Énergie : la Russie veut conquérir le marché africain de l’électricité avec ses centrales nucléaires flottantes

Moscou affiche ses ambitions énergétiques sur le continent africain. À travers Rosatom, l’agence russe de l’énergie nucléaire, le Kremlin envisage de fournir de l’électricité à plusieurs pays africains grâce à des centrales nucléaires flottantes présentées comme une solution économique et adaptée aux régions côtières. L’Égypte, la Tanzanie, le Togo et la Namibie seraient déjà engagés dans des discussions autour de projets concrets. Une initiative qui pourrait ouvrir une nouvelle étape dans la coopération énergétique entre la Russie et l’Afrique, mais qui soulève également des enjeux économiques, technologiques et environnementaux.

La Russie entend prendre une place plus importante dans le secteur énergétique africain. Alors que de nombreux pays du continent sont confrontés à des difficultés persistantes d’approvisionnement en électricité, Moscou propose une technologie encore peu répandue dans le monde : les centrales nucléaires flottantes. Cette solution, portée par le géant russe Rosatom, pourrait permettre de produire de l’électricité directement à proximité des zones côtières et de certaines installations industrielles.

L’annonce a été faite par Alexeï Likhatchev, directeur général de Rosatom, à l’issue du troisième sommet Russie-Afrique organisé à Moscou. Selon le responsable russe, des discussions portant sur des projets concrets sont actuellement en cours avec quatre pays africains : l’Égypte, la Tanzanie, le Togo et la Namibie.

« La demande est très grande », a-t-il affirmé devant la presse, précisant que neuf pays africains avaient déjà manifesté un intérêt marqué pour cette technologie. Une déclaration qui témoigne de l’intérêt croissant de Moscou pour les besoins énergétiques du continent, mais aussi de sa volonté de faire de l’Afrique un marché stratégique pour son industrie nucléaire.

Des centrales nucléaires installées sur des navires

Le principe des centrales nucléaires flottantes repose sur l’installation de réacteurs nucléaires à bord de plateformes maritimes spécialement conçues à cet effet. Ces installations peuvent être amarrées dans des ports ou à proximité des zones côtières afin de produire de l’électricité destinée aux réseaux terrestres.

La Russie est actuellement le seul pays à exploiter une centrale nucléaire flottante opérationnelle. Baptisée Akademik Lomonossov, cette installation est en service depuis 2020 dans la région reculée de Tchoukotka, dans l’Extrême-Orient russe. Elle permet notamment d’alimenter en électricité et en chaleur des territoires difficiles d’accès.

Fort de cette expérience, Moscou ambitionne désormais de développer une véritable flotte de centrales nucléaires flottantes. L’objectif est de répondre aux besoins énergétiques de régions isolées, de zones industrielles et de territoires dont le raccordement aux infrastructures électriques classiques représente un investissement particulièrement important.

Pour les autorités russes, cette technologie pourrait également constituer une réponse aux difficultés d’approvisionnement rencontrées par plusieurs économies africaines.

Le togo parmi les pays concernés

La présence du Togo dans la liste des quatre pays avec lesquels Rosatom affirme discuter de projets concrets mérite une attention particulière. Elle témoigne de l’intérêt que suscite cette proposition russe en Afrique de l’Ouest.

Avec sa façade maritime sur le golfe de Guinée, le Togo dispose d’une position géographique qui pourrait, en théorie, favoriser l’étude d’une installation flottante. Une telle infrastructure pourrait contribuer à renforcer les capacités nationales de production électrique, sous réserve d’études techniques, économiques, environnementales et de sûreté approfondies.

Pour les pays africains confrontés à une demande croissante en énergie, l’enjeu est considérable. L’électricité demeure un facteur déterminant pour le développement industriel, la transformation des matières premières, la modernisation des infrastructures, la création d’emplois et l’amélioration des conditions de vie des populations.

Cependant, l’annonce de discussions ne signifie pas qu’un accord définitif a été signé ni qu’une centrale sera prochainement installée au Togo ou dans les autres pays concernés. Les modalités de financement, les capacités de production, les conditions d’exploitation et les mécanismes de raccordement aux réseaux nationaux restent à préciser.

Des tarifs abordables, selon les ambitions russes

Pour convaincre ses partenaires africains, Rosatom met particulièrement en avant la question du coût de l’électricité. Alexeï Likhatchev estime que plusieurs économies africaines paient actuellement leur énergie à des prix relativement élevés, alors même que leurs capacités financières demeurent limitées. « La spécificité de plusieurs économies africaines est qu’il y a des pays qui payent en ce moment un prix assez élevé pour l’électricité, sans être vraiment à l’aise financièrement », a expliqué le responsable russe.

Il affirme que les centrales nucléaires flottantes pourraient permettre de fournir de l’électricité à des conditions économiques intéressantes, avec une moindre exposition aux fluctuations de certains facteurs extérieurs susceptibles d’influencer les prix de l’énergie.

Le dirigeant de Rosatom souligne également que 38 des 54 pays africains disposent d’un accès à la mer. Cette configuration géographique constitue, selon lui, un avantage pour envisager le déploiement de ce type d’installation sur le continent.

Toutefois, la compétitivité réelle de cette solution devra être appréciée à partir des coûts globaux. Au-delà de la construction ou de la mise à disposition des centrales, il faudra notamment prendre en compte le financement, l’exploitation, la maintenance, la gestion du combustible nucléaire, la sécurité maritime et le traitement des déchets radioactifs.

Uranium en namibie et lithium au mali : la russie élargit ses ambitions

Au-delà de l’électricité, les déclarations du patron de Rosatom révèlent l’intérêt de la Russie pour les ressources minières stratégiques africaines.

Alexeï Likhatchev a notamment évoqué le lancement d’un projet d’exploitation d’un gisement d’uranium en Namibie. Cette ressource est essentielle à l’industrie nucléaire, puisqu’elle constitue la matière première utilisée dans la fabrication du combustible destiné aux réacteurs.

Il a également mentionné un projet concernant un gisement de lithium au Mali, dont les réserves seraient estimées, selon ses déclarations, à plus de 4 000 tonnes.

Ces différentes initiatives montrent que la coopération recherchée par Moscou ne se limite pas à la fourniture d’électricité. Elle pourrait englober plusieurs segments de la chaîne énergétique et minière : exploration, exploitation des ressources, production électrique, transfert de technologies et développement d’infrastructures.

Pour les pays africains concernés, la question sera de déterminer dans quelle mesure ces partenariats peuvent favoriser la valorisation locale des ressources, le développement des compétences nationales et la création d’emplois qualifiés.

Une nouvelle dimension de la présence russe en afrique

Cette offensive énergétique intervient dans un contexte de repositionnement diplomatique et économique de la Russie sur le continent africain. Depuis plusieurs années, Moscou multiplie les initiatives visant à renforcer ses relations avec les États africains, notamment dans les domaines de la défense, des mines, de l’énergie, de la formation et des infrastructures.

Dans un environnement international marqué par les tensions entre la Russie et les puissances occidentales, l’Afrique représente un espace important de coopération et de développement de nouveaux partenariats économiques.

Le nucléaire civil apparaît ainsi comme un instrument supplémentaire de cette stratégie. En proposant des solutions énergétiques présentées comme adaptées aux besoins des pays africains, Rosatom cherche à consolider sa présence sur un marché où les besoins en électricité sont considérables.

Mais cette perspective implique également des responsabilités importantes pour les États partenaires. Le recours à l’énergie nucléaire exige un cadre réglementaire solide, des institutions de contrôle indépendantes, des ressources humaines qualifiées et des dispositifs rigoureux de prévention des risques.

Entre opportunité énergétique et exigences de sécurité

Si les centrales nucléaires flottantes peuvent représenter une piste pour diversifier les sources d’approvisionnement en électricité, leur implantation en Afrique nécessitera une évaluation approfondie des avantages et des contraintes.

Les questions de sûreté nucléaire, de protection des populations, de sécurité maritime, de gestion des déchets radioactifs et de responsabilité en cas d’accident devront être au cœur des négociations.

Les États intéressés devront également veiller à ce que les contrats garantissent des conditions financières transparentes, une réelle maîtrise des coûts sur le long terme et un transfert effectif de compétences.

L’enjeu ne sera donc pas simplement de disposer d’une nouvelle technologie, mais de s’assurer qu’elle répond durablement aux besoins des populations et aux priorités de développement des économies nationales.

Avec l’Égypte, la Tanzanie, le Togo et la Namibie dans le viseur de Rosatom, la Russie ouvre ainsi un nouveau chapitre de sa coopération énergétique avec l’Afrique. Reste à savoir si les discussions annoncées déboucheront sur des accords opérationnels et si cette technologie pourra effectivement tenir ses promesses en matière de coût, de disponibilité et de sécurité.

Pour le continent, confronté à un déficit énergétique qui freine encore son industrialisation, toute nouvelle capacité de production mérite d’être étudiée. Mais l’urgence de l’électricité ne doit pas faire oublier les exigences de souveraineté énergétique, de transparence économique et de protection de l’environnement.

La rédaction

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