Une affaire de financement présumé du Hamas par l’intermédiaire de collectes humanitaires prend une nouvelle dimension judiciaire. Un président d’association basé en Gironde a été placé en détention provisoire, mardi, après sa mise en examen à Paris avec quatre autres personnes. Les enquêteurs cherchent notamment à déterminer si des fonds présentés comme destinés à venir en aide aux populations de Gaza ont été, en réalité, transférés à un collecteur présenté comme lié au mouvement palestinien Hamas.
Le dossier est désormais entre les mains de magistrats spécialisés dans la lutte antiterroriste. Au cœur des investigations : le circuit emprunté par les fonds collectés, l’identité des bénéficiaires réels et le rôle précis de chacun des protagonistes.
Un président d’association placé derrière les barreaux
Faouzi B., président de l’association Baraka, a été placé en détention provisoire après avoir comparu devant le juge des libertés et de la détention. Il avait auparavant demandé un débat différé afin de pouvoir préparer sa défense.
Cette décision intervient quelques jours après sa mise en examen, avec quatre autres personnes, notamment pour « financement d’entreprise terroriste », « abus de confiance en bande organisée » et « blanchiment d’abus de confiance en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste ». Les personnes mises en cause contestent les faits qui leur sont reprochés.
Une autre responsable associative, Amel O., présidente de l’association Ensemble C Mieux, également mise en examen dans cette procédure, a pour sa part été placée sous contrôle judiciaire.
Des collectes présentées comme humanitaires au centre des soupçons
L’affaire porte principalement sur des opérations de collecte de fonds présentées comme destinées à soutenir les populations civiles de Gaza. Selon les enquêteurs, une partie de l’argent aurait cependant pu être transférée à un collecteur de fonds présenté comme lié au Hamas.
L’enquête doit donc établir avec précision si les donateurs ont été informés de la destination réelle des sommes versées et, surtout, si certains responsables associatifs avaient connaissance de l’utilisation qui aurait été faite de ces fonds.
Les investigations françaises, ouvertes initialement le 21 avril par le Parquet national antiterroriste (Pnat), ont franchi une nouvelle étape après des opérations de garde à vue menées par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Une information judiciaire a ensuite été ouverte.
Plus de deux millions de dollars évoqués par Washington
L’affaire dépasse désormais le seul cadre français. Le 2 octobre, les autorités américaines ont annoncé des sanctions visant notamment les deux responsables associatifs français, les accusant d’avoir participé à un système de financement du Hamas.
Selon le Trésor américain, Faouzi B., Amel O. et Saleem al-Zaq, présenté par Washington comme un membre de la branche armée du Hamas, auraient collecté plus de deux millions de dollars entre 2020 et 2026. Les autorités américaines affirment que 1,5 million de dollars auraient été collectés après l’attaque du 7 octobre 2023.
Washington affirme également que des centaines de milliers de dollars auraient été transférés en cryptomonnaies. Ces accusations constituent désormais un élément important du dossier international, mais leur portée et leur traduction dans la procédure française devront être établies par l’instruction judiciaire.
La cryptomonnaie au cœur des investigations
L’utilisation de cryptomonnaies apparaît comme l’un des aspects sensibles de cette affaire. Ces moyens de paiement peuvent permettre des transferts internationaux rapides et complexes à retracer, ce qui explique l’attention particulière portée par les enquêteurs aux mouvements financiers.
Les investigations devront notamment déterminer les montants effectivement transférés, les comptes ou portefeuilles numériques utilisés, les destinataires des fonds et les éventuels intermédiaires impliqués.
D’autres éléments rapportés par la presse française font état de collectes réalisées entre 2024 et juillet 2026 et d’un montant potentiellement important de fonds ayant transité par ces circuits. Ces éléments restent toutefois soumis à l’appréciation de la justice et devront être confrontés aux pièces de l’instruction.
Une affaire qui pose la question du contrôle des collectes humanitaires
Au-delà du cas particulier des personnes mises en cause, cette procédure pourrait relancer le débat sur la traçabilité des dons collectés au nom de l’aide humanitaire dans les zones de conflit.
Les associations qui interviennent auprès des populations civiles doivent pouvoir garantir aux donateurs que les fonds recueillis sont effectivement affectés à l’objet annoncé. Dans les dossiers impliquant des zones contrôlées ou influencées par des organisations armées, la question du contrôle des bénéficiaires et des intermédiaires financiers devient particulièrement sensible.
Pour les autorités françaises, l’enjeu est donc double : identifier d’éventuels circuits de financement du terrorisme tout en distinguant les opérations humanitaires légitimes des mécanismes qui pourraient avoir été utilisés à d’autres fins.
L’enquête se poursuit
La mise en détention provisoire de Faouzi B. ne constitue pas une condamnation. Comme les autres personnes mises en examen, il bénéficie de la présomption d’innocence tant qu’une décision judiciaire définitive n’a pas établi sa culpabilité.
Les magistrats antiterroristes doivent désormais approfondir l’analyse des flux financiers et déterminer la destination exacte des sommes collectées. Ils devront également établir les responsabilités individuelles de chacun des mis en cause.
Cette affaire, à la croisée de l’humanitaire, de la finance internationale et de la lutte contre le terrorisme, pourrait ainsi connaître de nouveaux développements dans les prochaines semaines.
La rédaction
Financement présumé du Hamas : un responsable associatif écroué en france, l’enquête antiterroriste s’accélère
Administrateur Général Adjoint de Cloche media monde