, dont elle était membre fondatrice et coprésidente, la Colombie opère un spectaculaire changement de cap diplomatique. Cette décision, annoncée en octobre 2026, intervient dans un contexte de normalisation des relations avec Israël et d’ouverture d’une ambassade colombienne à Jérusalem. Un tournant majeur qui pourrait rebattre les cartes des alliances internationales autour du conflit israélo-palestinien.

La diplomatie colombienne connaît un revirement spectaculaire. Bogotá a officiellement annoncé son retrait du Groupe de La Haye, une coalition internationale créée en janvier 2025 pour coordonner des initiatives juridiques et diplomatiques visant à faire respecter le droit international dans le contexte de la guerre à Gaza et de la question palestinienne. La Colombie abandonne ainsi non seulement son statut de membre de cette organisation, mais également sa fonction de coprésidente.

Cette décision marque une rupture avec la ligne diplomatique défendue sous l’ancien président Gustavo Petro, particulièrement critique à l’égard du gouvernement israélien. Elle traduit désormais la volonté des nouvelles autorités colombiennes de renouer durablement avec Israël et de réorienter les priorités de leur politique étrangère.

Selon les autorités colombiennes, le pays ne souhaite plus participer à une coalition dont l’approche est considérée comme hostile à l’État hébreu. Le gouvernement estime que la diplomatie nationale doit privilégier le dialogue, les partenariats stratégiques et la recherche de solutions négociées plutôt que les initiatives visant à isoler un État sur la scène internationale.

Un retrait qui confirme le rapprochement avec Israël


Le départ de la Colombie du Groupe de La Haye ne constitue pas une décision isolée. Il s’inscrit dans une série d’initiatives qui témoignent d’une transformation profonde des relations entre Bogotá et Jérusalem.

Sous la présidence de Gustavo Petro, la Colombie avait rompu ses relations diplomatiques avec Israël en mai 2024, en réaction à la conduite de la guerre dans la bande de Gaza. Cette rupture avait illustré les profondes divergences entre les deux gouvernements sur la question palestinienne et sur la réponse militaire israélienne aux attaques du Hamas du 7 octobre 2023.

Le changement de pouvoir à Bogotá a toutefois ouvert une nouvelle séquence. Les autorités issues de la nouvelle administration ont fait de la normalisation avec Israël un axe important de leur politique extérieure. Le rétablissement des relations diplomatiques en août 2026 a ainsi préparé le terrain à une coopération renouvelée.

Le geste le plus symbolique est intervenu à la mi-octobre, avec l’inauguration de l’ambassade colombienne à Jérusalem, en présence du ministre colombien des Affaires étrangères, Omar Bula, et de son homologue israélien, Gideon Sa’ar. Cette cérémonie a matérialisé la volonté des deux pays de dépasser les tensions des années précédentes et de reconstruire une relation politique plus étroite.

Le Groupe de la Haye fragilisé par les départs successifs

Créé le 31 janvier 2025, le Groupe de La Haye rassemble des États désireux de coordonner des mesures diplomatiques et juridiques en réponse à la situation dans les territoires palestiniens. Ses membres entendent notamment soutenir l’application du droit international et les démarches engagées devant les juridictions internationales concernant les actions israéliennes à Gaza.

La Colombie comptait parmi les pays fondateurs de cette coalition, aux côtés notamment de l’Afrique du Sud, de la Bolivie, de Cuba, du Honduras, de la Malaisie, de la Namibie et du Sénégal. Son retrait représente donc un revers politique pour une initiative à laquelle Bogotá avait contribué dès ses débuts.

Le départ colombien s’ajoute à ceux de la Bolivie et du Honduras, signalant les difficultés de la coalition à maintenir une position commune face à l’évolution des orientations politiques nationales. Ces retraits soulèvent des interrogations sur la capacité du groupe à conserver son influence et à poursuivre ses initiatives dans un contexte international marqué par de profondes divisions.

Entre intérêts stratégiques et droit international

Pour les autorités colombiennes, le changement d’orientation vise à redéfinir les objectifs de la diplomatie nationale. Bogotá affirme vouloir maintenir son attachement au multilatéralisme, au droit international et au règlement pacifique des différends, tout en refusant de participer à des mécanismes qu’elle considère comme dirigés contre un pays particulier.

Ce positionnement met toutefois en évidence une question centrale : comment concilier le développement de relations bilatérales privilégiées avec Israël et la participation aux efforts internationaux visant à protéger les populations civiles et à garantir le respect du droit international ?

Le débat dépasse largement les relations entre la Colombie et Israël. Il renvoie à une interrogation qui traverse de nombreuses capitales : les États doivent-ils privilégier des alliances stratégiques et des intérêts économiques immédiats, ou maintenir une pression collective lorsque des violations présumées du droit international font l’objet de procédures judiciaires ?

Il importe, à cet égard, de distinguer les positions politiques des gouvernements des conclusions des juridictions compétentes. Le retrait de Bogotá d’une coalition ne règle pas, à lui seul, les différends juridiques relatifs à la guerre à Gaza, pas plus qu’il ne met fin aux obligations internationales des États concernés.

Un tournant diplomatique aux conséquences encore incertaines

Au-delà de la portée symbolique de ce retrait, la nouvelle orientation colombienne pourrait avoir des répercussions sur les équilibres diplomatiques autour du conflit israélo-palestinien. Le rapprochement entre Bogotá et Jérusalem ouvre des perspectives de coopération dans les domaines du commerce, de la sécurité et des technologies, mais risque également de susciter des critiques parmi les gouvernements et les organisations qui souhaitent maintenir une pression internationale sur Israël.

Pour Israël, le retour d’un partenaire latino-américain constitue un signal politique favorable, particulièrement dans une période où sa conduite de la guerre à Gaza demeure au centre de controverses internationales. Pour la Colombie, le défi sera de démontrer que ce repositionnement peut servir ses intérêts nationaux sans affaiblir sa crédibilité sur les questions de paix, de justice et de respect des règles internationales.

Une chose est certaine : en quittant le Groupe de La Haye, Bogotá tourne une page importante de sa politique étrangère. Reste à savoir si ce choix renforcera durablement son influence internationale ou s’il accentuera les divisions diplomatiques autour d’un conflit dont les conséquences continuent de dépasser largement les frontières du Moyen-Orient.

La rédaction

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Administrateur Général Adjoint de Cloche media monde