Portrait : Yassine Latoundji, l’artiste-financier qui veut redessiner l’avenir culturel du Bénin

Dans le premier gouvernement formé par le président Romuald Wadagni, certaines nominations ont immédiatement retenu l’attention par leur portée symbolique. Celle de Yassine Latoundji au ministère des Arts, de la Culture et du Patrimoine figure parmi les plus remarquées. Derrière ce choix se dessine le profil singulier d’un homme capable de naviguer entre deux univers souvent perçus comme opposés : la rigueur de la haute finance et la sensibilité de la création artistique.

À la fois technocrate aguerri et artiste-peintre reconnu, Yassine Latoundji incarne une nouvelle génération de décideurs pour qui la culture ne relève plus seulement du patrimoine à préserver, mais aussi d’un puissant levier économique, diplomatique et identitaire.

Le financier des grands dossiers

Avant de faire son entrée au gouvernement, Yassine Latoundji s’est imposé dans les milieux de la finance, de l’audit et du conseil stratégique. Avec plus de quinze années d’expérience professionnelle, il a notamment occupé les fonctions de Senior Manager au sein de KPMG, où il pilotait des dossiers de grands comptes et accompagnait des opérations stratégiques complexes.

Ce parcours dans la finance internationale lui a forgé une réputation de gestionnaire rigoureux, méthodique et rompu aux enjeux des grands financements. En 2023, ses compétences sont mises au service de l’État béninois lorsqu’il prend la tête de la Direction générale de la Coopération internationale au ministère de l’Économie et des Finances.

À ce poste stratégique, il contribue activement à la mobilisation des ressources destinées au financement des projets structurants du Programme d’Action du Gouvernement. Sous sa coordination, plus de 1 437 milliards de FCFA auraient été mobilisés entre 2024 et 2025, illustrant sa capacité à négocier avec les partenaires techniques et financiers internationaux et à défendre les ambitions de développement du Bénin.

L’artiste derrière le technocrate


Mais derrière les chiffres et les dossiers de financement se cache aussi un homme profondément attaché à l’art et à la création. Car Yassine Latoundji n’est pas seulement un financier ; il est également artiste-peintre et plasticien.

Diplômé de NEOMA Business School, il a su développer au fil des années un univers artistique personnel, où se mêlent esthétique contemporaine, identité africaine et réflexion sur le patrimoine culturel.

Ses œuvres ont voyagé au-delà des frontières béninoises et africaines, avec des expositions organisées notamment à Paris, New York et Mexico. À travers ses créations, il porte une vision moderne et vibrante de l’Afrique, tout en mettant en avant les mémoires, les symboles et les identités culturelles du continent.

Ce parcours artistique nourrit aujourd’hui sa vision de l’action publique. Chez lui, la culture ne semble pas être un simple domaine administratif, mais un espace vivant d’expression, d’innovation et de rayonnement.

Faire de la culture une puissance économique

L’arrivée de Yassine Latoundji à la tête du ministère des Arts, de la Culture et du Patrimoine intervient dans un contexte où le Bénin ambitionne de renforcer sa place sur la scène culturelle africaine et internationale.

Le nouveau ministre apparaît déjà porteur d’une vision articulée autour de deux grands axes : le financement des industries culturelles et créatives et le rayonnement international du patrimoine béninois.

L’objectif est de transformer le secteur culturel en véritable moteur de croissance économique et de création d’emplois. Cette approche marque une évolution importante : la culture n’est plus uniquement pensée comme un héritage à conserver, mais aussi comme une économie à structurer, à professionnaliser et à valoriser.

Cette dynamique pourrait ouvrir la voie à un meilleur accompagnement des artistes, à la modernisation des infrastructures culturelles et à l’émergence d’un écosystème créatif capable d’attirer investisseurs, partenaires internationaux et touristes culturels.

Un symbole pour une nouvelle génération

Au-delà de son parcours personnel, la nomination de Yassine Latoundji envoie un signal fort au monde culturel béninois. Elle traduit une volonté de rapprocher davantage la gouvernance publique des réalités de la création artistique et des enjeux économiques contemporains.

Avec cet artiste devenu ministre, le Bénin parie sur un profil hybride, capable de parler aussi bien le langage des créateurs que celui des investisseurs. Une figure qui symbolise peut-être l’émergence d’une nouvelle manière de penser la culture : non plus comme un simple secteur d’animation, mais comme une véritable puissance d’influence, d’innovation et de développement.

RCMM

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