Transparence, maîtrise des coûts, valorisation de la production locale et prise en compte des enjeux climatiques : la version 27.0 du Répertoire des Prix de Référence (RPR) marque une nouvelle étape dans la modernisation de la gestion des finances publiques au Bénin. Lancée officiellement ce vendredi 9 octobre 2026, cette vingtième édition compte désormais 10 043 articles, contre 9 009 dans l’édition précédente. Trois innovations majeures viennent renforcer cet outil stratégique, notamment la création d’un répertoire consacré aux produits de fabrication locale et l’extension de la collecte des prix à Parakou.

Le Bénin poursuit ses efforts de modernisation de la gestion des finances publiques. Le ministère de l’Économie et des Finances (MEF) a procédé, ce vendredi 9 octobre 2026, au lancement officiel de la 20ᵉ édition du Répertoire des Prix de Référence (RPR), version 27.0, à l’usage de l’administration publique. La cérémonie, organisée dans la salle de réunion de la Direction nationale du Contrôle (DNC), a réuni des responsables du ministère, des cadres techniques et des représentants des structures ayant contribué à l’élaboration de ce document de référence.
Placée sous le signe de l’amélioration continue de la qualité de la dépense publique, cette rencontre a permis de présenter les résultats des travaux d’élaboration de la nouvelle édition, de faire le point sur les évolutions du dispositif depuis sa création et de mettre en lumière les principales innovations introduites en 2026.
Au-delà d’un simple document recensant des prix, le RPR s’affirme comme un instrument d’aide à la décision, de planification budgétaire et de contrôle des dépenses de l’État. Son objectif est de permettre aux administrations publiques de disposer de références communes pour mieux estimer le coût de leurs besoins en biens et services, tout en renforçant la cohérence et la fiabilité des évaluations financières.
De 2 840 à 10 043 articles : vingt éditions d’évolution et de modernisation
Dans son allocution d’ouverture, le Directeur national adjoint du Contrôle, intervenant au nom du Directeur national, Iris A. Ahlan, a souhaité la bienvenue aux participants avant de rappeler le caractère particulier de cette vingtième édition.
Instauré en 2007 avec l’appui technique de l’Institut national de la statistique et de la démographie (INStaD), alors connu sous le nom d’INSAE, le Répertoire des Prix de Référence répondait à une difficulté concrète rencontrée par les services de contrôle financier : l’existence de prix différents pour un même bien au sein des ministères et institutions de l’État, ainsi que la difficulté d’apprécier objectivement les coûts proposés par les fournisseurs à l’administration.

À ses débuts, le répertoire recensait 2 840 articles répartis en 15 catégories. Près de deux décennies plus tard, il en compte 10 043, témoignant de l’élargissement progressif de son champ d’application et de l’adaptation de son contenu aux besoins des administrations.
Cette évolution ne se limite pas à l’augmentation du nombre de références. Elle s’est accompagnée d’une diversification des catégories de produits, d’une actualisation régulière des prix et d’une modernisation progressive des méthodes de collecte, de traitement et de diffusion des données.
Depuis 2013, une nouvelle architecture du répertoire, élaborée avec la contribution de plusieurs structures et personnes-ressources, est venue renforcer son organisation. Elle repose notamment sur l’arrimage de la nomenclature du RPR aux référentiels budgétaires, comptables et de gestion des matières de l’État. Cette évolution a permis de consolider la cohérence de l’outil avec les systèmes utilisés par l’administration publique.
La digitalisation, un tournant décisif
L’une des avancées majeures de ces dernières années reste la transformation numérique du dispositif. En 2023, le lancement de la plateforme e-Répertoire a marqué une étape importante dans la modernisation de l’accès aux informations et dans l’exploitation des références tarifaires.
Cette digitalisation a facilité la consultation du répertoire et ouvert de nouvelles perspectives pour son utilisation par les administrations. Elle a également été accompagnée par le développement de SYCOREF, un outil d’aide à l’évaluation financière des besoins.
Ces solutions contribuent à améliorer la disponibilité des données, à faciliter leur exploitation et à renforcer leur intégration dans les mécanismes de préparation et de suivi de la dépense publique.
La version 27.0 s’inscrit donc dans une dynamique déjà engagée, avec une ambition claire : rendre le RPR toujours plus pertinent, plus accessible et davantage adapté aux réalités économiques du pays.
10 043 articles recensés, soit une hausse de 11,5 %
Présentant les résultats des travaux d’élaboration de cette vingtième édition, Lawani M. LAWANI, ingénieur statisticien à l’INStaD et rapporteur du Comité technique d’élaboration du RPR, a détaillé la méthodologie suivie, les principaux résultats obtenus, les innovations introduites et les perspectives pour 2026-2027.
Les chiffres présentés traduisent une progression significative du contenu du répertoire. La version 27.0 recense désormais 10 043 articles, soit 1 034 références supplémentaires par rapport à la dix-neuvième édition, correspondant à une augmentation de 11,5 %.
Le répertoire conserve son architecture générale, organisée autour de 18 catégories classiques et de 7 catégories comptables, selon les résultats présentés au cours de la séance.
Cette augmentation du nombre d’articles traduit la volonté d’élargir progressivement la couverture des besoins de l’administration et de mieux prendre en compte la diversité des biens et services nécessaires au fonctionnement des services publics.
Pour parvenir à ces résultats, les équipes techniques ont suivi une démarche structurée en plusieurs étapes : préparation des documents techniques, stabilisation de la liste des articles, collecte des prix sur le terrain, traitement et apurement des données, puis mise en forme et publication du répertoire.
La collecte s’appuie également sur la collaboration avec certaines grandes surfaces et sur la mobilisation d’agents formés à cet effet. Cette démarche vise à disposer de données suffisamment fiables pour refléter les prix observés sur le marché.
Trois innovations majeures pour une meilleure efficacité
La vingtième édition du RPR se distingue particulièrement par trois avancées : la création d’un répertoire spécifique des produits fabriqués localement, l’intégration progressive de produits climato-résilients et l’extension de la collecte des prix à Parakou.
Les produits locaux désormais mieux valorisés
C’est l’une des innovations les plus importantes de cette version 27.0. Un répertoire spécifique consacré aux produits de fabrication locale a été constitué afin de mieux identifier l’offre nationale et de favoriser sa visibilité dans la commande publique.
Ce document dédié couvre huit catégories de produits locaux, notamment les produits céréaliers et leurs dérivés, les produits oléagineux, les boissons et eaux, les produits d’hygiène et d’entretien, les textiles et articles d’habillement, les instruments culturels et musicaux, les mobiliers scolaires et administratifs, ainsi que certains matériaux de construction et ouvrages artisanaux.
Parmi les exemples présentés figurent le gari, le fonio, le maïs, le soja, les huiles végétales, les jus de fruits locaux, les savons, les uniformes, les tables-bancs, les meubles fabriqués localement, les tam-tams, les flûtes, les pavés et les briques. À travers cette initiative, le ministère entend améliorer l’identification des produits fabriqués au Bénin et faciliter leur prise en compte dans les besoins des administrations.
Cette orientation ouvre des perspectives pour les entreprises locales, les artisans, les petites et moyennes entreprises ainsi que les unités de transformation agroalimentaire. Elle pourrait contribuer à rapprocher davantage la commande publique du tissu productif national.
Toutefois, la valorisation des produits locaux devra s’accompagner d’une attention constante à la qualité, à la conformité technique, à la disponibilité des produits et à la maîtrise des coûts. L’enjeu est de concilier la promotion de la production nationale avec les exigences de bonne gestion des ressources publiques.
Parakou entre dans le dispositif de collecte
Deuxième innovation importante : l’extension de la collecte des prix à la ville de Parakou. Jusqu’ici, la couverture géographique reposait notamment sur les observations réalisées dans le Grand-Nokoué. L’intégration de Parakou permet d’élargir le périmètre des relevés et de mieux prendre en compte les réalités commerciales d’une autre partie du territoire national.
Cette évolution est importante dans la mesure où les prix peuvent varier selon les zones géographiques, les circuits d’approvisionnement, les coûts de transport et les conditions de distribution. L’élargissement de la collecte devrait ainsi contribuer à une meilleure représentativité des prix observés au Bénin et à une appréciation plus équilibrée des coûts utilisés par les administrations.
Il s’agit d’une avancée qui pourrait être progressivement consolidée par l’identification de nouveaux points de vente et l’extension de la couverture à d’autres localités.
Les exigences climatiques progressivement intégrées
La troisième innovation porte sur la poursuite de l’intégration des produits climato-résilients, avec une attention particulière accordée aux véhicules électriques et hybrides. Cette orientation traduit la volonté de prendre davantage en compte les enjeux environnementaux et les besoins d’adaptation aux changements climatiques dans les choix d’équipement de l’administration.
Les travaux prévoient notamment de poursuivre les échanges avec les concessionnaires et les acteurs concernés afin d’améliorer la disponibilité des informations relatives à ces produits. L’intégration progressive de ces références pourrait contribuer à mieux documenter les choix d’acquisition des administrations, en tenant compte des caractéristiques techniques et des exigences environnementales.
Alain Ahounou mise sur une collaboration renforcée et des données fiables
Prenant la parole au cours de la cérémonie, le Directeur des Systèmes d’Information (DSI) du Ministère de l’Économie et des Finances, Alain Ahounou, a insisté sur la nécessité de renforcer le partenariat entre sa direction, la Direction nationale du Contrôle et le Comité technique d’élaboration du RPR.
Pour lui, l’amélioration de la qualité du répertoire passe notamment par la mise à disposition d’informations fiables, actualisées et directement issues du terrain. Cette collaboration entre les services techniques apparaît déterminante dans un contexte où la fiabilité des données conditionne la pertinence des estimations financières et l’efficacité des mécanismes de contrôle.
Le responsable des systèmes d’information a également évoqué l’intérêt de solliciter davantage l’intelligence artificielle pour renforcer la collecte et le traitement des informations. Le recours à ces technologies pourrait, à terme, faciliter certaines opérations de traitement, améliorer la détection d’incohérences et accélérer l’exploitation de volumes importants de données. Leur utilisation devra toutefois s’appuyer sur des données vérifiées, des procédures de validation rigoureuses et un contrôle humain garantissant la fiabilité des résultats.
L’objectif reste de faire du RPR un instrument évolutif, capable de s’adapter aux transformations du marché et aux exigences croissantes de la gestion publique.
Le Directeur de cabinet du ministre appelle à une appropriation effective du répertoire
Au nom du Directeur de cabinet, le Directeur national Adjoint du Contrôle a procédé au lancement officiel de cette vingtième édition. Dans son allocution, il a rappelé le rôle central du RPR dans les efforts du gouvernement visant à renforcer la transparence, à maîtriser les coûts et à améliorer l’efficacité de la dépense publique.
Selon lui, le répertoire constitue un instrument essentiel de planification, de programmation et de contrôle. En mettant à la disposition des administrations des intervalles de prix de référence pour l’acquisition des biens et services, il contribue à fiabiliser les prévisions budgétaires, à rationaliser les coûts de la commande publique et à favoriser une utilisation plus efficiente des ressources de l’État.
Le Directeur national Adjoint du Contrôle a salué le travail accompli par le Comité technique de coordination, les équipes de la Direction nationale du Contrôle et l’ensemble des structures ayant participé à l’élaboration de la nouvelle édition.
Il a particulièrement souligné la portée de la création du répertoire dédié aux produits de fabrication locale, qu’il considère comme une traduction de la volonté gouvernementale de mieux intégrer la production nationale dans la commande publique, dans le respect des exigences de qualité, de transparence et de maîtrise des coûts.
Mais au-delà de la conception de cet outil, le véritable défi réside désormais dans son appropriation par les acteurs concernés. Le représentant du Directeur de cabinet du MEF a ainsi invité les responsables des administrations publiques, les autorités contractantes et les autres intervenants de la chaîne de la dépense publique à faire un usage rigoureux de la nouvelle version, notamment dans le cadre de la préparation et de l’exécution du budget 2027. C’est sur cette invitation qu’il a officiellement déclaré lancée la vingtième édition du Répertoire des Prix de Référence, version 27.0.
Une feuille de route qui s’étend jusqu’en 2027
Les travaux présentés au cours de la cérémonie ne marquent pas la fin du processus d’amélioration du RPR. Une feuille de route prévoit plusieurs mises à jour successives entre le dernier trimestre de 2026 et le deuxième trimestre de 2027. La version V27.1, prévue au quatrième trimestre 2026, doit notamment contribuer à la vulgarisation et à la diffusion de la vingtième édition aux niveaux national et départemental.
La version V27.2, attendue au premier trimestre 2027, prévoit la poursuite de l’identification et de l’intégration des produits fabriqués localement dans le répertoire dédié. La version V27.3, programmée pour le deuxième trimestre 2027, doit notamment permettre de poursuivre la catégorisation des produits locaux selon leur origine et d’autres typologies pertinentes.
Cette feuille de route traduit une volonté de ne pas figer le répertoire dans une version définitive, mais de le faire évoluer au rythme des besoins de l’administration, des réalités économiques et des progrès technologiques.
Les mises à jour périodiques, la poursuite de l’homologation en ligne et l’accompagnement des entreprises publiques figurent également parmi les chantiers évoqués dans le bilan des engagements de la dix-neuvième édition.
Le véritable enjeu : transformer la référence tarifaire en levier de bonne gouvernance
Le lancement de la vingtième édition du Répertoire des Prix de Référence constitue une étape importante dans la modernisation de la gestion des finances publiques au Bénin. Avec 10 043 articles recensés, une couverture géographique élargie et un répertoire spécifique dédié aux produits locaux, le dispositif affiche une ambition renforcée.
Pour autant, les résultats attendus dépendront de plusieurs conditions : l’actualisation régulière des prix, la fiabilité des informations collectées, l’accessibilité des plateformes numériques, la formation des utilisateurs et l’application effective des références dans les procédures de préparation et de contrôle des dépenses.

Il conviendra également de veiller à ce que les prix de référence soient utilisés en tenant compte des caractéristiques des biens et services, des conditions de livraison, de la localisation des fournisseurs et des évolutions du marché. Un prix de référence constitue un repère d’appréciation ; son utilisation doit rester compatible avec les règles applicables à la commande publique et les spécificités de chaque acquisition.
Dans un contexte où la bonne gestion des ressources publiques demeure une exigence majeure, le RPR est appelé à jouer un rôle déterminant dans la recherche d’une dépense mieux planifiée, mieux évaluée et plus transparente.
La valorisation des produits fabriqués au Bénin ajoute à cette ambition une dimension économique : celle de favoriser une meilleure connaissance de l’offre nationale et de renforcer les possibilités de participation des producteurs locaux à la commande publique.
Vingt éditions après sa création, le Répertoire des Prix de Référence poursuit ainsi sa transformation. Le défi n’est plus seulement d’accroître le nombre d’articles recensés, mais de garantir que cet outil soit effectivement utilisé pour améliorer la qualité de la dépense publique, renforcer la transparence financière et soutenir, dans des conditions rigoureuses, le développement de la production nationale.
La rédaction