Le football africain, malgré son immense popularité et son rôle central dans la vie de millions de passionnés, reste sous l’emprise de puissances économiques étrangères qui dictent les règles de sa diffusion. À travers une politique mafieuse des droits télévisés, des groupes comme Canal+ et des instances internationales comme la FIFA et la CAF privent le continent de sa souveraineté médiatique, rendant l’accès aux matches des sélections nationales presque impossible pour les téléspectateurs africains.

Une mainmise injuste sur les droits télévisés
Depuis des décennies, les compétitions impliquant les équipes africaines, qu’il s’agisse des qualifications pour la Coupe du Monde, des éliminatoires de la CAN ou même des compétitions de clubs, sont verrouillées par des contrats opaques attribuant l’exclusivité de la diffusion à des chaînes occidentales. Canal+, qui domine le marché audiovisuel en Afrique francophone, s’arroge ainsi des droits exorbitants, obligeant les téléspectateurs à souscrire à des abonnements onéreux pour suivre leurs propres équipes nationales.

Cette situation crée une double injustice. D’une part, elle prive les chaînes nationales africaines, souvent sous-financées, de la possibilité de retransmettre ces événements d’intérêt public. D’autre part, elle empêche la majorité de la population, qui n’a pas les moyens de s’abonner à ces chaînes, de vibrer au rythme de son équipe nationale.

La complicité des instances internationales*
Loin d’être un hasard, cette situation est le résultat d’une collusion entre les grandes instances du football et les groupes audiovisuels étrangers. La CAF, censée défendre les intérêts du football africain, attribue systématiquement les droits TV à des diffuseurs occidentaux, au détriment des télévisions locales. Ce monopole s’accompagne souvent de contrats opaques, signés sans appel d’offres transparents, renforçant la dépendance du continent aux grandes entreprises étrangères.
Pire, la FIFA et d’autres organisations internationales, sous prétexte de valoriser le football africain, participent activement à cette spoliation en imposant des règles favorisant les géants de l’audiovisuel mondial. Le résultat ? Un football africain qui brille sur le terrain mais reste prisonnier des intérêts financiers étrangers.
*Vers une souveraineté télévisuelle africaine ?*
L’Afrique ne peut plus continuer à être spectatrice de son propre football. Il est urgent que les États africains, les fédérations et les entrepreneurs du secteur audiovisuel s’unissent pour créer un réseau de diffusion indépendant, capable de racheter les droits de retransmission et de garantir un accès libre ou à coût réduit aux matches des sélections nationales.
Certaines initiatives, comme la montée en puissance de chaînes panafricaines ou la volonté de certains États d’investir dans les médias publics, sont encourageantes. Mais elles restent insuffisantes face à la puissance des groupes étrangers. Une véritable volonté politique et une coordination continentale sont nécessaires pour reprendre le contrôle de la diffusion du football africain.
Le football est un patrimoine culturel et identitaire en Afrique. Il est inconcevable que les Africains soient contraints de payer des fortunes à des groupes étrangers pour voir leurs propres héros défendre les couleurs de leurs nations. L’indépendance télévisuelle est un combat à mener, pour que le football africain appartienne enfin à ceux qui le font vivre : les Africains eux-mêmes.
*Koffi Didi HOUNNOU*